Mardi 18 juin 2024

Politique

Affaire AG Bunyoni : « Je suis le mouton à sacrifier »

Affaire AG Bunyoni : « Je suis le mouton à sacrifier »
« J’ai confiance en cette Cour, les erreurs et les irrégularités commises avant seront reconsidérée »

Dans une audience publique en appel de ce lundi 27 mai, l’ancien Premier ministre Alain-Guillaume Bunyoni et ses trois coaccusés ont fustigé l’arrêt rendu par le premier juge lors du jugement précédent. Pour le Ministère public, la Cour n’a pas suivi à la lettre le jugement.

Dans la ville de Gitega, ce jugement en appel d’Alain-Guillaume Bunyoni et ses coaccusés était sur toutes les lèvres. Comme dans l’audience précédente, la sécurité autour et à l’intérieur de la petite salle d’audience dans les enceintes de la prison central de Gitega avait été renforcée, une vraie forteresse.

Fouille corporelle minutieuse, interdiction de port de lunettes, de montre de bracelet, pas de carnet, ni de stylo à bille. Sauf les officiers de police et les membres du Service national de renseignements, aucune autre personne n’avait le droit de porter le téléphone.

Par l’exiguïté de la salle, ou par mesures de sécurité, tous ceux qui souhaitaient suivre ce procès n’ont pas eu le privilège d’y accéder, à l’entrée la police posait systématiquement la question à chaque personne de savoir les motifs de sa présence, il y en a qui ont tout simplement préféré rebrousser chemin.

Dans cette mêlée de curieux, de journalistes, de policiers d’agents du SNR qui sont parvenus à entrer, l’on peut signaler la présence du représentant de la CNIDH, la Commission Nationale Indépendante des Droits de l’Homme, ainsi qu’un représentant d’une des Agences des Nations Unies. C’est vers 10h que le présumé putschiste a fait son entrée dans la salle, tout de vert vêtu, la tenue burundaise des prisonniers.

Très décontracté, barbe rasée, chaussures bien cirées, il saluait l’audience et certains membres de sa famille. Même comportement chez ses coaccusés, Désire Uwamahoro et Destin Bapfumukeko, ils ne s’empêchaient pas de lancer des blagues avec ceux qui étaient assis près d’eux.
A l’ouverture de la séance, le Ministère public a indiqué que lui aussi avait interjeté l’appel à cause des irrégularités observées dans la mise en exécution du procès précédent. D’après lui, la Cour n’a pas respecté la loi car les biens qui devaient faire objet de saisie ne sont pas jusqu’ici confisqués.

« La loi n’a pas été respecté car l’arrêt devait être immédiate et même aucun sou d’amende n’a jamais été versé au trésor public. La loi stipule qu’en plus de ses biens incriminés, la valeur d’amendes à payer devait être multipliée par deux et c’était plus de 24 milliards de nos francs », a-t-il chargé. Pour le Ministère public, il est incompréhensible et étonnant que tout cela n’a pas été fait.

Pour l’accusé, ces interprétations sont vides de sens dans la mesure où la responsabilité pénale est toujours personnelle et individuelle. Selon lui, son arrestation, son jugement et sa condamnation ont été faits en violation grave de la loi.

« Le ministère public peut toujours mentir et accuser à tort aussi longtemps qu’il a le privilège de ne pas être emprisonné ou condamné même s’il s’avère qu’il a commis des irrégularités ou des injustices. D’abord, il sait qu’il fait des montages contre ma personne ensuite, il oublie que ces biens dont il mentionne moi et ma famille nous les avons obtenus légalement et qu’il n’est pas question de punir toute ma famille », déplore Alain-Guillaume Bunyoni.

Dans ce procès quand le parquet égrenait les chefs d’accusation à l’endroit de cet ancien premier ministre, aidé par son avocat contrattaquait tout en rejetant ces accusations qu’il qualifiait de mensonges et calomnies.

« Vous vous targuez d’obtenir des éléments à charge mais jusqu’ici seul des faits nos fondés et injustes vous font demander des condamnations en catimini. Si la Cour devait constater que même les PV que j’ai été forcé de signer ont été modifiés, elle saurait que ce procès ne devait pas avoir lieu mais comme je suis le mouton à sacrifier, vous n’arrêtez pas de lire la loi à l’envers », s’est -t-il justifié.

« La loi a été bafouée au profit du Ministère public ! »

Passant du complot contre les institutions de l’Etat à l’infraction contre l’économie nationale, le Général Alain-Guillaume Bunyoni, n’avait qu’un seul mot à demander : « Avant la loi a été bafouée au profit du Ministère public. J’ai confiance en cette Cour, les erreurs et les irrégularités commises avant seront reconsidérées et que la vérité finira par triompher ».

Mêmement pour Destin Bapfumukeko qui cherchait à mettre à nue toutes les accusations du Ministère public qui d’après lui, est sur la barre qu’à cause des injonctions du chef de cabinet du Service national de renseignements du Burundi qui voulait le mettre hors circuit suite à ses mésententes répétitives avec ce dernier.

« Il m’avait toujours menacé me disant qu’il pouvait me faire du mal en jour. Et ce jour est arrivé, vous ne faites qu’exécuter ses doléances et c’est lui-même qui vous a obligé de glisser mon nom dans cette affaire sombre. Vous ne cherchez qu’à sauver votre peau et c’est tout sinon tous ces accusations sont infondées », s’est-il contenté de dire.

Notons que pour l’accusation concernant outrage envers les dépositaires de l’autorité publique et complot contre la vie du chef de l’Etat, l’audience a été à huit clos et le procès contre le Colonel de police Désiré Uwamahoro et le chef des chantiers de l’ex Premier ministre est attendu ce mardi 28 mai à la prison centrale de Gitega.

Forum des lecteurs d'Iwacu

7 réactions
  1. Samandari

    Il y a des informations qui circulent a propos de la défense de Bunyoni.
    Bunyoni explique qu il a fui parce qu il craignait qu il allait etre tué comme l ont ete 2 autres generaux. Mwese muraze 2 generaux assassines en plein jour.
    Les 2 generaux ont quand meme ete assassines en plein jour, alors qu il etait ministre de l interieur d une republique africaine qu est le Burundi.
    Interessant quand meme

  2. St-James

    Ce Bunyoni n’a-t-il pas tué un conducteur pour… avoir coupé la voie ?

  3. Kabonge

    A Marcos et autres
    La question presque inutile içi, mais essentielle.
    Est ce la justice y gagnera?
    Bien sûr que non.

  4. Marco k.

    Combien de moutons ont ils eux mémes sacrifié durant quand ils se pensaient être au dessus de tous les burundais?Combien de jeunes et vieux victimes de leurs agissements?Nous les laissons avec leur conscience.Le mal ne paie jamais!

  5. Gacece

    « Ingwe igutwara igitungwa ikagutanga kuraka. »

    Rien d’autre à ajouter.

  6. Bellum

    C’est ici que la regle d’or vient a l’esprit: « Ne faites pas autres ce que vous ne voudriez pas qu’ils vous fassent ». Que de jeunes innocents emprisonnes sous le regne Bunyoni-Nkurunziza. Beaucoup sont morts en prison de privations, faim, manque de soins et depression. Des familles entieres sont tombees dans la misere noire du fait de peres FNL et MSD en prison sans fin.
    Des milliers d’autres ont ete massacres, tortures, mutiles, violes, castres et exiles. Un haut dirigeant a officiellement appele au meurtre du pauvre Kaburimbi et il fut execute avec ses travailleurs.
    Lorsque je vois la faillite totale du regime DD je me dis que c’est le karma qui le pursuit pour tant de crimes commis. Karma is a bitch disent les anglophones.

    • Marco K.

      Je reprends ce qui est écrit ci-dessus:
      « Karma is a bitch »
      Mu Kirundi bisigura simplement ko: ukora ikibi ukagisanga imbere!
      Kora ivyiza bizobasange imbere.

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