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Interviews

Pr Pascal Niyonizigiye : « La superpuissance s’inquiète du Burundi »

Du 4 au 6 août 2014, 40 chefs d’Etats africains, dont Pierre Nkurunziza, ont participé au premier sommet Etats-Unis-Afrique. Pour Pr Pascal Niyonizigiye, expert en Relations internationales, cette rencontre devrait permettre aux dirigeants de se rendre compte qu’ils sont suivis.

Pascal Niyonizigiye, expert en Relations internationales ©Iwacu

Pascal Niyonizigiye, expert en Relations internationales ©Iwacu

Quel commentaire faites-vous du sommet Etats-Unis-Afrique ?

Les Etats-Unis se réfèrent à l’actualité dans le monde. Si en Afrique, ils privilégient le commerce, les infrastructures, la bonne gouvernance, etc., c’est parce qu’ils voient qu’elle a besoin de partenaires sur le plan économique. L’Afrique affiche un certain espoir. Elle a démontré qu’elle est en mesure de connaître une croissance économique importante, au-delà de 5%, alors qu’elle bénéficie moins d’aides dans une situation de dépression financière des bailleurs occidentaux. C’est étonnant mais réconfortant.
Toutefois, elle ne peut pas se développer sans avoir des régimes politiques stables, démocratiques qui donnent la sérénité aux populations et garantissent la paix. Elle est la base de tout développement durable. La bonne gouvernance, la démocratie, le respect des droits de l’Homme, etc. sont donc des préalables pour une stabilité politique.

Quels sont les enjeux ?

Ils sont liés à la géostratégie. Avec le génocide rwandais de 1994, le monde a constaté qu’un évènement pouvait éclater quelque part et se répandre dans toute la région. S’il n’y a pas de paix au Burundi, il n’y en aura pas non plus au Rwanda et au Congo. Des risques d’embrasement de crises dans la région des Grands Lacs sont prévisibles. Les frontières sont devenues poreuses. Les situations à l’interne des Etats sont intimement liées à la vie internationale. Les Etats-Unis comprennent que le Burundi doit rester un modèle au niveau de la négociation avec les belligérants.

John Kerry, secrétaire d’Etat américain, appelle au respect des Constitutions. En matière de relations internationales, que traduit ce message ?

Le Burundi est à la croisée des chemins. Cette situation est connue de la superpuissance. A la veille des élections, le débat à l’interne est houleux. Les Etats-Unis ont peur par rapport aux divergences autour du troisième mandat de Pierre Nkurunziza. Des frustrations à l’intérieur du pays se manifestent. Et d’aucuns se demandent l’avenir de ce pays bientôt en phase électorale. Même le président américain ne peut pas aller au-delà de deux mandats, sauf pour le cas du président Roosevelt qui, pour des raisons exceptionnelles, a brigué un troisième mandat. Sinon, plus un chef d’Etat s’éternise au pouvoir, moins il est performant et plus il y a des risques d’instabilité.

Le président Nkurunziza met en avant la contribution du Burundi aux opérations de maintien de la paix en Afrique. Est-ce suffisant pour justifier son troisième mandat ?

Que le Burundi envoie des contingents à l’extérieur, c’est une très bonne chose. Toutefois, cela ne suffit pas. Avant d’aider ailleurs, il faut d’abord assainir la situation interne. Le Burundi doit préserver cette paix recouvrée difficilement. Il doit éviter de replonger dans la catastrophe des années 1990. Pour cela, il faut que l’organisation interne soit harmonisée. Même si la situation était stable et sereine au Burundi, ce ne serait pas une raison, pour le président actuel, de briguer un troisième mandat.

Les Etats-Unis disposent-ils d’assez de marge de manœuvre pour empêcher un tel scénario ?

Des stratégies ne peuvent pas manquer. Il suffit d’exercer des pressions sur les bailleurs de fonds en posant des conditionnalités dans le financement des élections. Toutefois, elles doivent être appuyées par les forces internes. La classe politique, la société civile, les confessions religieuses, etc. doivent jouer un rôle déterminant. L’agenda international est très chargé de préoccupations. Chaque pays a ses priorités. Souvent, pour donner une orientation, il faut que les acteurs à l’interne des nations se mobilisent avant que les partenaires étrangers ne donnent leur coup de main. La balle se trouve donc dans le camp des Burundais.

  12   Vos commentaires
  1. KAMASHU

    Pour compter, PINK a compté à partir du mandat 0, et il est au premier mandat: 0, 1, 2.

  2. borntomakelovenotwar

    Il y a eu 1er mandat version essai !

  3. Jean-Pierre Ayuhu

    « Les Etats-Unis se réfèrent à l’actualité dans le monde », que voulez-vous dire M. Le Prof ?

    « L’Afrique affiche un certain espoir »….vous auriez voulu dire que l’Afrique a des potentialités peut-être!

    « Que le Burundi envoie des contingents à l’extérieur, c’est une très bonne chose. Toutefois, cela ne suffit pas. Avant d’aider ailleurs, il faut d’abord assainir la situation interne. Le Burundi doit préserver cette paix recouvrée difficilement. « ….J’ai l’impression que M. Le Prof ne connait pas le rôle d’une armée qui est de garantir l’intégrité territoriale d’une nation. L’ennemi, n’est jamais interne, mais externe….pour dire finalement que les commentaires du prof. sont difficiles à comprendre, surtout, semble-t-il, qu’il est expert en relation internationale…
    Gira amahoro et bonjour les dégâts dans les universités !

  4. MURUNDI-20

    Je partage le même avis que le prof Niyonizigiye. La mise en poubelle de l’accord d’Arusha ayant consacré le partage du pouvoir avec les deux principaux groupes ethniques principaux risque de provoquer, à la longue, une nouvelle crise politique, car la frustration des tutsi par la mise à mort du parti du Prince Louis Rwagasore ne tardera pas de se manifester. Les funérailles du parti UPRONA se fera pendant le 3ieme mandat du Président. Cet mise à l’écart de L’UPRONA de la scène politique va dans la même ligne de la politique du président KIKWETE, qui cherche à réhabiliter les forces génocidaires Rwandais de FDLR, en collaboration avec la SADEC. D’où, l’existence de deux blocs au sein de l’EAC :Bloc des enthousiastes(Kenya,Uganda,Rwanda) et le bloc des conservateurs(Tanzanie,Burundi ,RDC).Le bloc des enthousiastes ont signés récemment des accords politiques, économiques et sécuritaires pour renforcer leur coopération. Ces deux blocs ont deux visions politiques et économiques diamétralement opposés et cette guère froide entre les deux blocs va entraver sérieusement le développent de notre région de grands Lacs. Imaginez qu’il faut un visa pour un citoyen Rwandais de villes de Kamembe et de Gisenyi pour se rendre dans les villes voisines respectives de Bukavu et Goma en RDC. Et pourtant, les deux pays sont membres de la CEPGL depuis de 1975.Oh !où vas l’Afrique ?

  5. Rita NAHIMANA

    ewe gihugu cacu uracagowe iyo umwe yanditse ibitanezereza uwundi anaguye politique uwuri pour aca asara, uwuvuze nawe neza politique yuburundi uwundi adashaka nukuyumva aca asara, jewe nararavye ingene abantu bandika iyo bariko baravuga ivya politique mwebwe mubona tuzokizwa nande atari imana yo mwijuru, raba aho mwoviriye hasi rimwe mugwanya ubukene, mukagwanya ibiciro ku masoko biduga nayo izo cndd-fdd, izo porona, frodebu fnl…. muzoja kuzisumisha canke muzozirya, nimuronderere hamwe amahoro yigihugu, ibitangenda neza bivugwe, nayo ahandi igihugu ntaho kija ntaho kiva.

  6. tom

    Cher Iwacu, merci de l’element. Malheureusement, l’analyse faite est tres mediocre. Et votre titre ne correspond pas au contenu. Conclure que le fait de reunir les chefs d’Etats africains est la preuve que les dirigeants sont suivis ne me semble pas etre la raison principale. Et dans les developpements faits, on ne percoit pas l’inquietude de la superpuissance par rapport au Burundi. De tels sommets existent entre l’Afrique et la France, entre l’Afrique et la Chine, entre le continent et l’Inde, avec le Bresil, pourquoi les Etats-Unis resteraient derriere? L’envoi des troupes burundaises dans les missions de maintien de la paix n’a jamais ete mis en avant pour justifier un eventuel troisieme mandat: c’est tout simplement une amalgame.

    With best regards.

    • Jean-Pierre Ayuhu

      Tom, de telles analyses reviennent à parler pour parler. Je crois qu’Iwacu peut essayer de relever le débat en proposant par exemple des intervenants à la hauteur des sujets à traiter…..Qui ignore par exemple que l’enjeu principal de ce sommet est purement et simplement un positionnement stratégique par rapport aux Chinois, aux Européens ? Nous fournir une telle soupe d’analyses, les unes plus incohérentes que les autres, n’est pas intéressants…

  7. KITANAZI Mahuba

    La superpuissance l’est devenue grâce a certains de ses hommes qui croyaient en leur capacité ,alors ne soyons pas les éternels assistes.

  8. rwenyuza

    {Les élections de 2015 approchent, les esprits s’échauffent, la fièvre électorale monte graduellement. Une et une seule question taraude, que dis-je, turlupine les acteurs politiques burundais : « L’actuel chef de l’Etat, peut-il se présenter comme candidat aux élections présidentielles de 2015 ? ». Le débat sur cette question fait couler beaucoup d’ancre et de salives.

    Une partie de la classe politique burundaise croit dur comme fer que l’accord d’Arusha est « saint et sacré », allant même à le hisser au dessus de la constitution post-transition, argumentant que si cette dernière est inspirée de l’accord d’Arusha alors c’est à elle de s’adapter à cet accord et non l’inverse. Pour cette classe l’accord d’Arusha est clair en son article 7 : « La Constitution stipule qu’à l’exception de la toute première élection présidentielle, le Président de la République est élu au suffrage universel direct », « Il est élu pour un mandat de cinq ans renouvelable une seule fois. Nul ne peut exercer plus de deux mandats présidentiels ». Donc l’actuel président n’a pas droit au troisième mandat.

    L’autre partie de la classe politique ne l’entend pas de cette oreille, pour elle, d’après la pyramide de Kelsen, la Constitution étant le texte qui institue les différents organes composant l’Etat, elle est donc considérée comme la norme la plus élevée. Pour cette classe politique, la constitution post-transition ne met pas d’exception sur la première élection présidentielle, de plus en son article 96, elle stipule que : « Le Président de la République est élu au suffrage universel direct pour un mandat de cinq ans renouvelable une fois ». Dire « être élu au suffrage universel direct », c’est dire « être élu directement par la population (peuple) », or l’actuel Président de la République n’a été élu au suffrage universel direct qu’une seule fois (en 2010). Il a donc droit à un deuxième mandat au suffrage universel direct.
    Dans cette situation, peut-on alors parler de conflit entre l’accord d’Arusha et la Constitution post-transition ? Ou tout simplement conflit entre ceux qui ont négocié, signé l’accord pour la paix d’Arusha et ceux qui ont négocié, signés les accords de cessez-le-feu ?

    Pour ceux qui ont bien suivi l’historique de l’accord pour la paix d’Arusha, ils ont dit : « la signature de cet accord et la mise en place des institutions de transition sans cessez-le-feu est une faiblesse exploitée par les groupes armés pour discréditer et affaiblir les parties prenantes de cet accord. Ces dernières sont soupçonnées de s’être entendues pour partager les postes de responsabilités sans résoudre les problèmes fondamentaux de la guerre et de l’aggravation de la crise ». Il eut donc fallu les accords de cessez-le-feu pour que la paix revienne. Ceci met en cause la sainteté et le caractère sacré collé à ses accords pour la paix d’Arusha qui par ailleurs ont été signés au forceps, sous une pression internationale intense, avec des réserves qui ont été émis par le gouvernement d’alors et les partis du G10.
    Pour conclure, l’accord d’Arusha, c’est un contrat entre anciens G7 et G10 pour le partage du pouvoir tandis que la constitution post-transition est une loi suprême. De ce qui précède, il n’y a pas de conflit. Selon cette constitution, l’actuel président de la République peut bel et bien se présenter aux élections présidentielles de 2015, à condition qu’il le désire et que son parti le désigne comme candidat.}

    • Wise

      RWENYUZA are you the author of what you wrote ? It is also important to read what your opponents said about the same subject
      Can you also tell us the origin of the word desire,the meaning and implications?

      What is a contract ?Formal contract and informal contract ?What is the social contract,convenantal relationship and moral obligation?
      Do you believe that human being is an end in itself ?
      I try to guide you in order to dig deeper.
      Thank you

  9. mugenzi

    Je me demande si le chef lise de telles analyses.

    • RUGAMBA RUTAGANZWA

      @MUGENZI,

      S.E. P.NKURUNZIZA ne lit rien . C’est cela sa force ou sa faiblesse…..Néanmoins s’il se présente pour un 3ème mandat en 2015, il aura violé la constitution du Burundi, il aura fait un coup d’Etat consitutionnel qu’il faudra comprendre et traiter comme tel…! Tous les émissaires du Président OBAMA l’ont répété à haute et intelligible voix: pas de 3ème mandat pour NKURUNZIZA car la loi fondamentale burundaise qu’il a essayée de changer/ manipuler (via le Parlement dominé par son parti politique) mais en vain ne le lui permet pas. Ce message diplomatique direct veut dire ce qu’il veut dire..A bon entendeur salut…

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