Environnement

Les destructeurs devenus protecteurs

Dans les parcs nationaux de la Ruvubu et de la Kibira, les feux de brousse, le braconnage et les coupes illicites d’arbres ont sensiblement diminué entraînant une amélioration socio-économique des riverains. L’Office burundais pour la protection de l’environnement se réjouit.

Dans le parc de Ruvubu, des chimpanzés traversant la route RN 19 au niveau de Kigamba à Cankuzo

Nous sommes à Gisenyi dans la zone Ruce, province Bubanza. La forêt de la Kibira est à quelques centaines de mètres des villageois. L’espace est impénétrable, les hautes cimes des arbres semblent narguer le ciel.

Ils font savoir que le braconnage, les coupes d’arbres, les défrichements, les feux de brousse étaient monnaie courante, surtout pendant la saison sèche. Plus la population augmentait, plus le milieu s’appauvrissait.

«A cette période de la saison sèche, les incendies dans la réserve étaient fréquents. Parfois, le feu était lié à la recherche du miel », a reconnu Delphin Ntamwuzure, un apiculteur. Pour le moment, il a intégré avec ses compagnons une association des apiculteurs de la zone Ruce. Avec une centaine de ruches, ils produisent du miel avec des équipements modernes et en tirent des moyens de subsistance.

Même son de cloche chez les agriculteurs qui s’adonnaient à l’abatage des arbres pour cultiver à l’intérieur de la forêt. Ils ont aujourd’hui des chèvres pour la fumure de leurs champs.

«La forêt regorge de légumes, ignames et il était difficile de s’en passer. En gros, c’était la réserve pour notre alimentation. Nous jouions au chat et à la souris avec les gardes forestiers », a confié Gaspard, un agriculteur de la colline Musezero.

Même changement de comportement chez la population de Muyinga et Cankuzo dans le parc national de la Ruvubu. Nombreux sont ceux qui braconnaient en utilisant divers pièges pour attraper les buffles et les antilopes. «Le feu était très efficace pour traquer les buffles », raconte Innocent Niyonzima de Karehe en commune Buhinyuza à Muyinga, aujourd’hui devenu boutiquier.

«Rien n’est possible avec une population pauvre !»

Pour l’Office burundais pour la protection de l’environnement (OBPE), le problème essentiel était de concilier les impératifs de la conservation de la biodiversité à ceux du développement socio-économique des populations environnantes.

«Une des solutions repose sur la sensibilisation et l’autofinancement des riverains », a expliqué Gérard Nduwayezu, directeur des forêts à l’OBPE. Cette dernière a permis aux communautés rurales d’être directement intéressées à la conservation.

De nombreuses espèces végétales étaient consommées comme compléments alimentaires par les villageois et par le bétail.   “Les gardes-forêts qui essayaient d’empêcher cette population d’y entrer étaient considérés comme des ennemis”, a fait savoir Alphonse Fofo, un expert sur le parc de la Kibira.

D’après Samuel Ndayiragije, directeur général de l’OBPE, depuis 2012, avec le projet cofinancé par le gouvernement, le PNUD et le Fond pour l’Environnement Mondial (FEM), un tournant s’est observé dans la politique de la protection de la biodiversité dans les aires protégées.

« Les efforts menés se sont concentrés sur ces sites avec un appui aux populations riveraines. Ils ne se sentaient pas directement concernés par la conservation, ils exploitaient les ressources jugées essentielles pour leur survie (faune, bois de chauffe, etc.)». Ce qui reste, complète-t-il, c’est de s’approprier ce projet pour pérenniser cette politique de conservation et de protection de ces espaces.

Forum des lecteurs d'Iwacu

3 réactions
  1. Rurihose

    J’ai toujours dut que la surpopulation couplée avec des leaders sans vision nous conduit directement à la catastrophe.

  2. juju

    Un exemple de plus qui comfirme que le dialogue entre personnes concernees par un probleme est une solution incontournable. Et cette reussite se passe sous un pouvoir qui, apparemment, refuse de dialoguer avex ses opposants. Experons au moins que le pouvoir va apprendre de cet exemple.

  3. MASO

    Que pure vérité !
    «Rien n’est possible avec une population pauvre !». D’où nécessité de concurrence entre politiques de développement.

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