Mardi 10 mars 2026

Culture

Adrien Ntabona: « L’homme est homme quand on peut compter sur lui »

10/03/2026 0
Adrien Ntabona: « L’homme est homme quand on peut compter sur lui »
Abbé Adrien Ntabona : « Le livre est fait pour parler au futur »

Les Burundais ont des valeurs clairement exprimées dans des proverbes. Des anti-valeurs aussi. L’Abbé Adrien Ntabona illustre cela à travers un nouvel ouvrage qu’il vient de publier intitulé : « Valeurs et anti-valeurs dans des proverbes du Burundi. Pistes pour les approfondissements en groupes ».

La valeur d’Ubuntu ou humanité achevée est bien développée dans l’ouvrage. L’écrivain Abbé Adrien Ntabona indique que cette valeur n’est d’ailleurs pas seulement burundaise. Elle est aussi africaine. « Chaque pays la développe sous une forme ou sous une autre ». Il tient ainsi à synthétiser cela dans des proverbes.

Cette forme de langage met une image et rythme en même temps la pensée de façon que la transmission du message passe vite. « Le proverbe est une simple mise en forme rythmée et imagée dans une tendance culturelle solide ».

Cet universitaire en retraite explique le proverbe comme une morale en situation qui ne peut pas s’appliquer partout et qui ne peut surtout pas s’imposer. Mais il réveille l’imagination, la pensée, et permet ainsi de se diriger dans la vie.

L’Abbé Ntabona dit que les ancêtres burundais ont mis tout cela en musique à travers les proverbes et y ont exprimé beaucoup de valeurs. « Personnellement, pour ma thèse en théologie, j’ai fréquenté plus ou moins 4 000 proverbes qui sont résumés dans un livre du Père missionnaire appelé Rodegem ».

Alors que ce Père missionnaire met ces proverbes dans un ordre alphabétique, l’Abbé Ntabona, lui, les met dans un ordre thématique, et à sa façon.

Il affirme avoir parcouru ces proverbes et s’est rendu compte qu’il y a dedans une certaine logique, une certaine constance, une certaine façon de vivre.

« C’est un gisement minier important », soutient-il, ajoutant qu’avec le vieillissement, il souhaite laisser cet héritage à ceux qui viendront demain. Et de préciser que tous ses livres s’adressent aux gens du futur. « Le livre est fait pour parler au futur », renchérit cet écrivain infatigable.
Toutefois, il regrette qu’actuellement, les gens sont distraits par les médias et ne prennent pas le temps de se concentrer à la lecture des livres. Or, « quiconque ne lit pas un livre n’acquiert pas du tout une culture. Il acquiert avec les médias des données éparses, clairsemées et parfois contradictoires».
Dans ce livre d’une centaine de pages, Abbé Ntabona résume ce qu’il a trouvé dans des proverbes. En second lieu comme marqué dans un sous-titre, ce sont des pistes pour un approfondissement en groupes.

Il précise par là que l’on ne pourrait pas prétendre y avoir une doctrine toute faite. « Tout n’est donc pas nécessairement vérité pure, mais c’est une version des choses. Alors, prenez ce livre comme une version », mentionne-t-il.

L’Abbé Ntabona trouve que les Burundais ont des valeurs exprimées dans des proverbes. Il y a tout d’abord l’importance de la vie intérieure. « L’homme est homme seulement quand il est conscient d’avoir un intérieur intime cohérent ». Il insiste sur l’intériorité humaine comme étant une valeur de base léguée par les ancêtres.

« L’homme ne vaut que par les autres »

Il y a ensuite la valeur d’Iteka ou honneur pour un homme digne de nom. Selon lui, l’homme est homme quand il est capable de se respecter lui-même, et de respecter autrui.

« L’homme est homme quand il a une capacité de fidélité. L’homme est homme quand il a l’humanité achevée et qu’on peut compter sur lui ». Il y a en outre la valeur de la complémentarité active. « L’homme ne vaut que dans la mesure où il est appuyé par les autres ».

Quant aux antivaleurs, Adrien Ntabona les classe essentiellement en deux catégories : une indifférence raisonnée d’un côté, et de l’autre, une haine recommandée.
La première implique une haine ou mésentente au sein de la famille, voire au sein d’un couple. Pour une haine recommandée, c’est lorsqu’un ami qui se fait ami de ton ennemi devient ipso facto ennemi à toi.

« Quand votre fils accompagne un ennemi, il devient ton ennemi. Quand nous étions petits, il y avait des enclos où on nous empêcher d’entrer, arguant que nous courrions le risque d’être empoisonnés », rappelle l’Abbé Ntabona.

Et pour faire barrière à tout cela et toujours à travers des proverbes, il y avait Dieu. « Imana ici chez nous, c’est la valeur des valeurs, et il y a beaucoup de proverbes là-dessus ».

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