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De l’état de droit à l’anomie

13-04-2015

Un état de droit est un pays dont les institutions fonctionnent en référence aux lois. L’état de droit est une condition sine qua non pour l’épanouissement de la démocratie, mais elle n’est pas suffisante. Il faut encore que les lois auxquelles on se réfère soient l’émanation d’une volonté populaire et correspondent à un souci d’équité et de justice. En revanche, l’état d’anomie dans un pays est une situation dans laquelle aucune référence légale n’est requise pour quoique ce soit ; les autorités agissent selon leur bon gré et les citoyens agissent en fonction de la loi de la jungle c’est-à-dire la loi du plus fort. En situation d’anomie, il n’y a pas et il ne peut y avoir de démocratie.

Les trois pouvoirs

Lorsque le pouvoir législatif, le pouvoir judiciaire et le pouvoir exécutif interfèrent alors la culture du droit est violée. Ce qui donne aux institutions d’un état leur prestige, leur autorité et leur crédibilité c’est le profond respect qui règne entre elles ; c’est surtout l’indépendance qui protège l’action de l’un vis-à-vis de l’autre. La relation qui s’établit entre elles est gérée par des mécanismes légaux qui, s’ils sont piétinés, donne libre cours à la confusion dans le meilleur des cas, à l’arbitraire dans le pire. Un système politique qui ne respecte plus la séparation des pouvoirs est en contradiction flagrante avec l’esprit des lois. C’est un pouvoir à la dérive qui plonge dans les abysses de l’injustice, de la violence et de la dictature. Il n’y a plus de code de conduite en dehors de ce que le Prince désire ; il n’y a plus de limite au mal.

La souveraineté du peuple

En démocratie, le peuple est souverain. Il est l’alpha et l’oméga de ce pour quoi l’on gère un état. Mais ce peuple est pris dans sa diversité et dans sa complexité. C’est pourquoi la démocratie protège à la fois l’expression de la majorité exprimée et entendue, certes, mais aussi les intérêts des minorités qui doivent être tenues en considération. Ceux qui pensent que le fait d’avoir gagné des élections un jour leur donne un blanc-seing pour toute licence se trompent lourdement. Gagner des élections et constituer une majorité est aléatoire et temporaire. Sinon, les consultations électorales régulièrement organisées n’auraient pas de sens. La majorité d’aujourd’hui peut devenir une minorité demain. Le synonyme d’élection, c’est « sanction » ; les consultations électorales sont organisées pour évaluer la gestion de celles et de ceux à qui le peuple a un jour donner le privilège d’être responsables de la gestion des affaires de l’état. En politique, comme en toute chose sur terre, rien n’est éternel.

Etre démocrate

Etre démocrate, c’est aller au-delà de la culture de l’état de droit. C’est veiller à ce que les lois soient justes. Mais c’est aussi diriger avec la préoccupation constante de donner satisfaction à toutes les composantes du peuple. En démocratie il n’y a pas de plus égaux que d’autres. Il ne peut y avoir des citoyens ayant le monopole de la parole et de la vérité et les autres ne disposant que du droit de se taire et de suivre le diktat du Prince et de sa cour. Etre démocrate, c’est écouter et respecter la contradiction et la critique. Etre démocrate, c’est armer les esprits et désarmer les milices et les brigands. Etre démocrate, c’est surtout éviter l’anomie qui est le règne de la bêtise, du mensonge, de la gloutonnerie, de la manipulation, de la menace, de l’incurie et de la violence.

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