Dans la commune Ntahangwa, des commerçants dénoncent une confusion croissante autour de la perception des taxes entre les communes et l’OBR. Entre accusations de double imposition et manque de sensibilisation lié à la taxation selon le nouveau découpage administratif, contribuables et experts appellent à des règles plus claires et à une meilleure coordination des services fiscaux pour éviter des charges jugées excessives.
Certains commerçants de la zone Gatumba, dans la commune Ntahangwa, se disent surpris de devoir s’acquitter à nouveau des impôts auprès de l’Office burundais des recettes, OBR, alors qu’ils avaient déjà payé à la commune au début de l’année 2026. Ils s’inquiètent également de la hausse de ces redevances dont ils n’ont pas été informés.
N. N., un des commerçants concernés, raconte que les agents de l’OBR lui ont demandé de payer une nouvelle fois malgré la présentation de sa quittance communale. « Les agents de la commune sont passés comme d’habitude devant ma boutique et j’ai payé la taxe. Ce qui m’étonne est de voir maintenant des agents de l’OBR venir me réclamer le paiement une seconde fois. Ils m’ont expliqué qu’avec le nouveau découpage administratif, je devais payer à l’OBR. »
Pour lui, cette situation soulève des questions et crée une confusion quant à la répartition des taxes entre la commune et l’OBR ainsi qu’aux obligations fiscales exactes des citoyens. « Nous voulons des éclaircissements à ce sujet. Est-ce à cause du nouveau découpage administratif ? Si tel est le cas, nous aurions dû voir des communiqués ou bénéficier de séances de sensibilisation. Nous avons encore beaucoup de questions sans réponse », déplore-t-il.
Egide Nkengurutse, commerçant dans cette même localité, parle lui aussi de sa surprise lorsqu’il a vu des agents de l’OBR venir contrôler son commerce. « D’habitude, je paie 20 000 BIF en fonction de mes marchandises. Mais, j’ai été surpris lorsque les agents m’ont réclamé 50 000 BIF pour les mêmes produits. Qu’est-ce qui a changé ? J’avais déjà payé les 20 000 BIF. Est-ce que la commune va me rembourser cette somme ? Avec la fermeture de la frontière, je n’ai plus de clients et je dois payer le loyer chaque fin du mois. C’est une perte que je viens d’encaisser. Je me demande pourquoi cette hausse intervient maintenant et pourquoi la commune ne m’a jamais informé qu’il existait un autre impôt à payer. »
Facturation électronique : un véritable casse-tête
Contrairement à leurs homologues de Gatumba, les commerçants de la zone Kamenge, dans la même commune, disent ne pas rencontrer de difficultés particulières liées aux impôts, malgré la hausse des montants exigés par l’OBR. Leurs préoccupations se concentrent davantage sur la machine de facturation électronique dont l’utilisation continue de susciter des interrogations.
« La machine facture selon le taux de la Banque centrale alors que cette même banque ne nous fournit pas de devises lorsque nous nous approvisionnons en marchandises. Moi, par exemple, je vends des téléphones portables et je me procure des dollars sur le marché parallèle. Mais la machine exigée par l’OBR applique le taux officiel. Ce qui nous fait subir des pertes », témoigne C.M..
Il appelle ainsi le gouvernement à rendre les devises disponibles afin que tous les commerçants importateurs puissent y accéder. « Certains opérateurs économiques parviennent à obtenir des devises de la part de la BRB et d’autres comme moi non. La question de la pénurie de devises doit être réglée. Cela faciliterait aussi l’utilisation de la machine électronique de l’OBR ».
Réactions
Dr Diomède Ninteretse : « Trop d’impôts tuent l’impôt »
L’expert en économie fait observer que les marchandises taxées par l’OBR ne sont pas clairement identifiées. Ce qui empêche le contribuable de distinguer ce qui est perçu par l’OBR et ce qui est perçu par les communes. « La perception des taxes n’est pas bien organisée car, le nouveau découpage administratif n’a pas suffisamment clarifié les lois qui encadrent le secteur des impôts et des taxes en fonction de ce nouveau découpage. »
Par ailleurs, M. Ninteretse évoque le manque de formation adéquate des agents communaux et provinciaux qui ne disposent pas de compétences nécessaires pour distinguer les marchandises soumises à leurs taxes de celles relevant de l’OBR. « Les agents chargés de la collecte fiscale devraient en être conscients et comprendre que la perception des taxes doit être encadrée par des règles claires, appliquées dans la transparence et l’équité pour tous les contribuables. Il existe un principe bien connu selon lequel trop d’impôts tuent l’impôt ».
Un autre problème qui s’observe, poursuit-il, est que la population n’a pas bénéficié d’une sensibilisation suffisante pour comprendre les modalités de paiement dans le cadre du nouveau découpage administratif. « Les contribuables ne savent pas où payer, combien payer, ni vers qui se tourner en cas d’injustice. D’où la situation de la double taxation qui se pose. »
Pour lui, il est nécessaire de mettre en place des textes clairs définissant les limites des compétences entre l’OBR et les communes afin que tous les contribuables sachent précisément quelles taxes ils doivent payer. « Il faut également améliorer les mécanismes d’échange d’informations entre l’OBR et les administrations communales pour éviter les doubles impositions ou les omissions. L’objectif ne devrait pas être de savoir qui collecte le plus, mais plutôt de garantir une taxation conforme à la loi, transparente et orientée vers l’intérêt général du pays. »
Gabriel Rufyiri : « Il doit y avoir plus d’harmonie dans la gestion des fonds publics »
Le président de l’Olucome explique que la collecte des impôts et taxes au Burundi est régie par des lois et principes bien établis qui doivent être respectés. « Certes, il y a eu beaucoup de changements en matière fiscale mais, pour que le pays puisse vivre, il doit y avoir des impôts et des taxes ».
Il insiste qu’il doit y avoir de l’harmonie entre l’OBR, les communes et les provinces pour que la gestion des fonds publics soit efficace et que les contribuables soient respectés.
M. Rufyiri rappelle que certaines redevances, auparavant collectées par la mairie, ont été transférées à l’OBR. Aujourd’hui, une stratégie de partage a été mise en place. « Tout est centralisé par l’OBR mais, une part revient aux communes. Cette approche vise à mieux contrôler les flux financiers et à appliquer les principes du Compte général du Trésor et de l’émissivité budgétaire. »
Enfin, il appelle les parties concernées, notamment l’administration locale et l’OBR, à harmoniser leurs actions afin d’assurer une taxation mieux coordonnée et respectueuse des contribuables.
Selon lui, la multiplicité des interventions (communes, OBR et provinces) entraîne une hausse des charges pour un même commerçant. « J’ai reçu des plaintes de certains commerçants qui affirment que ces chevauchements augmentent les frais. Cette question doit être réglée dans les meilleurs délais et dans l’intérêt de tous. »
Faustin Ndikumana : « Sans clarification rapide, c’est le contribuable qui continue de payer le prix de cette cacophonie »
Le directeur national de Parcem indique que la situation actuelle traduit une mauvaise mise en œuvre de la politique de décentralisation, notamment sur le plan financier, pourtant considéré comme l’un de ses piliers essentiels. « Une véritable décentralisation financière suppose une répartition claire de la perception des taxes entre le gouvernement central et les entités administratives locales ainsi que des transferts financiers vers les communes pour soutenir leurs services et leurs projets. »
M. Ndikumana déplore toutefois un manque de clarification des compétences fiscales entre l’OBR et les communes. Ce qui entraîne une confusion préjudiciable aux contribuables. « Il ne doit pas y avoir de cafouillage sur ce qui relève du niveau communal ou du niveau central », insiste-t-il. Il estime que la révision budgétaire aurait dû apporter des réponses claires et largement communiquées.
Il pointe également l’imprévisibilité de la loi fiscale qui change régulièrement créant ainsi une insécurité chez les opérateurs économiques. Cette instabilité favoriserait une forme de concurrence entre les communes et l’OBR, une situation qu’il qualifie d’« injustice notoire » et de « lourd fardeau » pour les citoyens.
M. Ndikumana appelle ainsi le ministère des Finances à sortir de son silence afin d’apporter des éclaircissements officiels, notamment sur la perception des taxes dans les bars et restaurants. Pour lui, une catégorisation claire des établissements et une définition précise des compétences permettraient d’éviter les doubles prélèvements.
Enfin, il souligne que lors de certaines réunions locales, plusieurs questions des contribuables auraient été posées mais sans réponses satisfaisantes. Ce qui alimente davantage la confusion. « Sans clarification rapide, c’est le contribuable qui continue de payer le prix de cette cacophonie », conclut-il.






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