Editorial

La « solution » africaine

Léandre Sikuyavuga

Léandre Sikuyavuga

Un revirement à 180 degrés ? Le Conseil de Paix et de Sécurité (CPS) de l’Union Africaine avait pris le 18 décembre 2015 une décision d’envoyer la Maprobu (Mission africaine de prévention et de protection au Burundi), composée des forces mixtes militaires et polices allant jusqu’à 5.000 éléments. Avec un mandat clair, notamment: prévenir toute détérioration de la situation sécuritaire, contribuer à la protection des populations civiles sous menace imminente, favoriser la création des conditions nécessaires à la tenue d’un dialogue inter-burundais et à la préservation
des acquis de l’Accord d’Arusha.

Avec un ultimatum: « Nous demandons au gouvernement du Burundi de confirmer dans les 96 heures suivant l’adoption de ce communiqué qu’il accepte le déploiement de la Maprobu et de coopérer avec elle ».

Résolution qui a entraîné de vives réactions. « Il est plus qu’urgent que l’intervention des forces Maprobu viennent
au secours de la population au Burundi », clamera l’opposition radicale, le Cnared.

Le gouvernement, quant à lui, la considèrerait comme une force d’invasion, à combattre en conséquence. Des manifestations contre cette force africaine ont été organisées par le Cndd-Fdd sur tout le territoire. Et la Maprobu n’est pas venue.

Le 26 février, lors de la visite de la délégation de haut niveau de cinq chefs d’Etat, on se conviendra sur un nombre
d’experts militaires qui devraient être portés à 100 sur les 35 déjà présents et celui des observateurs en matière des droits de l’Homme à 100 également.

Six mois après, une délégation du CPS de l’Union africaine vient d’effectuer une visite de trois jours.

L’ambassadeur Lazare Makayat Safouesse, chef de la délégation, lors d’une conférence de presse, va nuancer la décision de la délégation de haut niveau : «Mais ce déploiement doit faire objet d’un accord entre l’UA et le Burundi.

C’est un pays souverain, on ne peut pas entrer au Burundi sans le consentement des autorités légalement élues comme cela se fait dans tous les pays du monde». Mais quand même : «Il y a un sentiment d’urgence : aller au dialogue.»

La solution africaine… N’est-ce pas que Francine Muyumba, présidente de l’Union panafricaine de la jeunesse, lors
de sa visite au Burundi, vient d’affirmer que les problèmes africains doivent trouver des solutions africaines ?

  10   Vos commentaires
  1. Ntahitangiye

    Monsieur Léandre ,
    C’est vraiment dommage que les débats sur vos articles se terminent par les propos comme ceux de Monsieur Yves . Moi non plus je ne vis pas au Burundi. Pourquoi voit-il des menaces partout ? Il peut parler comme il voudra, il y en a qui parlent plus que lui et sont sur place au Burundi.

  2. Ntahitangiye

    « Un revirement à 180 degrés ?Le Conseil de Paix et de Sécurité (CPS) de l’Union Africaine avait pris le 18 décembre 2015 une décision d’envoyer la Maprobu (Mission africaine de prévention et de protection au Burundi),  »
    Est-ce ce revirement qui a provoqué la colère de RFI?
    Voici les articles de RFI sur le Burundi entre le 29 juin et le 3 juillet 2016
    – Militants de FNL arrêtés , l’opposition dénonce ….
    – 232 interpellations ….
    – Trafic de jeunes filles
    – Tensions dans les comités locaux du parti au pouvoir
    – UPD quitte la plate-forme de l’opposition

    Rien sur la fête de l’indépendance du Burundi.
    Beaucoup d’interrogations n’est-ce pas Monsieur Léandre ? Surtout pour nous qui attendons des informations sûres de la part des journalistes ?

    • Yves

      Je pense que RFI a été refroidie par le tabassage de son correspondant, ainsi que la manière dont le pouvoir a ignoré ses demandes d’explications ultérieures. Quant à la fête de l’indépendance, il n’y a aucun intérêt à la couvrir : un défilé, un discours présidentiel creux et sans le moindre intérêt, qu’y aurait-il donc à couvrir ?

      • Ntahitangiye

        Les tensions dans les comités locaux du parti au pouvoir sont -elles plus intéressantes que les défilés de la population et des forces de sécurité ainsi que la présence des dignitaires étrangers et des diplomates ?

        • Yves

          Bien entendu qu’elles le sont. Elles témoignent de la fragilité d’un pouvoir aux abois et acculé au niveau financier. Il est bien plus instructif d’observer ces soubresauts que de faire une liste (au demeurant très courte) des dignitaires étrangers présents. Mais si vous vous plaignez du manque d’attention médiatique lors de la fête de l’indépendance, faites donc parvenir vos griefs à vos amis du pouvoir : ce sont eux qui ont détruit les médias et traqué les journalistes du Burundi 😉

          • Ntahitangiye

            « Bien entendu qu’elles le sont. Elles témoignent de la fragilité d’un pouvoir »
            J’ai compris que ce qui vous intéresse (RFI et vous) , c’est la fragilité du pouvoir.
            Il vaut mieux être prudent à l’égard d’un pouvoir que vous ne contrôlez pas.

            • Yves

              Vos menaces, à peine voilées, ne me font pas peur. Je me sens totalement libre de clamer haut et fort que les dirigeants actuels sont les plus incompétents depuis l’indépendance. Je ne crains nullement les représailles, n’habitant pas au Burundi. Je me permets d’apporter cette précision afin d’éviter que tous les ‘Yves’ du Burundi ne soient arrêtés et torturés par vos molosses.

  3. Ntahitangiye

    Vive le peuple Burundais !
    Les histoires des Hutu et Tutsi qui ont toujours été exploitées pour nous pousser à nous entre-tuer ne passent plus.
    L’Union africaine se rend finalement compte que le peuple burundais sait ce qu’il veut et où i l va..
    https://www.youtube.com/watch?v=iuTOYTwVQAM

    Mais peut-on féliciter un peuple sans féliciter ses dirigeants ?

  4. Karabadogomba

    « C’est un pays souverain, on ne peut pas entrer au Burundi sans le consentement des autorités légalement élues comme cela se fait dans tous les pays du monde. » L’Afrique vient de reconnaître la légalité des institutions en place. Et les gens parlent des négociations! Il faut attendre 2020, la diplomatie DD est finalement forte.

  5. Ayuhu Jean Pierre

    Cher Léandre Sikuyavuga,

    Je n’ai pas forcément un amour inconditionnel aux dictons « à la burundaise » mais, je m’y lance. « ijambo rihora mu kanwa, rigacika inkondo ». Traduction contextuelle  » à force de répéter la même chose, cela devient lassant à un moment donné ». Puis, « ikinyoma kiririrwa, ntikirara » pour dire  » le mensonge ne dure pas ».
    Revenons à votre éditorial de ce jour et situons-nous dans le temps. Tout a été dit: génocide en cour, génocide imminent, Burundi:nouveau Rwanda, etc…Pour tout homme honnête, parler de génocide au Burundi, est un mensonge. Mais parler du génocide, cela fait peut peur au monde libre qui a juré un jour, plus jamais ça…Vous pouvez aisément comprendre un revirement, si revirement il y a! Il y a eu violation des droits de l’homme par des assassinats et là, parfois l’on peut s’autoriser une forme de cynisme pour dire les choses…il y aurait environs 360 morts dont les auteurs seraient les agents du pouvoir…et environs150 morts, proches du pouvoir, mais ( à rire!), les auteurs ne sont pas identifiés! Dans ce contexte, l’on ne doit pas rester indifférent! Mais faut-il une intervention étrangère pour la protection des survivants et rescapés du premier groupe contre le reste, le groupe des méchants, dont les victimes le sont de manière anonyme, sans que l’on puisse identifier les auteurs? De toute les façons et à partir du moment ils appartiennent au groupe des méchants, ils par avance condamnés car déshumanisés par avance…
    Sinon, c’est la moindre des choses de reconnaitre que le Burundi est un pays souverain et que par conséquent on ne peut pas y entrer sans le consentement des autorités légalement élues comme cela se fait dans tous les pays du monde. 3ème, 4ème ou 5ème mandat, peu importe. Le peuple, naïf ou conscient, s’est rendu aux urnes, sans contrainte et a élu les institutions…elles sont forcément légitime. Dans ce cadre, les problèmes burundais doivent être traités par les burundais, au Burundi comme le problème corse, se traite par les français et en France, ceux du Casamance par les sénégalais au Sénégal. Et si les institutions burundaises ne devaient pas y arriver, un recours au voisins ( abazimyamuriro= pompiers potentiels en cas d’incendie chez soi) devient nécessaire, n’est pas? Et ces voisins, sagement appelés ( abazimyamuriro) sont par ordre de proximité, les tanzaniens et congolais pour le Burundi. Un pompier belge ou français, qui ne connait pas les coins et recoins de la région se perdrait, surtout qu’il vient de 8 km!
    Bon week-end

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