Dans le Burundi traditionnel, le soir, au coin du feu, la famille réunie discutait librement. Tout le monde avait droit à la parole et chacun laissait parler son cœur. C’était l’heure des grandes et petites histoires. Des vérités subtiles ou crues. Une occasion pour les anciens d’enseigner, avec l’air de rien, la sagesse ancestrale. Mais, au coin du feu, les jeunes s’interrogeaient et contestaient, car tout le monde avait droit à la parole. Désormais, Iwacu renoue avec la tradition et transmettra sans filtre, la parole longue ou lapidaire reçue au coin du feu. Cette semaine, au coin du feu, Olivier-Dismas Ndayambaje.
Quelle est votre plus grande qualité ?
Je suis empathique et compatissant. J’essaie toujours de comprendre les autres, leurs défis, leurs émotions et d’agir pour les soutenir avec sincérité, dans la limite de mes moyens. Et je ne juge pas.
Et votre principal défaut ?
Mon principal défaut est l’impatience et ma tendance à attendre le meilleur des autres, parfois au-delà de leurs capacités. Ce qui peut nuire à mes interactions et rendre la communication moins harmonieuse.
Quel est votre passe-temps préféré ?
Mon passe-temps préféré est de regarder des films, car c’est à la fois un moment d’évasion de la réalité (un moyen d’évacuation du stress) et une source d’apprentissage sur différentes cultures, idées et expériences humaines.
Quelle est la chanson qui vous accompagne souvent ?
J’ai beaucoup aimé la chanson « Wibuke Ushime » de Sylvane Ntiyibagira, qui exprime la reconnaissance envers les parents, les enseignants, les camarades de classe ainsi que la mère-patrie. Ces derniers temps, je me surprends souvent en train de fredonner « Ganza Mwana wa Mariya », un chant de Pâques que mon défunt père affectionnait particulièrement.
Quel est votre plat préféré ?
Je privilégie les mets traditionnels burundais, préparés avec simplicité et authenticité. J’ai une affection particulière pour un mélange typique de colocases, haricots, aubergines africaines, lenga-lenga et oignons, cuits ensemble et assaisonnés à l’huile de palme ou au beurre de vache.
Quel est le lieu que vous aimez le plus ?
Les lieux que j’aime le plus éveillent en moi à la fois ma passion pour la protection de l’environnement et mon attachement culturel. Parmi eux, les montagnes de Mpungwe et Bunyuro, pour la beauté de leurs paysages ainsi que les collines rocheuses de Muhindo et Murehe à Gisuru (d’aspect très proche des failles de Nyakazu), riches de souvenirs et d’enracinement culturel. Malheureusement, certains de ces lieux perdent peu à peu leur authenticité, en raison de la dégradation de leur environnement (feux de brousses à Mpungwe et Bunyuro).
Quelle est la personne qui vous inspire profondément ?
La personne qui m’inspire profondément est mon père. De lui, j’ai hérité ma passion pour le droit et l’enseignement. Mais, au-delà de cela, il était un homme sage et calme, capable de mesurer ses paroles avec une pointe d’humour subtile qui faisait de lui une personne discrète mais affable.
Quelle est la phrase ou maxime qui guide silencieusement votre vie ?
Luc 17 :10 « (…) Nous sommes des serviteurs inutiles ; nous avons fait ce que nous devions faire.’ »
Comme ancien Xaveri, j’ai grandi avec le sens du devoir et le goût du service envers autrui. Ce verset me rappelle que servir le prochain est un devoir quotidien d’humilité et non une quête de reconnaissance ou de gloire.
Quel métier auriez-vous rêvé d’exercer, dans une autre vie ?
Quand j’étais petit, je rêvais de devenir astrophysicien, un peu comme les mages, ou peut-être astrologue (rires). A l’époque, je ne faisais pas vraiment la différence. Plus tard, au Petit Séminaire, je pensais que je deviendrais prêtre. Mais, ce que je fais aujourd’hui n’est pas si différent.
Quel voyage rêvez-vous encore de faire ?
Je rêve de visiter les sites naturels et patrimoniaux classés par l’Unesco à travers le monde afin de combiner ma passion pour l’environnement et la découverte culturelle. Parmi eux, j’aimerais explorer les ruines du Grand Zimbabwe, symbole de l’histoire et de l’architecture africaines ainsi que des sites emblématiques en Inde et en Amérique latine, liés aux civilisations aztèque et maya.
Quel est, selon vous, le plus grand moment de l’Histoire burundaise ?
Le plus grand moment de l’Histoire burundaise, selon moi, est la réconciliation nationale et les efforts pour construire une paix durable après les périodes de conflit. À ce titre, l’Accord d’Arusha de 2000 et le Protocole de Pretoria (2003), qui ont permis la conclusion des accords de cessez-le-feu entre le gouvernement et les mouvements rebelles de l’époque dont le CNDD-FDD, représentaient une lueur d’espoir pour la stabilité et l’avenir du pays.
Quelle en est la date la plus lumineuse ?
La date la plus lumineuse de l’Histoire du Burundi reste le 1er juillet 1962, jour de l’indépendance, marquant la fin du colonialisme et l’avènement d’une nation souveraine. Malheureusement, les Burundais, nous n’avons pas pleinement su capitaliser cette indépendance pour construire une paix et un développement durables.
Et la plus sombre ?
La date la plus sombre de l’Histoire du Burundi reste marquée par les périodes de violences et de troubles civils ayant profondément affecté la population, notamment l’assassinat du prince Louis Rwagasore, le 13 octobre 1961, symbole de l’unité des Barundi ; et celui du président Melchior Ndadaye, le 21 octobre 1993, incarnation du renouveau (Uburundi bushasha) et de l’espoir d’une gouvernance inclusive
Quelles qualités vous émerveillent chez autrui ?
Le calme et la discrétion, ce sont des qualités qui révèlent la maîtrise de soi et une sagesse tranquille
Quels défauts vous rebutent profondément ?
Le mensonge, la fabulation et la duplicité car, ils trahissent la confiance et nuisent à l’authenticité des relations humaines.
Croyez-vous en la bonté des êtres humains ?
Je penche davantage à croire en la méchanceté des hommes tout en gardant la lucidité sur leur complexité. Comme le disait Charles Baudelaire , « Il y a dans tout homme, à toute heure, deux postulations simultanées, l’une vers Dieu, l’autre vers Satan. » Cette citation révèle la dualité de la nature humaine : chacun porte en soi le bien et le mal, et c’est le choix quotidien qui définit réellement la bonté de chacun.
Quel serait, pour vous, le plus grand malheur ?
Le plus grand malheur pour moi serait de revivre la guerre au Burundi, avec ses violences et ses souffrances qui ont profondément marqué le pays et sa population, accompagnées de la perte des valeurs et de graves atteintes à l’environnement.
Pensez-vous à la mort ?
Oui, mais elle est pour moi un rappel de la valeur du temps et de l’importance de vivre avec sens. Il y a cet ouvrage du pasteur Rick Warren qui porte un titre très significatif : « Une vie motivée par l’essentiel ». De ma part, je dirais donc que si vivre doit avoir un sens, mourir n’en a plus aucun.
Si un jour vous croisiez Dieu, que lui diriez-vous ?
« Seigneur, tu me connais mieux que quiconque. Agis envers moi selon ton amour et ta grande miséricorde. »





Olivier-Dismas Ndayambaje, né en 1986 à Gisuru, actuelle province de Buhumuza, est docteur en Droit public, spécialiste du droit international et du droit de l’environnement. Il est professeur associé à l’Ecole nationale d’Administration (ENA) du Burundi. De nationalité burundaise, il conjugue une solide expertise académique avec un engagement concret en faveur de la protection des populations vulnérables et du développement durable.
Titulaire d’un doctorat de l’Université Cheikh Anta Diop de Dakar (Sénégal) ainsi que de Masters en droit international obtenus en France (Université de Limoges) et au Maroc (Université Hassan II de Casablanca), ses travaux portent sur la protection des populations vulnérables, l’accès à la justice, les droits des peuples autochtones, la gouvernance de l’eau et la protection de l’environnement en contexte de conflits armés. Son expertise s’inscrit à l’intersection du droit, de la prévention des conflits et de la consolidation de la paix.
Il a acquis une expérience pratique en protection humanitaire au sein du Haut-Commissariat des Nations-unies pour les réfugiés (UNHCR) au Maroc où il a participé à l’accueil et à l’enregistrement des demandeurs d’asile, à l’analyse des dossiers de détermination du statut de réfugié et aux actions de plaidoyer en faveur des migrants et réfugiés. Au Burundi, il a exercé comme assistant juridique à la Maison Shalom, accompagnant des mineurs en conflit avec la loi, assurant leur défense, le suivi judiciaire de leurs dossiers et leur réinsertion sociale.
En parallèle, il intervient comme consultant et formateur dans des programmes de renforcement des capacités portant sur les droits humains, la gouvernance publique, la rédaction scientifique, la gestion des ressources naturelles et la conformité institutionnelle. Il a contribué à l’élaboration et à la révision des cadres réglementaires, à la conception de politiques publiques et à la mise en place de mécanismes institutionnels visant à renforcer la transparence, la redevabilité et la protection des bénéficiaires.
Avocat inscrit au Barreau de Bujumbura, Olivier-Dismas Ndayambaje est marié et père de 3 enfants.


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