La récolte et la vente des avocats des variétés Ruhere, Shokete et Fuwereti sont interdites jusqu’au 15 mars 2026 inclus, selon un communiqué du gouverneur de la province de Butanyerera. Une mesure jugée contraire au droit d’usage par certains habitants. Ils appellent l’administration à sanctionner uniquement les vendeurs d’avocats non mûrs plutôt que d’imposer une interdiction générale.
Dans un communiqué publié le 12 février 2026, le gouverneur de la province de Butanyerera, Victor Segasago, indique que cette mesure vise à protéger le patrimoine des familles ainsi que l’économie nationale. Elle entend également lutter contre les commerçants qui achètent les avocats avant leur pleine maturité, une pratique qui compromettrait une récolte abondante et de qualité de ce fruit devenu une source potentielle de devises.
Cependant, certains habitants de la commune Kayanza, propriétaires d’avocatiers, demandent la révision de cette mesure. Selon eux, chacun doit pouvoir subvenir à ses besoins avec son propre patrimoine. Sous couvert d’anonymat, A.A., résident de la localité, estime que la vente d’avocats mûrs ne saurait en aucun cas compromettre la récolte.
« Par exemple, j’ai trois avocatiers dans mon champ et ils portent déjà des fruits mûrs. Je m’apprêtais à en vendre deux pour ne garder qu’un seul arbre dont les fruits serviraient à nourrir ma famille et à en envoyer à mes proches vivant à Bujumbura. Mais, avec cette mesure, tous mes projets sont tombés à l’eau ».
Selon lui, bien que le communiqué précise que toute vente d’avocats doit être préalablement autorisée par une licence délivrée par le secteur provincial habilité, cette procédure risque d’ouvrir la voie à des pratiques de corruption. Il affirme que des irrégularités similaires sont souvent observées lors de l’octroi des fertilisants.
« Pourquoi m’enlever le droit de vendre les fruits issus de mon propre travail ? Avant, on récoltait nos avocats tranquillement. Pourquoi cette mesure intervient-elle aujourd’hui ? Pourquoi seulement dans notre province ? Veut-on que la vente des avocats suive le même régime que celle du maïs ? », s’interroge-t-il.
Il faut des éclaircissements
Sous couvert d’anonymat, un homme rencontré dans la ville de Bujumbura, mais originaire de la commune Makamba, affirme que si cette mesure est appliquée dans sa localité, il abattra ses avocatiers.
« C’est de l’exagération. Imaginez qu’on me retire le droit de vendre mes avocats. Il faut que le gouvernement intervienne. La fois passée, ma femme m’a envoyé un petit sac d’avocats pour la consommation, pas pour la vente. Les policiers l’ont saisi. Le convoyeur a été obligé de verser un pot-de-vin pour le récupérer. Et voilà qu’à Butanyerera, cela devient officiel. Si cette mesure arrive chez nous, j’abattrai mes avocatiers car, ils ne me serviront plus à rien après m’avoir retiré le droit d’en jouir. »
Il appelle l’administration à fournir des éclaircissements. « S’il s’agit de favoriser l’exportation des avocats afin de générer des devises, je suis d’accord. Mais, il faudra veiller à ce que les propriétaires des avocatiers perçoivent une somme équivalente aux efforts qu’ils ont fournis. »
Toutefois, l’interdiction ne s’applique pas aux personnes qui récoltent les avocats pour leur propre consommation selon le communiqué.
L’« Umurwazo » peut être utile
Elie Bucumi de la commune Kirundo souligne que même si le communiqué qualifie « Umurwazo », (une expression pour signifier la vente d’une partie des cultures avant leur maturité), de crédit ou de contrat de prêt, souvent perçu comme une conséquence de la faiblesse de celui qui y recourt, la réalité montre que ce type de crédit peut être utile en situation d’urgence. Il illustre son propos avec l’exemple d’un fonctionnaire de l’État qui utilise un découvert bancaire lorsqu’il a un besoin urgent de liquidités.
« À mon avis, c’est une sorte de découvert qui aide en cas de besoin. J’ai moi-même déjà eu recours à ce système. Et, cela ne signifie pas forcément que l’on subit des pertes. C’est un peu comme un fonctionnaire qui demande un découvert à sa banque sachant qu’il remboursera à la fin du mois. Le problème survient seulement lorsqu’on demande plus d’argent d’Umurwazo et qu’on récolte peu. Lors de la récolte, on compte l’équivalent des avocats et le commerçant paie le surplus. »

Georgette Ndayishimiye de la commune Kayanza témoigne également que le communiqué a été publié après qu’elle ait reçu de l’argent d’un commerçant pour son avocatier.
« Mon fils était gravement malade et je devais le faire soigner. Son père n’est pas là. Il est parti chercher la vie en Tanzanie. Je ne pouvais pas vendre ma chèvre qui me donne du fumier. La solution la plus facile était donc de recourir à Umurwazo pour mon avocatier. Maintenant, avec cette nouvelle mesure, je ne sais pas comment je vais faire. Je vais demander au commerçant d’attendre jusqu’à la fin du mois pour que je puisse lui rembourser son argent. Je ne peux pas garder son argent en tant que chrétien. C’est un voisin. Il me comprendra. »
Il faut noter qu’à travers le communiqué, le gouverneur de Butanyerera a mis en garde contre la pratique d’« Umurwazo », consistant à acheter des avocats non mûrs et à faire ainsi encaisser des pertes d’argent aux agriculteurs. Selon lui, cette pratique est un crime puni par l’article 313 du Code pénal du Burundi.
Victor Segasago ajoute qu’aucun commerçant ayant acheté des avocats n’est autorisé d’exiger ou de recevoir un quelconque remboursement après la mise en vigueur de la mesure selon le Code civil livre 3 des contrats ou des obligations conventionnelles dans son article 30 qui stipule que « l’obligation sans cause ou sur une fausse cause, ou une cause illicite, ne peut avoir aucun effet. »
Il rappelle enfin que toute personne prise en flagrant délit d’infraction sera passible d’une amende. « Des personnes seront désignées sur chaque colline pour aider lors de la récolte des avocats et veiller à la mise en œuvre de la mesure. »








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