L’incapacité physique et mentale, les abandons de familles, les accidents et les bagarres figurent parmi les conséquences alarmantes de la consommation excessive de boissons très alcoolisées. Face à la multiplication de ces drames sociaux, la population tire la sonnette d’alarme et appelle les autorités à renforcer les mesures de régulation afin de freiner ce phénomène qui pèse sur les familles et la société.
Dans le quartier Gatunguru, situé dans la commune Ntahangwa, plusieurs femmes affirment assumer seules les charges de leurs ménages, en raison de l’incapacité de leurs conjoints, souvent liée à la consommation excessive de boissons fortement alcoolisées. Colette Nibitanga, une mère d’une quarantaine d’années de cinq enfants, en fait partie. Elle dit porter à elle seule la responsabilité financière et sociale de sa famille.
Elle témoigne que depuis 2023, son mari n’assure plus aucune responsabilité au sein du foyer, en raison de son incapacité physique liée à la consommation excessive de la boisson communément appelée « Kick ». « Il est presque tout le temps dans un état d’ivresse. Avant, il était maçon. Il construisait des maisons d’habitation. Mais, aujourd’hui, plus personne ne veut l’embaucher à cause de son état. »
Tout a été progressif, poursuit-elle. « Il négociait des chantiers, puis, à cause de l’ivresse, il ne se présentait pas au travail. Parfois, il passait même des nuits entières dans des bars. Depuis lors, notre vie a complètement changé. J’ai dû redoubler, voire tripler d’efforts pour subvenir aux besoins de mes enfants. »
Sous couvert d’anonymat, une autre femme de la même localité n’est pas loin de ce témoignage. Selon elle, la consommation excessive de boissons très alcoolisées est à l’origine de nombreuses violences conjugales.
« Mes enfants et moi sommes habitués à une seule chose : lorsque mon mari rentre, personne ne parle. Les enfants courent directement se coucher. Moi, je reste silencieuse. S’il rentre ivre et que j’ose dire un mot, il me frappe. Cela arrive presque tous les jours de la semaine. Et lorsqu’il rentre dans un état normal, je comprends aussitôt qu’il n’a pas d’argent », confie-t-elle, la voix empreinte de résignation.
La consommation et la commercialisation de ces boissons se poursuivent clandestinement, selon plusieurs habitants. Afin d’échapper aux contrôles, la boisson très alcoolisée est souvent dissimulée dans des bouteilles en plastique de jus pour tromper la vigilance et faire croire qu’il s’agit d’une simple boisson rafraîchissante.
Renforcer la surveillance

Jean Minani, commerçant de la localité, déplore le comportement de certains hommes de son quartier qui passent leurs journées dans des bistrots sans exercer la moindre activité génératrice de revenus. « Je me suis souvent demandé d’où ils tirent cet argent. Je connais au moins une dizaine d’hommes que je vois constamment dans des bars. »
Selon lui, cette situation a des répercussions directes sur les familles, notamment sur les enfants. « C’est l’une des raisons pour lesquelles les enfants de la rue se multiplient. Normalement, l’éducation d’un enfant revient aux deux parents. Mais, lorsqu’un père sombre dans l’ivresse, la mère se limite à chercher de quoi nourrir la famille et le reste est laissé au hasard. »
Il estime que le gouvernement devrait renforcer la surveillance pour lutter contre ce fléau. « Les conséquences dépassent le cadre familial et impactent directement l’économie nationale. Plusieurs hommes, incapables de travailler et sans pension, représentent une perte considérable pour le pays. Ce problème ne se limite pas à notre quartier. Il touche aussi d’autres localités. Il est urgent que le gouvernement intervienne. »
Contacté au sujet de la certification des produits par le Bureau burundais de normalisation (BBN), son directeur, Samuel Ndayiragije, indique que l’institution mène actuellement des descentes dans différentes industries de production de boissons fortement alcoolisées afin d’en assurer le contrôle.
« Nous vous communiquerons le rapport ultérieurement après avoir terminé les descentes, y compris celles effectuées à l’intérieur du pays », précise-t-il.
Réaction
Delphine Ndacayisaba : « La population doit s’informer afin de comprendre les dangers de l’alcool sur la santé mentale et physique. »
La psychologue clinicienne Ndacayisaba explique que la consommation de boissons alcoolisées peut entraîner de nombreuses conséquences sur la santé psychologique, surtout lorsqu’elle est fréquente ou excessive.
Elle cite notamment les troubles de l’humeur, les problèmes de sommeil, les troubles de la mémoire et de la concentration, la dépendance psychologique, un risque accru de développer des troubles mentaux ainsi qu’un impact négatif sur les relations sociales.
Pour elle, même si de nombreuses personnes sont conscientes des dangers liés à la consommation d’alcool, plusieurs facteurs psychologiques, sociaux et biologiques peuvent les pousser à en consommer.
« Il existe plusieurs causes, notamment la recherche d’un soulagement émotionnel, la pression sociale et le désir d’appartenance à un groupe, les habitudes et normes culturelles, la dépendance ainsi que les effets de l’alcool sur le cerveau. À cela s’ajoutent le manque d’information et la sous-estimation des risques encourus. »
Elle appelle enfin la population à s’informer afin de comprendre les dangers de l’alcool sur la santé mentale et physique. Elle donne aussi des suggestions à l’administration : « il faut mettre en place des services de soutien, créer des centres d’accompagnement pour les personnes dépendantes, former les agents de santé à la prise en charge des addictions et offrir un soutien psychologique accessible. »







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