Politique

Que savent les Batwa de la CVR ?

18/09/2013 Rénovat Ndabashinze 0

La Constitution burundaise reconnaît l’existence de trois ethnies : Tutsi, Hutu et Twa. Au moment où le pays évolue vers la Commission Vérité Réconciliation (CVR), les Batwa se disent exclus de ce processus.

Quelques femmes Batwa de la colline Nyakibari, commune Kayokwe, province Mwaro s’expriment sur la Commission Vérité Réconciliation (CVR) ©Iwacu
Quelques femmes Batwa de la colline Nyakibari, commune Kayokwe, province Mwaro s’expriment sur la Commission Vérité Réconciliation (CVR) ©Iwacu

A 1km de la route non goudronnée Mwaro-Gitega, sur la colline Nyakibari, commune Kayokwe, province Mwaro, une communauté de Batwa. Il est 16 heures. Dans une bananeraie, des habitations dont les toitures faites de pailles et d’autres de tuiles, des femmes fabriquent des pots.
Eveillés par le bruit du moteur de notre véhicule, des hommes apparaissent. Dans un court laps de temps, un groupe d’une cinquantaine de personnes se forme. Et une chanson est lancée. Des jeunes filles se mettent à danser.
Au bout, d’une dizaine de minutes, ils nous accordent l’occasion de se présenter. « C’est la 1ère fois que des journalistes arrivent dans notre localité », s’exclame une maman après notre présentation. Concernant ce qu’ils savent de la CVR, Isidore Ntahizaniye, 45 ans, un Mutwa de Nyakibari est direct : « C’est la 1ère fois que j’entends parler de cela. » Une réponse partagée par Anatolie Bayazi, une femme Mutwa ajoutant que cela est dû à l’exclusion dont ils sont victimes depuis des années. « Je ne sais rien de cette commission. Les autres coins du pays sont à maintes fois visités par les journalistes mais dans notre localité, c’est la 1ère fois », souligne une autre femme sous anonymat.
Elle embraye directement sur les problèmes qui hantent la communauté Twa : « Nos élèves manquent du minerval et abandonnent l’école. Ils restent à la maison alors qu’ils sont intelligents. Ils ne trouvent pas du matériel scolaire ». Selon elle, même le président de la République ne se soucie pas de leur sort : « Depuis l’investiture de notre président, nous ne l’ avons jamais entendu affirmer que les Batwa existent au Burundi. »

L’exclusion tend à disparaître mais…

« Dans le temps, nous ne pouvions même pas puiser sur une même source avec les autres », souligne Mme Bayazi, avant d’ajouter : « Actuellement, nous nous croisons avec les Hutu ou les Tutsi sur un même robinet. » Elle mentionne qu’ils ont eu de petites parcelles mais n’ont pas des propriétés dans les vallées pour cultiver des patates douces, des légumes comme les autres.
Les voisins affirment aussi que l’exclusion tend à disparaître. Zacharie Barampama, 48ans, chef de colline de Nyakibari, indique que les Batwa participent dans des fêtes familiales. Etienne Ndayishimiye, un Mutwa, trésorier Adjoint à l’Union pour la Promotion Batwa du Burundi (Uniproba), évoque la question de l’endogamie et les moqueries : « Les Batwa étaient condamnés à se marier entre eux. Ils ne pouvaient pas tenter de se marier avec une Hutu ou une Tutsi ». Cependant, M. Barampama indique que comme il a grandi avec eux, il a toujours partagé avec les Batwa, dès son enfance.

Les Batwa dans la CVR

Arguant qu’ils sont les 1ers occupants du Burundi, Isidore Ntahizaniye ne comprend pas pourquoi ils sont absents dans la gestion des affaires du pays. Il estime que pour faire entendre leur voix, les Batwa doivent être représentés dans la CVR. Il demande, par ailleurs, une représentation dans tous les secteurs : de la base au sommet. Il déplore le fait que beaucoup d’émissions radiophoniques sont organisés à Bujumbura sans tenir compte des réalités de l’intérieur du pays. Il est confiant qu’avec les visites des journalistes, leur voix sera entendue

« La CVR, c’est notre salut »

Séraphine Ndihokubwayo, de la colline Nyakibari commune Kayokwe, indique que les Batwa ont besoin de la mise en place de la CVR. Elle la considère comme leur salut : « Ils nous avaient cachés comme si nous n’existons pas. Mais avec la CVR, c’est l’occasion de se manifester pour dénoncer l’injustice, l’exclusion subies ». Elle mentionne qu’il y a beaucoup d’orphelins, de veuves, d’enfants chefs de ménage, d’indigents dans cette localité. D’où l’appel lancé au président de la République de leur venir en aide.
Les Batwa de Nyakibari sont prêts à témoigner. « Une fois la commission mise en place, nous allons dire tout ce que nous avons vu », indique Pontien Nsambirubusa, 43ans. Il déplore, en outre, le retard de cette commission: « Qu’’elle soit mise en place et travaille pour l’intérêt des Burundais ». Il souhaite qu’elle soit composée par des indépendants de toutes les ethnies. Il s’oppose à l’idée que les politiciens en soient membres. Pour réussir, selon lui, la CVR doit commencer son travail à la base.

« Qu’elle nous restitue nos terres ! »

Quid de la réparation ? Comme les autres Burundais, les Batwa attachent une importance à la terre. Silvère, 20ans, élève en seconde, est convaincu que leurs ancêtres avaient de grandes étendues de terres. « Exclus, nos ancêtres les ont vendues à un prix dérisoire aux Hutu et aux Tutsi ». Pour lui, la première réparation est de leur restituer ces terres.
Silvère soutient que « l’éducation est la clé du développement ». Il ne doute pas qu’avec la scolarisation, les Batwa vont s’intégrer définitivement dans la société burundaise. Ce jeune souhaite qu’avec le travail de la CVR, les pourcentages des Batwa dans les institutions soient revus à la hausse. Et Pontien Nsambirubusa d’ajouter qu’en plus des terres, ils ont besoin d’habitations décentes.

« Associons les Batwa dans le traitement du passé »

Edouard Nsanzintwari, pyschologue ©Iwacu
Edouard Nsanzintwari, pyschologue ©Iwacu

Pour arriver à une réconciliation réussie, Edouard Nsanzintwari, psychologue, propose que les Batwa soient associés dans l’élaboration des textes juridiques. En les regroupant dans les villages avec les autres, M. Nsanzintwari pense que ce sera une meilleure façon de lutter contre l’auto discrimination. Il fait remarquer que les Batwa ont aussi été touchés par la guerre : « En témoigne la présence des Batwa dans les centres d’écoute qui viennent témoigner qu’ils ont tant souffert durant la crise ». Ce psychologue conseille, par ailleurs, aux Batwa de trouver un moyen d’exposer ce qu’ils ont vu : « Ils peuvent rédiger des livres sur leur passé douloureux, etc. »

Les Batwa sont aussi victimes

Etienne Ndayishimiye, de l’Uniproba ©Iwacu
Etienne Ndayishimiye, de l’Uniproba ©Iwacu

« Il faut que les Burundais sachent que les Batwa sont aussi morts. Ils ont été touchés », indique Etienne Ndayishimiye, de l’Uniproba. Il signale que parmi les Batwa, certains sont traumatisés par la guerre. Malheureusement, il déplore qu’il y ait une tendance d’orienter la CVR vers les Hutu et les Tutsi. Il revient sur le fait que bien avant la guerre, ils ont été chassés de leurs terres pour se réfugier dans les forêts. Il dénonce certaines lois exclusives à l’endroit des Batwa.

Charte des utilisateurs des forums d'Iwacu

Merci de prendre connaissances de nos règles d'usage avant de publier un commentaire.

Le contenu des commentaires ne doit pas contrevenir aux lois et réglementations en vigueur. Sont notamment illicites les propos racistes, antisémites, diffamatoires ou injurieux, appelant à des divisions ethniques ou régionalistes, divulguant des informations relatives à la vie privée d’une personne, utilisant des œuvres protégées par les droits d’auteur (textes, photos, vidéos…) sans mentionner la source.

Iwacu se réserve le droit de supprimer tout commentaire susceptible de contrevenir à la présente charte, ainsi que tout commentaire hors-sujet, répété plusieurs fois, promotionnel ou grossier. Par ailleurs, tout commentaire écrit en lettres capitales sera supprimé d’office.

Ajouter un commentaire

Votre adresse de messagerie ne sera pas publiée.

Editorial de la semaine

Malheur aux enseignants qui violent et violentent leurs élèves

Léandre Sikuyavuga Commentaires fermés sur Malheur aux enseignants qui violent et violentent leurs élèves

L’image est choquante, terrifiante, effrayante. Une fille déchiquetée, l’avant-bras détaché du reste du corps, est allongée sur une civière traditionnelle en rotin. Elle est méconnaissable. Sur les réseaux sociaux, un texte explicatif accompagne le corps tailladé à plusieurs endroits : (…)

Notre Web Radio sur What'App

1 Ajoutez le numéro suivant à votre liste de contacts de votre GSM : + 257 76 002 004

2 Ouvrez l'application WhatsApp et envoyez un message à ce numéro avec votre nom + la mention "abonnement".

3 Il n'y a rien d'autre à faire : nous nous occupons de l'activation de votre compte. Vous commencerez à recevoir nos émissions quotidiennes en direct sur votre smartphone.

CBX Useronline

442 utilisateurs en ligne