Quand la société civile résiste

par Antoine Kaburahe et Elyse Ngabire



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Quand la société civile résiste

par Antoine Kaburahe et Elyse Ngabire
Photos : Onesphore Nibigira, Antoine Kaburahe et Elyse Ngabire
10 janvier 2017

En exil, sous le coup de mandat d’arrêt, traqués, leurs associations radiées, leurs comptes bancaires bloqués, les responsables des associations de la société civile burundaise tentent de résister, de travailler, de survivre. La ligue Iteka en collaboration avec la FIDH vient de sortir un rapport-fleuve sur la situation des droits de l’homme et parle de « répression aux dynamiques génocidaires ». De passage à Paris, le président de la ligue Iteka qui vit en exil explique le travail difficile de son association. Iwacu a aussi rencontré Pacifique Nininahazwe, une figure connue de la lutte contre le 3ème mandat du président Nkurunziza. Exilé aussi, il reste actif sur les réseaux sociaux et parcourt le monde pour expliquer le « drame burundais ». Enfin, Iwacu a assisté à Paris à la remise du prix Allison Desforges à Pierre Claver Mbonimpa pour son action en faveur des droits de l’homme. Une belle reconnaissance internationale de l’œuvre de « Mutama ». Le « Vieux ». Iwacu vous emmène à la rencontre de ces hommes dont la détermination reste intacte malgré l’exil, les menaces et les privations.

Antoine Kaburahe

Le coût d’un engagement
Pacifique Nininahazwe descendant du train

Pacifique Ninihazwe est un des leaders de la contestation contre le 3ème mandat du président Nkurunzia. Il mène une existence difficile dans la clandestinité mais reste toujours engagé.

C’est dans un café d’une gare que je rencontre Pacifique Ninihazwe. Il est toujours bien habillé. La cravate est de rigueur. « Il faut rester digne, malgré tout », dit-il en sirotant un café noir. Cette élégance il la tient de son père.

Pacifique Nininahazwe a mené une enfance heureuse à Makamba, un père juge et une mère institutrice. Sans être riche, la famille vit bien. A la maison, la question ethnique ne se pose pas. D’ailleurs son père est Tutsi et sa mère Hutu.

« Aujourd’hui Papa vit en exil dans un pays africain, malheureux, fauché, il reste propre et porte toujours une cravate. La dignité c’est tout ce qui lui reste », raconte avec tristesse Nininahazwe qui vit en clandestinité comme de nombreux activistes.

« Depuis mon jeune âge, je me suis toujours engagé pour la justice, les droits de l’homme ». En 1993, au pire moment de la crise consécutive à l’assassinat du président Ndadaye, les élèves Hutu et Tutsi de son lycée (Rutana) sont à couteaux tirés. La tension est à son comble. L’affrontement imminent. Le jeune Pacifique lance un dialogue entre les deux groupes qui se parlent. La paix revient au lycée. Il évoque avec fierté cette « petite victoire sur la haine et la peur ». Son leadership ne s’arrêtera plus. A l’université, il s’oriente « naturellement vers le droit », il veut s’engager pour la Justice.

Avec quelques camarades, il lance aussi le FOCODE, Forum pour la Conscience et le Développement. Son association deviendra le symbole de la résistance citoyenne aux abus de pouvoir.

Le régime l’accuse de faire la politique sous couvert de la société civile. « Chaque fois que nous faisons une critique sur les actions gouvernementales, il considère que nous sommes en train de combattre le pouvoir ». Faux, réagit M. Nininahazwe. « Si un jour je décide de faire de la politique, je le déclarerai ». Pour lui, les autorités devraient répondre aux questions posées par les citoyens au lieu d’attaquer les dénonciateurs.

Ses détracteurs le disent « imbu de lui », avec « un égo surdimensionné ». Un site l’accuse même d’être « un agent de la CIA ».

Il ne se démonte pas. Et d’égrener ses combats pour la vérité, le droit. Il s’est battu au péril de sa vie pour demander la lumière sur l’assassinat d’Ernest Manirumva et beaucoup d’autres. « J’aimerais qu’on me prouve que je me suis trompé dans toutes les dénonciations que j’ai faites. J’aimerais qu’on me prouve que toutes ces morts sont inventées, au lieu de répondre aux faits, on attaque ma personne, on me menace. »`

Pacifique Nininahazwe paie en effet un lourd tribut pour son engagement pour les droits de l’homme. « Cela fait deux ans que mes enfants en exil ne vont pas à l’école » Il évoque avec amour Claudine, son épouse, qui la soutient dans son combat. « On s’aime depuis l’université, en m’épousant elle savait à quoi elle s’engageait, j’ose espérer que mes enfants privés d’école comprendront mon combat et me pardonneront », lâche-t-il avec un brin de tristesse. Mais très vite il se reprend.

Il doit partir. Pacifique Ninihazwe bouge beaucoup. En moins d’un mois, il a été dans une conférence à Ottawa, un colloque à Berlin, des réunions à Bruxelles… Toujours connecté, très actif sur les réseaux sociaux, les messages affluent sur son smartphone.

Il ne boit pas, ne fume pas. Il lit beaucoup. Prie aussi. Il aime la figure du Christ qui prend « la cause de la femme adultère que les pharisiens voulaient lapider ». Il reconnaît une certaine « naïveté » dans le mouvement de contestation contre le 3ème mandat du président Nkurunziza dont il a été le fer de lance. « Nous avons mené des manifestations pacifiques, nous avons cru que Pierre Nkurunziza allait comprendre notre message, mais il a choisi la répression dans le sang.»

Au sujet de ce jeune homme brûlé vif à Nyakabiga, « par les manifestants » comme l’accusent plusieurs sites proches du pouvoir, Pacifique Nininahazwe rappelle qu’il a été le premier à condamner l’acte. « On veut me faire porter le chapeau d’un acte que je réprouve, que j’ai vite condamné et dont je ne suis pas le commanditaire. Tout le monde sait que les manifestations que nous assumons ont été pacifiques. »

Mais malgré les arrestations, les tortures, l’exil ou la mort, le militant des droits de l’homme estime que quelque chose d’irréversible s’est passé. « J’ai vu des jeunes Hutu, Tutsi, des jeunes de Musaga et de Bujumbura rural, dans tous les quartiers, des jeunes marcher main dans la main pour refuser le 3ème mandat, il y a eu une prise de conscience extraordinaire, que le pouvoir a noyée dans le sang . Mais rien ne sera plus comme avant. Cela prendra le temps qu’il faut, mais ce système tombera. »

Malgré la situation difficile qu’il mène, Pacifique Nininahazwe ne nourrit aucune envie de vengeance envers Pierre Nkurunziza. « Ce que je souhaite c’est qu’un jour il soit face à la justice, face à ses crimes, face à ceux qu’il a appelés « Mujeri » (chiens faméliques) et qu’il soit jugé régulièrement et paie pour ses actes. »

La vie de Pacifique Ninihazwe a connu un profond bouleversement. L’activiste sait que son engagement est périlleux. Il circule avec précaution, ne donne à personne son itinéraire. Ses comptes internet ont été attaqués à plusieurs reprises. Il dit qu’il est conscient qu’il peut être tué. Mais il vit avec une certaine sérénité. « Je sais que je suis en danger, en permanence. Je suis traqué. Si je tombe sous les balles des tueurs, tant pis. J’aurais mené une vie en accord avec mes convictions. »

Il y a deux ans, lors de la commémoration de l’assassinat d’Ernest Manirumva, il s’était adressé au militant anticorruption disparu dans un discours qui a ému l’assistance : « Cher Ernest, nous ne savons pas le coût de ce combat, peut-être que certains te suivront pour que cette vérité soit connue. Mais nous ne relâcherons jamais » a promis le militant. Aujourd’hui, Pacifique Nininahazwe sait déjà le coût de son combat…

Antoine Kaburahe

Interview exclusive avec Anschaire Nikoyagize, président de la ligue des droits de l’homme « Iteka » : « Le risque d’un embrasement est réel »
Anschaire Nikoyagize, président de la ligue des droits de l’Homme « Iteka »
De passage à Paris, après la sortie d’un rapport-fleuve (208 pages) que la ligue Iteka en collaboration avec la FIDH viennent de sortir, Anschaire Nikoyagize, président de la ligue Iteka s’est entretenu avec Iwacu . Il appelle à la vigilance du monde entier.

Quel est l’objectif de votre visite à Paris ?

La ligue Iteka est membre de la Fédération internationale des Droits de l’Homme (FIDH) qui a son siège à Paris. Des fois, nous faisons des travaux conjoints comme des enquêtes. Je suis donc ici pour plusieurs raisons : la publication, la vulgarisation ainsi que le plaidoyer auprès de certaines agences internationales concernant le nouveau rapport conjoint avec la FIDH sur la situation des droits de l’homme au Burundi. La même activité se déroule à New York.

Vous allez visiter d’autres pays ?

Je vais rencontrer le représentant de l’OIF, aller à La Haye, pour présenter le même rapport aux commissaires de la CPI. A Bruxelles, j’aurais des rencontres aux Affaires étrangères. Nous avons en outre, une promesse d’être reçu par quelques commissions de l’Union Européenne à Bruxelles. Notre objectif est de plaider pour que le contenu de ce rapport qui a été produit sur une année et demie soit considéré.

Quels sont les points forts de votre enquête ?

Nous dénonçons les discours de haine véhiculés par le gouvernement, certaines institutions et commissions étatiques. En parlant de commissions, je fais allusion à la Commission Nationale de Dialogue Inter-burundais, le CNDI, où dans toutes les réunions qu’elle organise, elle évoque toujours la crise de 1972. Ou encore, on entendra les noms des présidents Buyoya et Kagame revenir dans ses discours. C’est pour faire comprendre aux Hutu qu’ils courent un risque de voir les tutsi reprendre le pouvoir alors que ce n’est pas vrai.

Nous démontrons le danger de la milice Imbonerakure constituée par des jeunes du parti au pouvoir.

En quoi les Imbonerakure sont dangereux ?

Nous avons des preuves qu’ils opèrent en commun accord avec certains policiers et militaire pour semer la terreur dans le pays. Le risque d’un embrasement est réel. L’hypothèse formulée au cours d’une autre enquête antérieure à ce rapport a été confirmée.

Vous attirez l’attention sur le danger qui guette les anciens militaires des FAB. Pourquoi ?

Les ex-FAB (Forces Armées Burundaises) sont devenus aujourd’hui des cibles privilégiées du pouvoir. Qu’ils soient à la retraite ou encore en fonction, ils constituent désormais des ennemis jurés du système Cndd-Fdd. Quel est le mobile derrière cet acharnement aux ex-FAB majoritairement tutsi ?

Pourtant, il n’y a pas si longtemps, durant le plan que certains ont appelé « Safisha », des militants FNL étaient visés. A l’époque, la ligue Iteka est restée silencieuse…

C’est vrai, un moment la ligue Iteka avait pris l’option de ne pas se prononcer sur tout ce qui se passait au pays. Il se pourrait que mon prédécesseur, ait des liens avec le pouvoir, en témoigne le poste qu’il a d’ailleurs occupé à l’Office Burundais des Recettes (OBR) après son départ de la ligue. Son silence nous dérangeait et inquiétait beaucoup. Une organisation comme la ligue Iteka qui avait toujours donné des rapports objectifs, qui était restée impartiale, se taisait. Il était inacceptable qu’elle garde ce silence.

L’organisation a donc changé ?

Quand j’ai accédé à la présidence de la ligue, je me suis immédiatement rendu à Muyinga pour s’enquérir de la situation des militants du FNL victimes des exactions. Vous savez, une organisation peut être victime de son le leadership quand il ne veut pas se « mouiller ». Si consultez nos récents rapports, nos bulletins hebdomadaires, nous dénonçons les assassinats des fidèles à Agathon Rwasa.

Quelle est alors la nature du « génocide » que vous évoquez ?

Le génocide dont la ligue Iteka parle n’est pas celui à l’image du Rwanda. C’est plutôt la crainte des assassinats à grande échelle, car le conflit est désormais politique et non ethnique.

Le pouvoir fait tout pour détourner l’attention des Hutu, mais il n’y arrivera pas. En témoigne la récente enquête ethnique commanditée par le président du sénat burundais dans tous les services de l’Etat, en vue, prétend-il, de respecter les équilibres consacrés par Arusha. Sinon, Bujumbura n’a pas d’arguments compte tenu des hutu qui sont en exil, torturés, assassinés, etc.

La ligue Iteka a été suspendue de la liste des organisations de la société civile burundaise. Quelle est alors la crédibilité d’un tel travail ?

La ligue Iteka est une organisation qui a son histoire. Elle est décentralisée avec 32 sections éparpillées dans tout le pays et 17 fédérations. Nous avons plus de trois mille membres bénévoles répandus partout dans le pays. Ils nous donnent des informations que nous recoupons. Notre impartialité fait que même des militants du parti au pouvoir se confient à nous, nous fournissent des informations fiables.

Mais le travail ne doit pas être facile pour vous ?

C’est vrai. Le personnel est en exil, mais toutes les informations sur le terrain nous parviennent. La ligue Iteka a également beaucoup d’observateurs qui sont dans différents programmes de l’Office du haut-commissariat aux droits de l’homme. 59 observateurs travaillent dans le projet ‘Réseau national des observateurs’. Nous avons un observateur par commune dans la province de Bujumbura dit Bujumbura-rural et dans la mairie de Bujumbura. Nous sommes satisfaits de leur travail sur le terrain.

Vous ne craignez donc pas un blackout total sur ce qui se passe au pays ?

C’est le souhait du pouvoir avec le rejet catégorique des experts internationaux, la tension entre le pouvoir et l’office de haut-commissariat aux droits de l’homme, la radiation et la suspension de certaines associations de la société civile dont la ligue Iteka, etc., nous constatons avec regret que Bujumbura tend vers là. Mais nous allons résister.

Selon votre rapport, plus de 1000 personnes tuées, six mille emprisonnées, 300 à 800 disparues. Avez-vous pu identifier les responsables ?

Les responsabilités se situent au niveau de la police à travers certains agents du Service National des Renseignements (SNR), de l’Appui à la Protection des Institutions (API), de la Brigade Anti-Emeutes (BAE) et de la Brigade Spéciale pour la Protection des Institutions (BSPI), de la milice Imbonerakure ainsi que des groupes armés.

Leurs victimes sont des militants des partis politiques de l’opposition, des membres de la société civile, etc. Il y a des groupes rebelles qui s’attaquent aux militants du parti au pouvoir, le Cndd-Fdd. Nous avons recensé quelques cas d’assassinats.

C’est pourquoi nous exhortons la communauté internationale à secourir le peuple burundais. Si le pouvoir de Bujumbura était capable de le protéger, on n’en serait pas là.

Comment envisagez-vous la sortie de cette crise ?

Les tueries doivent cesser. Dans nos différents rapports, nous recommandons à la Communauté internationale de forcer le gouvernement et ses opposants à accepter le dialogue. Dans un contexte d’extrême tension et de division au sein des corps de défense et de sécurité, une force neutre s’impose pour protéger la population. En outre, il faut procéder à l’arrestation de tous les fauteurs de trouble qui sont cités dans les dossiers de meurtre. Ils sont responsables de la répression que nous observons. A défaut d’une justice digne de ce nom au pays, il faut qu’ils soient jugés à la CPI. Les procédures de l’enquête préliminaire doivent s’accélérer.

Parmi les victimes, il y a Marie Claudette Kwizera, trésorière à votre ligue, toujours portée « disparue ». Comment vivez-vous sa disparition ?

Nous avons été profondément touchés. C’est une femme qui a laissé derrière elle deux petites filles et leur père. Notre douleur, elle est celle de sa famille, de son mari, de tous les Burundais qui continuent à perdre les leurs.

Avez-vous l’espoir de la retrouver ?

Pas vraiment. Nous avons même écrit au procureur général de la République et au président de la République pour qu’ils puissent nous aider à récupérer son corps afin de l’enterrer dignement, en vain.

Au sujet de ce rapport un mot de la fin ?

Nous demandons aux citoyens de le lire. C’est un document qui contient beaucoup d’informations. C’est un rapport important, les Burundais doivent s’en approprier, être nos ambassadeurs. Il propose des recommandations qui peuvent aider à la sortie de la crise burundaise. Portez notre voix plus loin afin d’aider ce peuple en détresse.

Propos recueillis par Elyse Ngabire
Correspondante d’Iwacu en Europe

Le prix Alison Des Forges pour Pierre Claver Mbonimpa
Pierre Claver Mbonimpa (au milieu) contemple son prix (à gauche : Bénédicte Jeannerod, directrice France de HRW, à droite : Carina Tertsakian)

Pour 2016, HRW décerne ce prix à quatre défenseurs des droits humains, dont un Burundais, Pierre Claver Mbonimpa. Pour lui, le prix Alison Des Forges est le meilleur de tous les autres déjà reçus.

Jeudi, 17 novembre à Paris. Pierre Claver Mbonimpa, président de l’Aprodh, désormais surnommé ‘Mutama’ ou ‘Le vieux’ ou encore ‘Intama’ ou ‘L’agneau’, est primé. Kenneth Roth, directeur exécutif de HRW, explique que M. Mbonimpa doit ce prix à son courage et son altruisme : « Il a consacré sa vie à dénoncer les violations des droits des prisonniers, des activistes et d’autres Burundais jusqu’à échapper deux fois à la mort. »

Pour Carina Tertsakian, responsable du programme Burundi à Human Rights Watch, Pierre ClaverMbonimpa est l’activiste « le plus aimé ».

Pour rappel, en 2014, ce défenseur burundais des droits humains tombe gravement malade et risque de mourir alors qu’il est détenu à la prison centrale de Mpimba. Il avait dénoncé une formation de la « milice pro-le pouvoir », les Imbonerakure, à l’Est de la République Démocratique du Congo.

Le prix qui fait la différence

« J’ai reçu plusieurs prix depuis mon engagement en matière de la défense et de la protection des droits de l’homme, mais le prix Alison Des Forges fait la différence », déclare ‘Mutama’. Il explique avoir rencontré dans son bureau à Bujumbura, Alison Des Forges. Un mois avant sa mort, précise Pierre Mbonimpa, ils s’étaient vus : « Ce prix m’enchante beaucoup plus que tous les autres. Merci à HRW. C’est un honneur pour moi d’être devant tout ce monde.» C’est grâce à Alison Des Forges, confie-t-il, qu’il est ce qu’il est aujourd’hui : « C’est HRW qui m’a appris à mener des enquêtes, à produire des rapports crédibles. Je suis très heureux et plein de joie. »

La joie, mais aussi la tristesse. Les mots manquent au président de l’Association pour la protection des prisonniers et des droits humains pour décrire la situation qui prévaut au Burundi. 14 fosses communes découvertes et gardées par des jeunes Imbonerakure, 444 personnes tuées par des agents du service de renseignements, 353 personnes assassinées par la police, 34 par des militaires et 23 par des civiles. Tel est le bilan que dresse Pierre Claver Mbonimpa, depuis avril 2015. Tous ces crimes, regrette-t-il, restent impunis : « Un pays sans société civile, regrette-t-il, sans journalistes, sans observateurs, sans justice, etc. Que va-t-il devenir ? »

Quid des tortures et des viols ?

Au sujet des tortures, Carina Tertsakian fait savoir que c’est un phénomène malheureusement ancien au Burundi. Cependant, elle remarque qu’elles se sont intensifiées et sont devenues de plus en plus violentes envers toute personne détenue, soupçonnée d’être membre ou sympathisant de l’opposition.

Les pratiques de torture documentées, signale Mme Tertsakian, ont été particulièrement brutales au niveau du SNR. Tortures avec des barres en acier qui fracassent les os des détenus, des mâchoires brisées, des dents arrachées, etc. « Ce sont des choses tellement horribles qu’on a du mal à s’imaginer si des gens peuvent survivre à ce genre de torture. »

Les viols sont très difficiles à documenter, poursuit Carina Tertsakian : « les victimes ont peur et n’osent pas parler. » Toutefois, dans les camps de réfugiés, des femmes témoignent qu’elles sont victimes soit de leur appartenance politique, soit de celle de leurs maris.

Le contexte actuel burundais, avoue-t-elle, n’est pas facile. Activistes et journalistes se retrouvent confrontés à un pouvoir très ‘hostile’ . Les Burundais sont terrorisés : « La dernière fois qu’elle a été au Burundi, elle a interrogé des gens qui étaient, littéralement en train de trembler. » D’après elle, ce sont les aspects les plus tristes de tout ce qui se passe au Burundi.

La note d’espoir

Le Burundi, malgré toutes ses crises, constate Carina Tertsakian, avait cette force de s’exprimer. Il n’y a pas longtemps, témoigne-t-elle, les médias, les associations de la société civile, le peuple, etc., osaient s’exprimer et dénoncer. Mais, tout a été détruit : « On ne peut non plus baisser les bras. Nous essayons de nous assurer qu’au niveau des gouvernements, des institutions internationales, on n’oublie pas le Burundi. »

Des gens comme Pierre Claver Mbonimpa et d’autres activistes, indique-t-elle, continuent de lutter. Selon elle, il y a un esprit « militant » parmi les Burundais qu’on n’a pas chez d’autres peuples : « Personnellement, j’admire ce côté positif de voir les choses. » Cet esprit, rassure-t-elle, motive énormément les partenaires du Burundi dans leur travail : « Activistes, journalistes, partenaires internationaux, nous avons le devoir de les soutenir et de continuer dans notre lutte pour le respect fondamental du peuple burundais. »

Avec l’aide des journalistes, elle tranquillise que HRW continue à maintenir le Burundi à l’ordre du jour de la « fameuse » communauté internationale. La crise continue, conclut-elle, la situation ne s’améliore pas : « C’est très important de rappeler les décideurs, les gouvernements, etc. de la gravité de la situation. »

Le prix Alison Des Forges a été initié depuis sa mort en février 2009, à la suite d’un crash d’avion dans l’Etat de New York. Mme Des Forges était la conseillère senior à Human Rights Watch durant près de vingt ans. Elle était également une spécialiste mondialement reconnue du génocide rwandais de 1994.
Le prix qui porte son nom est décerné chaque année par Human Rights Watch et rend hommage à un engagement exceptionnel en faveur de la défense des droits humains.
Cette année, en plus du Burundais Pierre Claver Mbonimpa, trois autres ont été honorés : Kalpona Akter (Bangladesh), Yonous Muhammadi (Grèce) et Ratnaboli Ray (Inde).
« Sécurité rétablie à 98% »
Alain Guillaume Bunyoni : « La sécurité est rétablie à 98%. »

Lors d’une séance des questions orales à l’Assemblée nationale burundaise, Alain-Guillaume Bunyoni, ministre de la Sécurité publique est on ne peut plus rassurant : « Plusieurs actions ont été menées. La sécurité a été rétablie à 98% sur tout le territoire national. » Pour lui, les seuls cas isolés sont rapportés en mairie de Bujumbura. Il n’existe pas de groupes armés, souligne-t-il, si ce ne sont que de simples malfaiteurs.

Martin Nivyabandi : « Aucun pays au monde ne peut prétendre être parfait en matière de promotion et de protection des droits de l’homme. »

Martin Nivyabandi : « Aucun pays au monde ne peut prétendre être parfait en matière de promotion et de protection des droits de l’homme. »

Quant à Martin Nivyabandi, ministre des Droits de l’Homme, lors de la 21ème Session du Conseil des Droits de l’homme à Genève, la situation des droits de l’homme se normalise au pays. Et selon lui, aucun pays au monde ne peut prétendre être parfait en matière de promotion et de protection des droits de l’homme. Au Burundi, reconnaît-il, il y a certainement des victimes des violations des droits de l’homme : « Il est du devoir du gouvernement du président Pierre Nkurunziza, issu de la volonté populaire, de sauvegarder les libertés publiques, de promouvoir tous les droits avec équité et de combattre sans complaisance toute atteinte à la dignité humaine. »

  12   Vos commentaires
  1. MUSEMAKWELI

    Heureusement que nos Héros présent (Pacifique, PC Mbonimpa, Anschaire pour ne citer que ceux-là), continuent avec courage et determination à dénoncer l’Etat Police

  2. Ntazizana

    Je vous dis courage Messieurs.
    Un jour, même Nkurunziza vous dira chapeau!

  3. Rutake Tharcisse

    Ces hommes sont vraiment braves. On peut ne pas etre d’accord avec leur position, mais leur courage et tenacite attirent de l’admiration. Ils sont prets a payer n’importe quel prix pour defendre leur cause. Le Burundais serait different s’il avait des politiciens devoues a des causes comme il en est le cas de ces trois defenseurs des droits de l’homme.

  4. Silo Serguey

    Merci pour ce que vous faites. Mais je suis également attristé d’apprendre que les 2enfants de Pacifique de vont pas à l’école depuis 2ans. Je demande aux burundais de la diaspora de faire quelque pour ces enfants. Parlez-en à Mama Barankitse aussi si c’est possible, mais ça dépend d’où ces enfants se réfugient. Comment faire pour cotiser pour les frais de scolarité de ces enfants? quand tu aides un enfant, Dieu ne pourra plus jamais t’oublier, crois-moi ou pas.

  5. Ali Rugira

    Le chef de la ligue Iteka: « Le risque d’un embrasement est réel. L’hypothèse formulée au cours d’une autre enquête antérieure à ce rapport a été confirmée ».

    Mais où est cette vérification? Où est ce génocide?

  6. Ali Rugira

    Cher monsieur de la ligue Iteka, le mot génocide a une définition juridique. REGARDEZ L’ARTICLE 2 DE LA CONVENTION SUR LA RÉPRESSION DU CRIME DE GÉNOCIDE. « …Le génocide s’entend de l’un quelconque des actes ci-après, commis dans l’intention de détruire, ou tout ou en partie, un groupe national, ethnique, racial ou religieux, comme tel … »

    Ce que vous décrivez n’est pas dedans. Vous faites donc un abus de langage juste pour enfoncer le gouvernement. Ce n’est pas honnête.

  7. ls

    Dommage! Cet article est truffée de mensonges et de contre-vérités, comme en ont l’habitude ces gars de la « société civile ».
    Quelques exemples :
    1. « Si un jour je décide de faire de la politique, je le déclarerai ».Que faisait-il au CNARED?

    2. « On veut me faire porter le chapeau d’un acte que je réprouve, que j’ai vite condamné et dont je ne suis pas le commanditaire. Tout le monde sait que les manifestations que nous assumons ont été pacifiques. » Quand il affirme que les manifestations étaient pacifiques, qui a brûlé le pauvre homme?N’est-ce pas les manifestants?

    3. »Il se pourrait que mon prédécesseur, ait des liens avec le pouvoir, en témoigne le poste qu’il a d’ailleurs occupé à l’Office Burundais des Recettes (OBR) après son départ de la ligue ». C’est le plus patent des mensonges!Il est entré par examen comme tout le monde. Et pour cela, je suis prêt à donner ma main à couper .Et puis à ma connaissance, il n’est que simple cadre juridique.Très loin du « poste » dont parle ce monsieur. A l’accusateur de prouver le contraire

    2. »Le génocide dont la ligue Iteka parle n’est pas celui à l’image du Rwanda. C’est plutôt la crainte des assassinats à grande échelle, car le conflit est désormais politique et non ethnique. »
    C’est faux ce que ce monsieur raconte. Dans son rapport, il pointe expressement un génocide à venir contre les tutsi.
    Ainsi dans ce fameux rapport, il dit à la première page et je le cite « le recours à une propagande fondée sur une idéologie ethnique, qui assimile les opposants, les membres de la société civile, les journalistes, et les Tutsi à des ennemis du régime qu’il faut éliminer »
    Comment peut-il dire ensuite que le génocide dont il parle n’est pas ethnique lorsque le pouvoir chercherait à éliminer les tutsi selon son rapport? Ce serait-il rendu compte de son erreur?

    Et pourquoi il dit que « C’est pour faire comprendre aux Hutu qu’ils courent un risque de voir les tutsi reprendre le pouvoir alors que ce n’est pas vrai » si n’est pour préparer, selon ce rapport, un génocide contre les tutsi?

    Bon, lisez-vous même le rapport et comparez-le aux propos de ce monsieur. Lisez notamment la page 166 au point 5.2.1.(https://www.fidh.org/IMG/pdf/rapport_burundi_une_repression_aux_dynamiques_genocidaires.pdf)

    5. »14 fosses communes découvertes et gardées par des jeunes Imbonerakure, 444 personnes tuées par des agents du service de renseignements, 353 personnes assassinées par la police, 34 par des militaires et 23 par des civiles. Tel est le bilan que dresse Pierre Claver Mbonimpa, depuis avril 2015. Tous ces crimes, regrette-t-il, restent impunis  »

    Donc , aucune trace des crimes des « rebelles » du Mugamba, de Musaga(la pauvre fille), Mutakura….?

    Finalement, ces gens ont toujours été animé la volonté de nuire par le mensonge! Loups habillés en agneaux!

  8. Excellent travail du journal Iwacu. Continuez à nous informer. Bunyoni dit que la sécurité a été rétablie à 98%. A un moment donné, il disait qu’elle était assurée à 99%. Finalement la sécurité s’est détériorée. Mais on je ne devrais pas passer beaucoup de temps sur des déclarations d’un homme d’une réputation qu’on ne peut pas envier. Merci encore Iwacu pour ce travail!

    • Bakari

      @Ndayumva
      Et dire qu’il y en a qui prient de toutes leurs forces pour qu’il n’ y ait pas de sécurité! Tous les goûts sont dans la nature!

      • @ Bakari
        Personne ne peut prier pour cela si non ce serait terrible. Probablement que je ne comprends pas le sens de votre réaction.

        • Bakari

          @Ndayumva
          Dans votre commentaire, vous semblez vous réjouir de la détérioration de la sécurité; n’est-ce pas?
          A moins que je ne sois pas capable de lire entre les lignes.

          • Mugisha

            C’est bien de parler comme vous voulez mais sachez que vous avez un tout petit temps sur terre. Vos mensonges seront jugés et vous serez bien punis par le tout puissant qui ne cherche pas les témoins mais qui voie tous et qui sent tous pour chacun de nous. Tempi pour vous. Personne n’est juste, il pense seulement être juste mais il n’y a qu’un seul juste et c’est Dieu seul.

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