Politique

Burundi, le pays de Dieu et du Roi

27/05/2019 Agnès Ndirubusa Commentaires fermés sur Burundi, le pays de Dieu et du Roi
Burundi, le pays de Dieu et du Roi
Un des monuments de la province Cibitoke frappé de la devise monarchique.

Le président de la République a ordonné que la devise « Dieu, Roi, Burundi » refasse son apparition sur les monuments nationaux du pays. Une démarche qui suscite des interrogations.

La devise du temps de la monarchie remise à l’honneur. De plus en plus de monuments sont repeints partout dans le pays. Ils sont frappés de l’emblème de la monarchie burundaise. « Imana, Umwami, Uburundi » (Dieu, Roi et Burundi), et flirtent côte à côte « Unité, travail, progrès », la devise actuelle du Burundi.

C’est « la devise du temps du roi Ntare Rushatsi, le fondateur du royaume du Burundi, » assure-t-on à la présidence de la République. Une décision du président Pierre Nkurunziza. Selon son porte-parole, le Burundi doit « renouer avec ses valeurs du temps de la royauté avant les ravages de la colonisation et des modifications d’un président putschiste ».

Dieu, « Imana », avait une place de choix dans la vie des Burundais. Voilà pourquoi la première phrase de la Constitution fait directement allusion à Dieu. « Nous, peuple Burundais : conscient de notre responsabilité devant Dieu »

Pour Jean Claude Karerwa Ndezako « Michel Micombero est allé jusqu’à profaner le mausolée du Prince Louis Rwagasore en effaçant la devise de l’époque pour la remplacer par  paix, justice, travail qui n’était en fait que la devise du parti Uprona». Une aberration que la population a décidé de rectifier.

Vers le règne de Nkurunziza Ier ?

Le porte-parole du président de la République rejette ces ‘’spéculations’’. Il rappelle le message très clair du président Nkurunziza de ne plus se représenter aux futures présidentielles. « Il a dit que son mandat finit en 2020 et qu’il ne renouvellera plus sa candidature ». Cette modification des emblèmes est une nécessité historique.

La présidence ne ferme pas la porte à la monarchie. La Constitution de 2018 permet le rétablissement de la monarchie. Il est vrai que celle de 2005 indiquait clairement cette possibilité en son article 4 en mentionnant que «le statut et le rétablissement de la monarchie peuvent faire l’objet du référendum. Tout parti militant pacifiquement en faveur de la restauration de la monarchie a le droit de fonctionner ». La Constitution de 2018 note une nuance en son article 4 passant de « … peuvent faire l’objet d’un référendum » à «  doivent faire l’objet d’un référendum ».

Pour Jean Claude Karerwa, la population est souveraine. « Si le peuple burundais décide de ramener la royauté et convoque un référendum en passant par la commission nationale de dialogue inter-burundais (CNDI), nous n’aurons pas d’autre choix que d’avancer avec lui. »

ANALYSE/ Monarchie théocratique ?

Les spéculations vont bon train. Chacun tente de donner une explication à cette volonté de revenir sur la devise monarchique.

Les esprits s’enflamment. Un historien se demande pourquoi des Burundais pensent peut-être à tort à la possibilité d’une monarchie théocratique envisagée par le pouvoir en place. « Le président bénit les semences, reçoit des cadeaux de ses sujets, il se dit descendant du roi fondateur Rushatsi, il jeûne chaque jeudi, il organise des croisades … » indique-t-il, avec un brin d’humour. Il pense que cela n’ira pas plus loin.

Pourtant, des clins d’œil à la monarchie se multiplient depuis quelque temps, surtout dans des séances de moralisation. Le président Pierre Nkurunziza manifeste la volonté d’un retour aux sources pour souligner la grandeur du royaume du Burundi avec ses rois tout aussi héroïque les uns que les autres.

Un vrai débat aurait dû avoir lieu pour une question d’intérêt national. Parce que s’il est vrai que la Constitution en son article 4 évoque la possibilité d’un retour à la monarchie, il n’en reste pas moins que son article 11 stipule que la devise nationale est Unité, Travail, Progrès.

Les nostalgiques de « Dieu, Roi, Burundi » ont peut-être leurs raisons. Le Burundi est une République dont la Constitution consacre la laïcité (art 1), et il peut paraître étrange d’évoquer un roi inexistant. Cela prendrait tout son sens si l’on basculait dans la royauté avec notre trône de fer…

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Réactions 

Léonard Nyangoma : « Au départ je pensais à des montages des réseaux sociaux.»

Le président du CNDD, aujourd’hui en exil, pensait au départ à un montage des réseaux sociaux. « Maintenant que c’est une réalité, constatons que nous sommes en train d'assister à une manœuvre visant la transformation de l'oligarchie au pouvoir de Nkurunziza en monarchie absolue. Nkurunziza se préparerait dans ces conditions à être intronisé roi ou empereur». Ainsi, il sera chef d'État à vie.

Pour Léonard Nyangoma, la République du Burundi deviendrait alors une monarchie théocratique, puisque finalement selon « Nkurunziza, le pouvoir émane de Dieu.  Attendons-nous prochainement à un nième tripatouillage de sa Constitution pour remplacer les emblèmes de la République par celles de la monarchie. Qui vivra verra », prévient le président du CNDD.

Abel Gashatsi : « Pas contre une possibilité d’un retour à la monarchie.»

Le président du parti Uprona estime que revenir aux emblèmes monarchiques n’est pas une mauvaise chose. Il se félicite notamment que le président de la République ait décidé en date du 1er juillet 2018 de remettre la devise qui existait avant que le dictateur Micombero ne la change. « C’était tordu de sa part de remettre en cause les décisions des personnes qui ont lutté pour l’indépendance du pays ». Pour Abel Gashatsi, la jeunesse doit connaître la vraie histoire du Burundi et cela passe par la restauration des emblèmes passées. Il dit également ne pas être contre une possibilité d’un retour à la monarchie si tel était le désir de la population. « Puisque même le fondateur de notre parti était le prince Louis Rwagasore, descendant du trône ».

Sylvestre Ntibantunganya : « Une commission devrait être mise en place »

Pour l’ancien président de la République, les historiens doivent nous éclairer pour décortiquer le vrai du faux dans l’histoire du Burundi. Dans un pays jalonné par plusieurs controverses, où une modification d’emblème pourrait susciter des interrogations et des spéculations, une commission devrait être mise en place. Elle serait chargée de restaurer les emblèmes de certains monuments qui prévalaient à l’époque monarchique avant leur falsification par un pouvoir qui avait d’autres visées. Le pays a été marqué par des évènements historiques qui se voient à travers des monuments qui doivent être relatés tels quels.

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