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Opinion

BURUNDI : Aidons les médias privés

06-04-2016

27 avril-13 mai 2015. Dix-sept jours auront suffi au Burundi pour voir disparaître un panorama médiatique pluraliste reconnu dans l’ensemble du continent africain. Pour les Burundais, c’était leur bien le plus précieux, pour les journalistes africains une fierté. Car telle était la renommée des média-privés de ce pays situé au cœur d’une sous-région, celle des Grands Lacs, meurtrie depuis plus de deux décennies par des conflits armés à répétitions et des massacres à grande échelle dont les citoyens ordinaires, et avec eux les journalistes, sont les premières victimes. Aujourd’hui les médias burundais sont réduits au silence suite à leur destruction lors de la tentative de putsch militaire avorté du 13 mai 2015.

Dans une tribune parue  chez nos confrères du journal Le Pays (Burkinafaso), la députée Cecile Kyenge  plaide pour les médias burundais

Dans une tribune parue  chez nos confrères du journal Le Pays (Burkinafaso), la députée Cecile Kyenge  plaide pour les médias burundais

L’histoire retiendra que tout a commencé le 25 avril 2015 lorsque le CNDD-FDD, le parti du président sortant Pierre Nkurunziza au pouvoir depuis 2005, choisit le chef d’Etat burundais comme candidat aux élections présidentielles pour un troisième mandat. L’annonce ne surprend personne, mais elle provoque un tollé dans tout le pays et au-delà de ses frontières car ce choix constitue une violation des Accords de paix signés à Arusha en 2000 sur lesquels repose la Constitution qui limite à deux les mandats présidentiels. C’est le début de la catastrophe. La machine répressive du pouvoir, bien que divisé, se met en marche en écrasant tous ceux qui s’opposent au troisième mandat de Nkurunziza, qui sera par ailleurs réélu. Les jeunes, ainsi que les médias n’échapperont pas à la répression qui s’abat d’abord sur la RPA, la radio la plus populaire du pays et qui est forcée à interrompre ses programmes le 27 avril, pour culminer le 13 mai lors du coup d’Etat manqué du général Godefroid Niyombare. Militaires et policiers, appuyés par les milices pro-gouvernementales des Imbonerakure (« ceux qui voient loin »), profitent de l’appel lancé par les putschistes sur les radios privés pour les détruire l’une après l’autre. Tour à tour, Radio Rema FM (considérée proche du régime), Radio Isanganiro, Radio RPA, Radio Bonesha et Radio-Télévision Renaissance voient leur siège respectif partir en fumée. Une étude d’auditoire réalisée par l’IMRAP au Burundi en 2014 témoigne de l’ampleur de la catastrophe. Selon cette recherche, plus de 9 Burundais sur 10 écoutent la radio, 6 sur 10 de façon quotidienne, et les taux d’audience des radios privées burundaises (29% pour RPA, 11% pour Isanganiro) sont supérieurs à eux des stations radiophoniques internationales (à peine 2% pour RFI et 6% pour BBC).

Pour bon nombre de journalistes et de responsables d’organes de presse privés menacés de toute part, il ne reste qu’une option : l’exil. Certains d’entre eux échapperont à l’arrestation, voire à la mort, dans des conditions rocambolesques. Aujourd’hui on en compte une centaine à l’étranger (dont 70 au Rwanda), meurtris par une guerre civile qui ne dit pas son nom. Mais les chiffres parlent d’eux-mêmes : depuis le début du conflit au moins 400 personnes ont été tuées et environ 220 000 Burundais ont cherché refuge dans les pays voisins, alors que des milliers d’autres sont déplacées à l’intérieur du pays. Dans ce marasme, la Communauté internationale ne peut pas oublier les journalistes restés au pays et leurs confrères exilés. Non content d’avoir transformé le panorama médiatique burundais en un champ de ruines, le régime du président Nkurunziza continue de menacer les seuls organes indépendants encore opérationnels au Burundi comme le journal IWACU ou l’initiative web SOS Médias Burundi. Pire, il lance à tour de bras des mandats d’arrêts internationaux dénués de tout fondement à l’encontre des professionnels de l’information les plus influents du pays en les accusant de complicité avec les putschistes. Ces supposés « complices » ont des noms et des prénoms qu’il convient ici de mentionner. Il s’agit d’Innocent Muhozi de Radio-Télé Renaissance ; Bob Rugurika, directeur de la RPA ; Anne Niyuhire, rédactrice en chef de Radio Isanganiro ; les reporters Patrick Mitabaro, Arcade Havyarimana, et Gilbert Niyonkuru ; le président de l’Association burundaise des radiodiffuseurs, Patrick Nduwimana ; et enfin, le directeur d’Iwacu, Antoine Kabuhare, dont les accusations ont été levées sans que personne n’en comprenne les motifs.

Ensemble, ils essayent tant bien que mal de relancer leurs médias au Burundi. Mais le défi est titanesque car le pouvoir ubuesque de Bujumbura refuse tout dialogue avec ceux qui dénoncent les violations incessantes des droits de l’Homme dans ce pays. Les appels à la haine ethnique lancés par des extrémistes du pouvoir en place sur les ondes de la Radio-Télévision nationale burundaise et que personne ne peut aujourd’hui contrecarrer résument bien le climat de violence qui risque d’empoisonner les esprits. Ce venin est aussi dangereux que celui véhiculé en 1994 au Rwanda par la Radio-Télévision des Milles Collines, mondialement connue pour ses appels à l’extermination de la minorité Tutsi.

Pour sauver le Burundi du chaos, la Communauté internationale ne peut limiter ses efforts au dialogue politique inclusif. Elle doit, sur le court terme, se mobiliser à travers des actions spécifiques pour venir en aide aux journalistes exilés et protéger ceux qui sont contraints à raser les murs dans le pays. Sur le long terme, tout doit être fait pour convaincre le régime de Burundi de rouvrir l’espace médiatique burundais. Dans sa résolution 2 279 adoptée le 1er avril à l’unanimité, le Conseil de sécurité des Nations unies a exhorté le gouvernement burundais à étendre les mesures prises pour lever certaines interdictions faites à quelques médias. Il s’agit d’un bon pas en avant, mais insuffisant. A ce jour, seul Radio Rema FM (proche du pouvoir) et Radio Isanganiro ont été autorisées à reprendre leurs programmes au Burundi en échange de la signature d’un « acte d’engagement » à fournir une information « équilibrée et objective » qui ne porte pas atteinte à la « sécurité » du pays. Cette décision laisse perplexe car, comme l’a souligné Reporters sans frontières, « les termes de cet “acte d’engagement” contraignant pour la ligne éditoriale de la radio Isanganiro, constituent une indéniable atteinte à la liberté de l’information et maintiennent de facto la radio sous la coupe des autorités. Si le gouvernement burundais est sincère dans sa volonté de rétablir les droits de l’Homme sur son territoire, il doit permettre la réouverture de tous les médias fermés de force et garantir le retour des journalistes dans des conditions satisfaisantes de sécurité ».

Sur l’initiative du groupe des socialistes et démocrates européens auquel j’appartiens, le Parlement de l’UE a, pour sa part, adopté en décembre 2015 une résolution dans laquelle nous avons dénoncé les violations dont sont victimes les médias burundais. C’est un combat que je ne cesserai de mener pour garantir la liberté d’expression au Burundi et qui nécessite l’appui de toute la Communauté internationale, à commencer par celui de la Communauté d’Afrique de l’Est (EAC) et de l’Union Africaine. L’Africa Week (« Semaine de l’Afrique ») que le Groupe des socialistes et démocrates organise cette semaine au Parlement européen du 5 au 11 avril, sera une occasion pour sensibiliser l’opinion publique et les décideurs politiques sur les initiatives que notre Groupe mène en faveur des droits de l’Homme sur le continent africain.

Les leaders africains ne peuvent plus fermer les yeux face à la soif de démocratie et de liberté d’opinion de millions de jeunes Africains. Au Burundi ce sont les jeunes qui se sont les plus exposés pour défendre la démocratie et la liberté d’expression dont les médias sont en partie les garants. Les trahir n’est plus une option politique.

Cecile KYENGE
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Source : lepays.bf/burundi-aidons-medias-prives/

  13   Vos commentaires
  1. avatar NKURIKIYE

    Merci bcp Hon. Cecile Kyenge.

    En votre qualité de représentant du Peuple Européens, ayez le courage de conseiller les Français qui veulent récidiver leurs erreurs du passé dans la région des grands lacs en planifiant l’apocalypse.

  2. avatar NKURIKIYE

    Merci bcp Hon. Cecile Kyenge.

    En votre qualité de représentants du Peuple Européens, ayant le courage de conseiller les Français qui veulent récidiver les erreurs du passé dans la région des grands lacs en planifiant l’apocalypse.

  3. avatar Jewe

    … » les milices pro-gouvernementales des Imbonerakure (« ceux qui voient loin ») ». A mon avis, imbonerakure se traduit par ceux qui voient DE loin et non ceux qui voient loin. Si on voulait parler de ceux qui voient loin, on utiliserait le terme imbonakure.

    • avatar Novat Nintunze

      D’accord avec votre traductiom.

  4. avatar Ups

    C’est dommage, à côté des fossoyeurs de l’Afrique, il y a toujours des Africains comme on le voit sur la photo.
    Les Africains n’ont rien appris de l’histoire. Pourriez-vous me dire ce que l’UE peut offrir à l’Afrique économiquement socialement, politiquement ? Rien.
    L’Afrique n’a pas besoin de cette Europe pauvre économiquement (s’enrichit au dos de l’Afrique), politiquement (qui ne fait que attiser la haine entre les peuples), socialement (qui vit la déchéance morale).

    C’est à l’Afrique d’aider l’Europe et non le contraire. L’Occident n’a fait que tendre un appât au nom de l’ « aide » qui n’est que l’anesthésie économique et l’origine de maux africains. Gare à celui qui mord à appât! Malheureusement ils sont nombreux, les africains qui y mordent et vendent l’Afrique.

    • avatar RUGAMBA RUTAGANZWA

      @UPS,

      Vous vivez sur une autre planète, pas sur la planète terre, je crois car ce que vous racontez dans ce forum d’I Wacu (merci I Wacu) n’est que rêveries et démagogies qui manquent cruellement d’objectivité et de lucidité.. !
      Que fait l’Afrique pour empêcher à l’Europe de s’enrichir sur son dos? Quelle est la contribution de l’Afrique dans l’économie mondiale? A peine 3% dans les échanges économiques avec le monde. Quel est le poids des échanges économiques entre pays africains qui ne font que se bloquer mutuellement même en ce qui concerne les visas. Pour ces derniers par exemple, il est plus facile pour un Blanc d’Europe ou d’Amérique d’entrer dans un pays africain qu’un Africain d’Afrique.. ! Tout ceci est une honte car les économies africaines ne se développeront jamais quand les pays s’enferment et empêchent les échanges économiques régionaux.. !
      Par exemple les deux capitales les plus proches d’Afrique i.e. Brazzaville et Kinshasa sont séparées par le fleuve Congo. Elles se trouvent distantes l’une de l’autre de 7 km maximum. Mais entre les deux capitales pas de pont sur le fleuve Congo, ce qui faciliterait énormément les échanges économiques entre les deux nations qui par ailleurs sont très naturellement riches. En plus de cela je vous épargne les tracasseries de visas d’entrée pour les citoyens de ces deux pays normalement frères parlant tous Lingala come langue locale nationale officielle.
      En ce qui concerne l’économie, le leadership politique est sa clef. Le Burundi du CNDD-FDD qui a été classée comme le pays le plus pauvre du monde en 2015 en est un excellent exemple. Tout ceci à cause de la corruption, de la mauvaise vision et d’un manque criant de leadership politique au sommet de l’Etat depuis plus de 10 ans maintenant. Analysez objectivement par exemple le leadership Rwandais, un des pays qui avancent le plus au monde en termes de développement économique et vous comprendrez tout, surtout quand vous el comparez à son frère jumeau qui s’appelle Burundi… !
      Alors cher UPS, cessez de rêver, cessez votre démagogie, regardez les chose en face et jugez les problèmes du monde objectivement avec des arguments qui tiennent la route et lassiez de cote vos sentiments et émotions non objectifs..

      • avatar Bakari

        @RUGAMBA RUTAGANZWA
        « Le Burundi du CNDD-FDD qui a été classée comme le pays le plus pauvre du monde en 2015 en est un excellent exemple. »
        Malheureusement ce n’est pas seulement le Burundi des DDs qui a été classé le plus pauvre du monde. Les Burundis précédents étaient pareils. Dumoins pour les autres (particulièrement pour moi) sauf pour vous, peut-être! Et c’est bien dommage que l’on continue à faire du sur-place, jusque là!

    • avatar Muhima Mweru

      Cher Ups, votre réaction révèle une arrogance et un refus de reconnaître la réalité. C’est vrai, après cinquante ans de nos indépendance l’Afrique ne devrait pas recourir a l’Europe pour sa survie. Mais quel est la réalité? C’est la vérité !! Nous sommes le plus pauvre de la planète ! Selons les données du FMI(2015), le continent le plus riche du monde en ressources (Afrique) a les habitants les plus pauvres au monde. En effet, parmi les 25 pays les plus pauvres au monde, seuls trois ne sont pas africains, et votre cher Burundi le dernier de la liste ( dernier plus pauvre de tous avec 315,2$ PIB par habitant). Avec ton arrogance, tu dis sans honte que l’Europe n’a rien à offrir à l’Afrique! N’est ce pas vous qui pillent vos richesse avec la complicité de certains multinationales Européens, pour finalement aller quémander chez eux? L’Afrique a eu le malheur d’être dirigée par des dictateurs et criminels comme Michombero, Idiamin Dada, Mobutu, Sékou Touré, Bokasa , Hissène Habré, Habyarimana et cher Burundais vous avez encore aujourd’hui un Nkurunziza qui n’a jamais tiré de leçon du passé. Avec un PIB de 315,2$, mais aussi avec un President qui se maintien au pouvoir de force, sans notion d’économie, sans ressources propres ! qui pille le peux que vous avez ! Comment allez vous, vous en sortir ? Vous êtes contraint d’aller quémander chez ces Européens dont tu critique!! UPs tu es aveugle !!!!

  5. avatar OYA

    La cronologie des faits est archifausse: ce sont les putschistes et leurs milices qui ont incendié la première Radio, REMA FM. C’était en plein jour, ils ne peuvent pas le nier. Par cet acte ignoble, ils montraient qu’ils ne supportaient pas une opinion contraire à la leur; c’était un acte hautement anti-démocratique. La destruction des autres radios les nuits suivantes s’est faite sans témoins, mais on peut seulement hypothiser que ce fut une vengeance (retaliation) contre ceux qui avaient brulé Rema; mais d’autres pistes ne sont pas impossibles, vu qu’au Burundi on n’est jamais sur de rien.

    • avatar kan76

      Les DDs pourquoi vous ne comprenez rien. Vous etes seul contre tous cela ne vous interpelle pas? Sauvons patrie main dans la main nous pourrons batir un burundi meilleur . Le dialogue est irreversible pour le moment . Il n’est jamais trop tard de faire mieux. Ce ne sont que les imbeciles qui ne changent pas.

  6. avatar Lambert

    Merci madame Kyenge pour votre défense. Mais il faut surtout attaquer la France pour sa politique de soutien des pouvoirs criminels et génocidaires et d`extermination des minorités dans les grands lacs africains.

  7. avatar Kagabo

    Je comprends bien votre inquiétude madame Cecile Kyenge, Mais vous oubliez une chose madame, quand une radio dites privée se permettre de donner un micro aux personnes qui se disent vouloir renverser les institutions démocratiques, alors qu’ils savez bien qu’il y avait une radio publique où ils devraient utiliser pour passer ce message à la population? Il faut aussi voir combien de ces gens des médias qu étaient dans ce coup d’état, ça devrait vous inquiéter et se demander dans quel pays un journaliste est devenu un politicien ou un putschiste pour opérer un coup d’état?? Je pense avant de faire un jugement, vous devriez considérer toutes ces conditions et à savoir s’ils ne sont pas victimes de leurs malheureux??? C,est comme ça qu’il faut voir les choses madame!!!!

    • avatar kan76

      Kagabo, j’ aime les DDS comme toi qui limitent leur pensee sur les consequences qui frappent le burundi, au lieu de se pencher sur la cause pour qu’on avance. Bien dit madame cecile kyenge.

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