Jeudi 22 février 2024

Les billets d'Antoine Kaburahe

BILLET – Dégoût

09/11/2023 20
BILLET – Dégoût

Parmi les arguments avancés pour sa défense, l’ancien homme fort du pouvoir burundais, Alain Guillaume Bunyoni, a fait savoir qu’avec une vingtaine d’années de service dans les hautes sphères de l’Etat, « il est impossible d’être pauvre ! »

D’après lui, il était même prêt à le démontrer. « Si on ne m’avait pas confisqué tous mes documents, attestant un par un toutes mes sources de revenus, j’aurais pu donner des explications », a-t-il avancé.

Certes, ce procès, mi-public, mi-huis clos, n’entrera pas dans l’histoire comme un vrai procès transparent. C’était un procès uniquement à charge, c’est évident ! Les Burundais espéraient un meilleur procès.

Mais cette défense de l’ancien Premier ministre, quelle indignité, comme disait l’autre ! Quelle honte !

Non, M. Bunyoni, au Burundi, nous connaissons tous des serviteurs de l’Etat, même dans « les hautes sphères », qui ne revendiquent pas autant de biens !

Nous connaissons tous des hommes et des femmes qui ont servi l’Etat et les Burundais, durant de nombreuses années, et qui mènent une vie simple. Certains se sont effacés dans une paisible discrétion. Parfois même dans la misère…

Sans me prononcer sur les autres accusations, cette pseudo « défense » est un aveu. Une insulte à tous les Burundais. C’est ce que gardera l’histoire.

Oui, on peut être dans les « hautes sphères de l’Etat, une vingtaine d’années », sans devenir richissime et arrogant.

Oui, on peut être dans les « hautes sphères de l’Etat, une vingtaine d’années », sans revendiquer des centaines de titres de propriétés et autres voitures de luxe.

Oui, on peut être dans les « hautes sphères de l’Etat, une vingtaine d’années » et rester humble.
Sans me prononcer sur le fond, ce soir, comme de nombreux Burundais, je ressens un profond dégoût face à cette ligne de défense…

Diplômé de l’ ESJ (Ecole Supérieure de Journalisme) de Paris et Lille, Antoine Kaburahe a fondé le Groupe de Presse Iwacu. Il est aussi écrivain et éditeur www.iwacu.site.

En 2015, accusé d’être impliqué dans le coup d’Etat au Burundi, comme de nombreux responsables de médias, il est contraint à l’exil. Analyste reconnu, défenseur de la liberté de la presse (membre de Reporters Sans Frontières) ; il poursuit une carrière internationale .

Contact: [email protected]

Forum des lecteurs d'Iwacu

20 réactions
  1. Jean Pierre Hakizimana

    A ce stade, je pense que c’est nous avons suffisamment vu le type de gens dont le Burundais lamda à affaire. Un jour j’ai eu la chance de parler à une personne bien placé dans un des institutions de Bretton Wood de me décrire le Burundi en un mot: « Mafia » était la réponse! et la personne a continué … »…Un pays gouverné par une bande de faux généraux, car ce sont des grades acquises par la loi de la jungle, qui sont venues du maquis avec un et un seul « ethos »: La vengeance économique qui on le sais très bien que cela finit tjrs par devenir un problème socio-économique, puis socio-politique qui, vers « le peak » finit par donner naissance à la désintégration de l’Etat. Pensez à la Somalie, Haiti, Liban, etc..  »

    Le Burundi est un pays insolvent pour l’instant. Tout ce que le FMI ou la Banque mondiale est entrain d’essayer est la prevention d’un autre pays comme ceux dont je viens de donner en haut.

    La question que je me pause tous les jours est s il reste un burundais ou une burundaise capable d’avoir le courage de se battre? Remarquez que, il est bizarre que, dans une république constitutionnelle, que on ne voit jamais de manifestation populaire! Je ne sais pas comment lire/comprendre cela. La resignation au fatalisme?

  2. Matendo

    Je le dis souvent et le répète ici.
    Dans une communauté avec peu d’opportunités il y a 3 choses inévitables : Le népotisme, la corruption et la jalousie. Or, les opportunités ne sont que conséquence d’une prise de conscience collective. Qui dit « prise de conscience collective dit l’engagement citoyen
    et la détermination de toute la population d’un pays.

    De lors que le chef de l’État a déjà lancé un coup d’envoi vers un Burundi émergent, il faudra mettre en action les chaînes des valeurs dans tous les secteurs. Cela doit être accompagné par la créativité et l’innovation dont les jeunes sont des vecteurs importants malheureusement ils ont été longtemps ignorés et/ou exploités par les systèmes classiques.

    Je suis très encouragé de voir que les jeunes ont actuellement des structures d’encadrement et accompagnement approprié bien qu’il demeure insuffisant et peu structuré.

  3. Jean Pierre Hakizimana

    Je savais que la situation était grave mais je l’imaginiez pas a ce point. Comment peut on accumuler un tel inventaire de biens physiques sans la participation de toute la machine politico-économique ?

    Comment est ce que le CND-FDD peut survivre cet affaire? Ne me dites pas que tous gros poissons de CND-FDD ne sont pas aussi coupable que Mr Bunyoni. Mr Bunyoni c’est le CND-FDD et vise versa.

    Même pas 30 ans au pouvoir, ils sont arrivé à battre tous les record de l’Uprona qui a été au pouvoir depuis l’indépendance.

    Est ce que compter sur CNDD-FDD de rectifier les choses n’est pas l’équivalent de demander à dealer de produits narcotiques tel que la cocaine, etc.. de mettre sur place et s’occuper de la gestion d’un centre de désintoxication?

    Parce que, ne vous imaginez pas pour une seconde que d’un jour au lendemain, Le grand s’est réveillé et du coup il est devenu ce que l’on appelle « a changed man ». Remerciez, chers mr & Mme les institution du Bretton Wood (FMI & World Bank) qui ont pointé les doits sur bien bcp de gens jusqu’à la premiere famille.

    N’est ce pas vrais que l’épouse du président Ndayishimiye est dans le commerce des carburants, des engrais et de l’exportation des minerais?

    Quant aux journalistes, surtout ceux qui vivent a l’extérieure du Burundi, le pays a besoin de vous. Il faut vous lancer dans le journalistes d’investigations et monter de quelque étagés votre qualiter d’informer et éduquer ceux qui sont au Burundi car, admettons que les idées/opinions de gens comme Mr Rufyikira et autres (Olucome etc….)aussi longtemps que nous apprécions leur travail, ne suffisent plus.

  4. Anonyme

    Le prisonnier VIP dit qu’il était déjà riche avant 2005. C’est vrai. Lui et comme certains chefs militaires rebelles se sont enrichis sur le dos des maquisards. Pendant le maquis, il s’est enrichi en s’accaparant les soldes payés par le pays ami, l’or ravi aux autres rebelles du Pays ami et le butin du trafic de tout genre sur le Lac Tanganyika. C’est d’ailleurs une des raisons que JBN a été accusé d’abandonner les troupes parce qu’ils s’adonnaient un peu trop au business plutôt qu’à la lutte. Il dit qu’on ne peut pas faire environ 20 ans dans les hautes sphères et rester pauvre. Il explique bien ce qu’il faisait pendant qu’il était au pouvoir : piller, la res publica, vendre les intérêts de la Nation pour ses intérêts personnels même par le crime.

    • Makaranga

      Merci M. Anonyme. En insistant sur le fait que les chefs ont bousillé tout sur le dos des maquisards j’ai l’impresion que tu fais l’apologie du drame qui a poussé les jeunes à prendre les armes. Si c’était pour l’argent toi même tu les prendrais maintenant. Mais tu ne le fais pas car ça demande du sacrifice. Personne ne peut se sacrifier pour l’argent. Mais pour la survie physique au moins oui. Désolé de TE dire que Bunyoni n’a pas pris les armes pour voler. Et je te reassure que pendant la lutte aucun de ceux qui ont dirigé la rebellion n’a détourné son objectif initial vers les biens materiels. Le reste n’est que propaganda. Si tu ne crois pas donne moi une seule preuve. Même Bunyoni en parlant de avant 2005 je pense qu’il parlait de entre 2005 et 2003 ( signature Des Accords). Il a dirigé Des commissions mixtes. Mais disons qu’il n’a pas eu la sagesse de se contenir devant les apats materiels et financiers de ce monde. Et il en paie le prix. Et il n’est pas seul. Ils sont tombés dans la tentation. Et ils paieront un à un. J’ai malheureusement aussi l’impression que tes lunettes ne voient qu’une ethnie incapable de lutter pour sauver une nation mais pour remplir son ventre. Tu as interet à les changer et remarquer que de tous les cotés il y a de bons potentials leaders mais que pour le moments les aveugles dominent sur les voyants.

  5. Anonyme

    Malheureusement, si on va dans le fond, ils sont nombreux dans cette course et compétition d’enrichissement illicite. Tous les grands généraux et autres « grands » ex-FAB et ex-PMPA et leurs amis civils et militaires ont des richesses qui dépassent l’entendement. C’est ainsi qu’ils ont signé des contrats miniers inimaginables sur l’or et les terres rares, qu’ils ont toutes les entreprises qui s’enrichissent sur le dos du contribuable et pillent les biens de la Nation. Avec leur Mutama 1, Mutama 2 et leur clique ont même préféré céder certains intérêts aux étrangers plus que de les partager avec le Peuple Burundais. A titre d’exemple, et c’est parmi les révélations aussi machiavéliques de Vuvuzelala, c’est ainsi qu’ils avaient vendu la PAFE aux indiens ou déclaraient les % moindres pour les terres et se partageaient les bénéfices du vol avec les étrangers. Uwisamburirako bamutiza Umuhoro.

    • Karundi

      @Anonyme, as tu un exemple d un ex fab qui s est enrichi autant? pas pour les défendre, mais je ne crois pas qu’ il y ait un ex fab avec 53 maisons. T en connais toi?

      • Anonyme

        Est-ce tu savais que Bunyoni avait plus de 153 maisons, plus de 55 véhicules, et des millions sur les comptes à l’étranger qu’on ignore encore? Qui t’a déjà déclaré les avoirs? Qui se sont partagés les maisons, les parcelles, les véhicules des victimes de 1965, 1972? Qui ont fait le business depuis? Va voir dans les mains de qui l’économie Burundaise se trouve? Tu sais qu’il un ministre si pas un directeur de cabinet qui a fait construire une route macadam qui mène chez lui dans un village quelque part à Bururi? Qui a détourné la route Makebuko-Ruyigi (sa famille il y a au moins un général ex-FAB, généralement un km c’est 1 millions de dollars et ledit tronçon c’est environ 38km)? La liste est longue! http://olucome.bi/IMG/pdf/-14.pdf

      • Dieudonné

        @Karundi
        Au Burundi, il y a un Président et son vice-président, un Ministre et son Assistant, un Chef d’Etat-Major et son adjoint, un Chef du SNR national et son adjoint. Souvent c’est Hutu – Tutsi. Et il se dit que ce sont les anciens [eux qui avaient la connaissance et la maîtrise des circuits] qui ont appris aux nouveaux comment on pille le Pays. Les nouveaux sont sortis du maquis très pauvres et ils ont été rattrapés par le complexe d’infériorité face aux anciens : la richesse et le statut social que cela confère et ensemble, ils se sont mis à gouverner et piller le Pays. La course à l’accumulation des richesses continua comme une compétition.

  6. Anonyme

    Le Système pourrit de l’intérieur.
    Ils sont nombreux à faire la même course d’enrichissement illicite et de pillage du Pays.

  7. Jereve

    J’essaie de lire entre les lignes de ce que Bunyoni a dit au sujet du pouvoir et les richesses honnêtes ou malhonnêtes qu’il procure. Je pars du principe bien connu des burundais à savoir faire attention à ce que les gens disent, mais surtout faire attention à ce qu’ils ne disent pas.
    Oui, indignez-vous! Mais suivez le regard (ou le doigt) de Bunyoni : il n’est pas le seul à avoir gravité beaucoup d’années dans les hautes sphères de l’Etat pour de facto devenir richissime. Je peux lire entre les lignes de sa défense, car il ne l’a pas dit, qu’il y a d’autres auxquels le pointeur est orienté, qui ont suivi le même circuit et se sont enrichis de manière inexpliquée, mais qui ne sont pas devant la justice.

  8. Kibinakanwa

    En paraphrasant le monument Victor Hugo, l’histoire retiendra de Bunyoni le Petit un despote cruel et l’un des hommes les plus riches que le Burundi ait connu.
    Ça donne la nausée d’entendre qu’il a 150 maisons.
    Qu’il soit mis en prison en même temps que le tristement célèbre Désiré Uwamahoro donne un peu de beaume au coeur.

  9. Gihugu

    Merci Antoine de montrer votre cri de cœur. Moi je n’ai pas de mots pour qualifier l’arrogance de cette défense. Mais le problème c’est que ce n’est qu’un dans un océan de braqueurs des biens des Burundais qui est mis en cause. Je connais un très haut placé qui a presque la même arrogance que ce dernier en matière de biens amassés. Allez-y imaginer une personne qui a battu des complexes de plus d’une valeur de plud milliard sur une colline reculée sans même un bureau zonal et sans même un dispensaire…

    Il est grand temps que nos dirigeants renouent avec les valeurs d’Ubuntu. Il faut qu’on arrête de penser la richesse en terme des biens amassés dans un pays où 90% des gens rêvent pouvoir acheter les cahiers de leurs enfants et pouvoir manger 2fois par jour. D’où vient cette perversion, ce manque criant d’empathie.Écœurant et nauséabonde!

  10. ndirabika

    Oui M Kaburahe cette exhibition de l’opulence dans la précarité ambiante est certes dégoutante mais plus dégoutant encore est la complaisance qui a caractérisé ce procès. Avoir « dévoré forces moutons » est un acte angélique au regard de la boucherie humaine qu’il a ordonné. Pourquoi ce chef d’accusation n’a pas été évoqué?

  11. Sakubu

    Le véritable fond exprimé c’est votre ressenti de « dégout » sur cette affaire.

  12. Thierry

    Parfois, nous nous atardons sur les richesses qu’il detenait mais oublions la fantaisie du procès qui revèle le niveau de l’indépendance de notre chère magistrature.
    Les accusations taillées sur mésure de ne pas entacher qui d’autre que ce soit. Par ailleurs sa traduction en justice ne traduit pas à mon avis la droiture de la justice car cette fernière s’est tue quand l’interêt public etait ménacé et se lève quand le regard se tourne vers le pain des gros poissons. Tout est vanité

  13. Voltaire Kaziri

    Merci Kaburahe,
    Moi je dirais plutot la « Nausée de Paul Sartre ».
    Il aurait pu avoir l’intelligence ou l’elegance de se taire. Nous connaissons tous comment les potentats africains s’enrichissent.
    De toute facon, ce n est pas pour cela qu’ on l’a mis nen prison.
    Je ne vais pas pleurer pour lui. Des gens ont été assassinés en pleine journée lorsqu’il avait tous les pouvoirs: Ntasano, Hafsa Mossi, les FNL jetés dans la Ruvubu, les soeurs italiennes, Kirahwata, etc….
    Pour cela, il n y a que la justice divine. Pour ceux qui y croient

    • BIJOGA

      Il n’est pas besoin d’y croire pour que cette justine divine s’abatte sur eux, qu’ils y croient ou pas, elle s’y abattra, point barre!!

      • Yan

        @BIJOGA
        « …qu’ils y croient ou pas, elle s’y abattra, point barre!! »

        Comment le sais-tu?
        Je parie que c’est ton petit doigt qui te l’a dit!

    • BIJOGA

      A moins qu’ils se repentent sincèrement sans hypocrisie!

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