Économie

Chiffre alarmant sur le chômage des jeunes

Selon l’ONU, la situation du marché d’emploi s’est aggravée. Les jeunes diplômés se disent désœuvrés et désillusionnés.

Prosper Niyoboke : « Il faut mettre en œuvre de la nouvelle organisation du cursus d’enseignement, pour mieux répondre aux besoins du marché.»

« Avec un taux de 65% en décembre 2017, le chômage des jeunes est également très préoccupant », lit-on dans le rapport du Secrétaire général de l’Organisation des Nations unies, Antonio Guterres, sur la situation au Burundi.

Le manque d’emplois mine l’avenir de jeunes diplômés. Les jeunes chômeurs diplômés qu’Iwacu a rencontrés sont des exemples emblématiques. Leurs témoignages, à la fois émouvants et accablants démontrent sans ambiguïté les difficultés dans lesquelles baigne cette jeunesse instruite.

Tout a commencé au mois de juin 2015 pour Irambona. Ce jeune homme de 27 ans avait quitté l’université en 2011 après avoir terminé ses études dans la faculté d’économie. Son diplôme en poche, il se met à chercher du travail. Il dépose son curriculum vitae un peu partout: entreprises publiques, administrations publiques et sociétés de télécommunications… Au bout d’une année, il a sillonné la majorité des entreprises basées à Bujumbura, sans parvenir à décrocher le moindre emploi.

Comme cet économiste, d’autres jeunes sont dans un état d’esprit lamentable. « J’ai le moral dans les chaussettes, après plus de 20 ans d’études, sans aucune perspective. Je voulais de tout cœur faire une carrière.» confie Kabwa, jeune médecin.

Selon lui, les jeunes médecins qui devraient servir le pays sont désœuvrés. Ils sont désorientés et désillusionnés. D’après lui, dans d’autres pays, être médecin, est un métier très respecté et très bien considéré « Au Burundi, c’est tout le contraire, tu finis tes études et on te met dans la rue.»

Les chômeurs sont un fardeau

Docteur Kabwa ne cache pas son désarroi. Agé de 27 ans, il est toujours sous le toit familial. « Je suis à la charge de mes parents. Je ne peux même pas m’acheter d’unités de recharge pour mon téléphone.

Je ne peux pas non plus me payer le ticket de bus », s’indigne ce jeune médecin. Il déplore sa vie de « mendiant.» Il fait savoir également qu’il est devenu « un fardeau pour ses parents. » Malgré leurs maigres moyens, sa famille et ses amis le soutiennent. Ils sont tous à ses côtés pour qu’il tienne le coup. Kabwa a perdu tout espoir. L’Etat le principal employeur dans ce secteur ne peut pas satisfaire les demandes d’emploi.

D’autres chômeurs racontent que plusieurs diplômés tombent dans les mains de quelques employeurs opportunistes dont le seul but est de les exploiter au maximum au plus bas coût. C’est le cas d’Aïcha, licenciée en science de gestion et administration, au chômage depuis cinq ans. Elle s’est lancée dans un périple à la recherche du travail. « C’était une aventure pleine de mauvaises surprises et de découragement.» Croyez-moi, dit-elle, la majorité des employeurs se proposent à me donner un stage professionnel. Personne ne débourse les frais de stage. « Celui qui finalement m’a embauchée au début de cette année, il ne me paie qu’un salaire minable : 150.000 Fbu par mois.»

Analyse : conséquences

Le chômage des jeunes constitue un problème important pour au moins deux raisons. Premièrement, le chômage constitue une perte de ressources disponibles du fait que les chômeurs représentent un stock de main-d’œuvre non utilisé. Deuxièmement, le travail permet de créer de la valeur ajoutée et le travailleur gagne des revenus, des salaires ou du profit à travers sa participation au processus de production. L’implication directe est que, le chômeur ne participant pas à la création de la richesse, ne dispose donc pas de ressources financières pour acheter les biens et services nécessaires pour satisfaire ses besoins D’après Prosper Niyoboke, doyen de la faculté d’économie à l’université du Lac Tanganyika, la réduction du chômage revient principalement à l’Etat. « Il doit mettre en place un plan stratégique de l’emploi pour la promotion des jeunes diplômés.» Selon cet économiste, l’Etat devrait également leur accorder des facilités pour créer leurs sociétés ou réaliser leurs projets. Pour se faire, il faut mettre en place un fond de garantie pour les jeunes entrepreneurs et supprimer tous les taxes et impôts sur leurs activités. Il estime que l’Etat doit encourager les investisseurs étrangers qui constituent une source d’emploi non négligeable.

L’absence d’une politique de l’emploi

Pour endiguer ce fléau, Prosper Niyoboke suggère à l’Etat de réduire l'inadéquation des qualifications. « Il faut mettre en œuvre une nouvelle organisation du cursus d'enseignement, pour mieux répondre aux besoins du marché.» Ainsi, pour lui, il existe un réel décalage entre les diplômes délivrés dans le pays et la demande du marché. D’autres mesures doivent accompagner cette politique : améliorer la formation professionnelle, repenser les programmes, et adapter l'enseignement supérieur aux attentes des entreprises sont des chantiers indispensables auxquels devra s'atteler le pays s'il veut endiguer la montée en flèche du chômage chez les jeunes. Aujourd’hui, il est évident que les jeunes burundais vivent pour la plupart sous le seuil de pauvreté. Ils vivent dans une situation de chômage chronique. Ils ont le diplôme requis pour être embauchés mais ne trouvent pas de travail Ce chômage des jeunes montre l’absence de la politique d’emploi au Burundi. On aurait raison de se demander le rôle de cette jeunesse dans le développement du pays. Les jeunes constituent en effet le capital humain pour la croissance économique. Il est clair que le pays ne peut avoir une bonne croissance économique si les jeunes ne travaillent pas.

Forum des lecteurs d'Iwacu

7 réactions
  1. Jereve

    De 47% en Grèce à 65% au Burundi, il y a une bonne différence. Sans oublier que le taux général de chômage en Grèce est de 21%, quant à celui du Burundi, je ne sais pas, probablement un gouffre.

  2. Stan Siyomana

    @Ayahu Jean Pierre
    1. A propos du Maroc ou le chomage des jeunes de 15 a 24 ans attaint 26,5%, la radio VOA (Voice of America) Afrique dit que “LE CHOMAGE DES JEUNES AU MAROC EST UNE “BOMBE A RETARDEMENT”
    (Voir Le chomage des jeunes au Maroc est une “bombe a retardement”, https://www.voaafrique.com, 11 fevrier 2018).
    2. ET VOUS (GRAND PATRIOTE?) AYAHU JEAN PIERRE, vous trouvez que le taux de chomage de 65% pour la jeunesse burundaise N’EST RIEN puisque la Grece aurait un taux de chomage des jeunes de 40,8% et le Portugal aurait un taux de chomage des jeunes de 22,1%.

  3. Ayahu Jean Pierre

    Monsieur Jereve,
    Je pense être suffisamment outillé pour donner une information fiable….
    Je vous confirme que le taux de chômage des jeunes en Grèce est de 47,4% (statistiques de l’OCDE 2017.Je ne sais pas si ce genre de charabia vous parle sinon à votre disposition pour vous en expliquer)…

  4. Mugisha

    Renseignez-vous sur la Grèce vous aussi. Pour essayer de relever un tant soi peu son économie en lambeaux, la Grèce a vendu des pans entiers de son patrimoine: le port du Pirée appartient aux Chinois, l’aéroport à je ne sais qui, les chemins de fers à qui sais-je encore. Même les musées et les sites historiques de ce berceau de la civilisation occidentale ont été cédés au plus offrant. Qui, plus souvent qu’autrement, n’est pas plus grec que vous et moi! Le pays a été saucissonné par des capitaux privés et ce que l’on peut considérer comme des bijoux de famille en Grèce, (ceux-là même qui relèvent du domaine de la souveraineté nationale grecque) appartiennent désormais aux intérêts privés. Si c’est cela le miracle grec en cours que vous préconisez entre autres pour le Burundi, nous Burundais vous disons NON MERCI!

  5. Jereve

    Il faut mettre à jour vos informations sur la Grèce. C’est vrai qu’elle a connu une grave crise financière depuis 2008, mais elle se relève peu à peu. Elle a bénéficié des appuis financiers massifs de la part de l’Union Européenne (le Burundi en a été privé). Elle a restructuré son économie et son secteur bancaire (les autorités de Bujumbura sont beaucoup plus occupées à se battre pour garder leurs places, qu’à la recherche de la performance économique). Les jeunes chômeurs grecs peuvent trouver des emplois dans d’autres pays de l’Union Européenne (la précarité des économies de pays de la sous-région ne donne pas cette opportunité aux jeunes chômeurs burundais). Bref on s’accorde à dire que la Grèce est en période de convalescence, tandis que monte la fièvre au Burundi.

  6. Jean Habonimana

    Depuis deux ans, je dis que la politique de massacres, de destructions et de haine est une terrible perte de temps. La seule bataille qui importe est la creation d’emplois pour les jeunes et la transformation de la societe pour cesser d’etre la honte de l’humanite. Je repete souvent que meme les Imbonerakure ne vont pas manger la haine ni les cadavres. Il leur faut des emplois modernes. Le regime se focalise sur la haine tribale alors que les tribus au 21eme siecle n’existent plus. Seul l’individue existe. Un entrepreneur qui cree 10 emplois n’a pas d’ethnie. C’est un heros national a proteger par tous les moyens. D’ou ma proposition de donner un “droit de vie d’honneur” aux entrepreneurs de la mauvaise ethnie comme les racistes sud-africains donnaient le statut de blanc d’honneur aux Japonais pour attirer les investissements. Une illustration de l’absence de tribus et la preuve que seul l’individue existe est la saignee a blanc des miserables populations burundaises alors que les comptes des dirigeants DD dans les paradis fiscaux debordent de centaines de millions de dollars.

  7. Ayahu Jean Pierre

    Après le génocide, les violations massives des droits de l’homme, le 3ème mandat, le refus de négociation, la révision de la constitution, voilà le nouveau front: “l’économie est à genoux”, “le chômage des jeunes” etc… comme si le Burundi en détenait le monopole. Juste pour dire que selon les statistiques de l’union européenne, la Grèce ( pays européen, loin des problèmes de génocide, des mandats présidentiels, sans embargo économiques mais au contraire !etc..), le taux de chômage des jeunes est de 40, 8%. Le pays de ce secrétaire général ( ou rapporteur général ou chef des autres rapporteurs envoyés ici et là dans le monde pour le compte de ceux qui veulent des rapports sur les mauvais élèves, le Burundi devant y être compris coûte que coûte), ce taux est de 22,1 %. Mais voilà !!

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