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Politique

Chronique sur les messages de haine/Colline Butare Le fanatisme : une source de violences à ne pas sous-estimer

27/12/2025 0
Chronique sur les messages de haine/Colline Butare Le fanatisme : une source de violences à ne pas sous-estimer
Pour les habitants de la colline Butare, il faut l’unité dans la diversité

Souvent banalisé dans le langage courant, il constitue pourtant une réelle menace pour la paix sociale. Certains habitants de la colline Butare, commune Rutana de la province de Burunga suggèrent l’acceptation de la diversité.

Selon abbé Dieudonné Nibizi, chargé de la communication à l’Archidiocèse de Bujumbura, il s’agit d’un attachement excessif à une croyance, une idéologie, une personne ou un groupe jusqu’au point de rejeter systématiquement toute opinion ou identité différente.

Etymologiquement, le mot fanatisme vient du latin fanaticus, lié au fanum (temple), et désignait une personne se considérant investie d’une mission sacrée. Au fil du temps, ce terme a pris une connotation péjorative, décrivant une posture rigide, intolérante, parfois violente. De là découlent les notions de fans ou fanatiques : des personnes prêtes à tout pour défendre la religion, l’appartenance politique, l’idéologie ou la culture.

Des habitants de la colline Butare reviennent sur le danger du fanatisme. Pour Ibrahim Nzobonankira, il n’est pas question de mettre en cause une religion aimée et respectée. « Je reconnais un seul Dieu. D’autres reconnaissent la Sainte Trinité, considérant que Jésus est Dieu. Pour moi, Jésus est un prophète, tout comme Mahomet. Si quelqu’un insulte ma religion, je peux le considérer comme un ennemi. »

Même réaction chez Espérance Harerimana, fidèle catholique qui dénonce ceux qui donnent des critiques : « Certains membres de l’Église pentecôte nous traitent d’ivrognes. Cela fait mal. Ce genre de propos peut déclencher des bagarres. »

En politique, des partisans extrémistes refusent tout débat et diabolisent les adversaires. Pour Jean Marie Ndayizeye, il est hors de question que son appartenance politique soit mise en cause. « Je suis membre du CNDD-FDD. C’est ma vie. Personne ne peut m’en détourner. Si quelqu’un l’insulte, je peux réagir violemment. Et s’il insiste, cela peut dégénérer. »

Égide Bayubahe ajoute que «si quelqu’un parle mal de mon parti, je peux l’attaquer ou même le poursuivre en justice. Ce genre de propos peut semer l’insécurité. »

De la tolérance

Ces témoignages montrent que le fanatisme, qu’il soit religieux, politique ou sportif, peut entraîner des conséquences graves : polarisation, haine, méfiance, voire violences physiques.

M.N, un fidèle musulman de cette colline témoigne qu’un jour, un homme a insulté sa religion en disant qu’ils adorent un cochon. « J’ai tenté de le raisonner, mais, il a persisté. Nous nous sommes battus. Les membres de nos religions respectives se sont impliqués. Il y a eu des blessés. Heureusement, l’administration est intervenue à temps, car mon intention était de le tuer. Et lui aussi aurait pu me tuer en se défendant. »

Ces habitants appellent à la tolérance. Pour eux, l’acceptation de la diversité religieuse, politique et culturelle est essentielle pour construire une société juste, unie et pacifique.

Aslon Kigingi, chef de la colline Butare, reconnaît que le fanatisme est bel et bien présent au sein de la population. Cette situation, dit-il, peut dégénérer en violences. « Une altercation a éclaté entre un fidèle musulman et un catholique au sujet de la religion. On a du intervenir mais, il y avait déjà des blessés.»

Pour abbé Dieudonné Nibizi, le danger du fanatisme réside dans son rejet systématique de l’autre. Cette posture nourrit des comportements sectaires et alimente les conflits. « Il faut dire que ça conduit à la non-maîtrise de ses émotions jusqu’à vouloir déverser ça sur les adversaires ou sur les autres. Donc, ça dégage de la violence physique.»

Il conseille d’éviter la polarisation et l’extrémisme. Cela passe par tout relativiser que ce soit, des groupes, des situations, des convictions et des points de vue.

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