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Un rapprochement encore loin d’être acquis au CNL

Deux ans après l’éviction d’Agathon Rwasa à la tête du parti Congrès national pour la liberté (CNL), une forte rumeur d’un éventuel rapprochement entre son camp et le leadership actuel du parti dirigé par Nestor Girukwishaka continue d’alimenter les débats au sein de la classe politique burundaise. On est à quelques mois de l’élection présidentielle de 2027. Les deux camps reconnaissent qu’une éventuelle réconciliation est loin d’être acquise.

Dans un entretien accordé à Rajii media TV, le 6 juin 2026, Kefa Nibizi, président du parti Codebu estime que les deux parties protagonistes gagneraient à dépasser leurs différends et à privilégier le dialogue plutôt que de s’en remettre à une procédure judicaire toujours pendante devant la Cour suprême

Selon lui, ni Agathon Rwasa et malgré l’importante base électorale qu’il conserve, ni le CNL dirigé par Nestor Girukwishaka, affaibli par les divisions internes, personne ne peut prétendre peser en solo sur l’échiquier politique à l’approche de l’élection présidentielle de 2027.

Interrogé par la suite sur les perspectives d’un éventuel rapprochement entre les deux camps, le président du parti Codebu livre son analyse en s’appuyant sur sa propre expérience politique. Selon lui, les scissions partisanes finissent généralement par affaiblir aussi bien la formation d’origine que celle issue de la dissidence.

Kefa Nibizi : « Les causes profondes demeurent généralement internes aux partis concernés »

Il cite notamment le cas du parti Frodebu-Nyakuri, né d’une scission du Sahwanya-Frodebu en 2008. Bien que cette nouvelle formation ait alors attiré plusieurs parlementaires, elle n’a pas réussi à s’imposer électoralement lors des élections communales de 2010. Dans le même temps, explique-t-il, le Sahwanya-Frodebu a lui aussi subi les conséquences de cette rupture et progressivement perdu son influence.

Pour ce responsable politique, ce type de crise trouve souvent son origine dans des conflits internes dont la gestion n’a pas été suffisamment prudente pour éviter la rupture. Si des acteurs extérieurs peuvent parfois encourager ou exploiter ces divisions, il estime que les causes profondes demeurent généralement internes aux partis concernés. Ces fractures laissent également des séquelles durables alimentant un climat de méfiance qui complique toute tentative de réconciliation.

M.Nibizi reconnaît ainsi qu’un retour immédiat à la situation antérieure paraît peu probable dans le cas du CNL. Les différends accumulés, les accusations réciproques et les ressentiments nés de la crise constituent, selon lui, des obstacles réels à un rapprochement rapide. Il n’exclut pas non plus que certains acteurs, intéressés par le maintien de ces divisions, cherchent à décourager toute initiative de réconciliation.

Néanmoins, il considère que le dialogue reste la seule voie susceptible de permettre une sortie durable de la crise. À défaut d’un rétablissement immédiat des structures d’avant la rupture, les deux camps pourraient, souhaite-t-il, envisager, dans un premier temps, des formes de collaboration plus souples afin de recréer progressivement la confiance. Cette démarche pourrait ensuite ouvrir la voie à des mécanismes plus élaborés de coopération, voire à un rapprochement plus profond. « La séparation devient parfois brutale mais, la réconciliation est souvent lente ».

Par ailleurs, le patron du Codebu admet que toute solution durable passera par des étapes progressives permettant aux différentes parties de reconstruire la confiance avant d’envisager un éventuel rétablissement des structures capables de rassurer l’ensemble des protagonistes.


Réactions

Nestor Girukwishaka : « Aucune démarche de réunification n’est actuellement engagée »

L’actuel président du parti CNL indique qu’Agathon Rwasa garde toujours la qualité de membre de cette formation politique. Il a droit à tout ce que les textes prévoient pour tout militant. Pour la présidentielle en vue, le parti s’aligne par rapport à sa vision.

Cependant, le parti CNL sent d’abord une nécessité d’éclairer l’opinion : « Aucune démarche de réunification n’est actuellement engagée. Personne n’a encore pris une telle initiative. Au sein de notre parti, il n’y a pas de camps. C’est une et seule formation politique avec un leadership légalement reconnu ».

M. Girukwishaka déclare par ailleurs que les portes sont ouvertes pour tout citoyen membre du parti ou non qui aurait quelque chose à contribuer pour le bien du parti. « Donc on n’a jamais exclu qui que ce soit, y compris Rwasa ».

Pour la présidentielle de 2027, le président du CNL précise que le parti s’aligne par rapport à sa vision et à travers ses organes de prise de décisions.

Et par rapport à une éventuelle candidature à la présidentielle de 2027, M. Girukwishaka affirme que pour l’heure, le nom du candidat importe peu. « Le CNL dispose de beaucoup de candidats capables de conduire son programme politique qui est de faire asseoir une démocratie centrée sur l’épanouissement de l’homme et à économies mixtes ».

Quant à Agathon Rwasa, « ex-président du parti », M. Girukwishaka indique que si un militant décide de retourner au bercail, personne ne lui en veut. Il a été et reste toujours militant du CNL. « Il n’y a donc pas de barrière en moins qu’il en crée lui-même. Et il a droit à tout ce que les textes du parti prévoient pour un militant qui n’a pas encore perdu sa qualité de membre ».

En ce qui concerne le dossier judiciaire encore pendant devant la chambre administrative de la Cour suprême, M. Girukwishaka estime que la question n’est pas à poser aux responsables actuels du parti.
Ce responsable politique de l’opposition émet aussi le souhait de son parti pour qu’il y ait une présidentielle digne de son nom en 2027. « Le CNL veut une compétition qui répond aux normes d’une élection démocratique, organisée par une Commission électorale nationale indépendante, capable d’organiser des élections transparentes, libres et équitables ».

Il conclut que si cela allait être le cas, le Burundi redorera une image démocratique au lieu d’une image de pouvoir issu de systèmes truqués et résultant à chaque fois d’une mascarade électorale.

Agathon Rwasa : « Un supposé rapprochement ne serait que dupes »

L’opposant politique a tenu à clarifier les informations d’une probable réconciliation entre lui et le leadership actuel du parti. Sa réponse est catégorique. « C’est du blabla. Je n’en suis pas au courant. Epargne-moi ces suppositions ! ».

M. Rwasa dit ne pas voir aucune piste de renouement et ne pas être tout simplement preneur. « Nestor Girukwishaka et compères ont agi par procuration et ils sont sous le contrôle de ceux qui les ont manipulés. Vous comprendrez alors que les propos dudit responsable politique ne sont pas si réalistes qu’ils paraissent et un soi-disant rapprochement ne serait qu’un marché de dupes ».

Par ailleurs, il est revenu sur la lenteur de la justice dans l’affaire RAP 68 encore pendante depuis plus de deux ans devant la Chambre administrative de la Cour suprême. Le dossier porte sur son éviction du parti CNL qu’il a créé en 2019. Il parle d’une justice peu soucieuse des moins forts. « Quant aux élections de 2027, je pense que le point de repère est à chercher ailleurs ».

Ainsi, l’ex-patron du CNL propose plutôt un programme qui irait au-delà de la simple réconciliation au sein du parti. « Au vu de la situation de crise multidimensionnelle dans laquelle se trouve le Burundi, la priorité est plutôt une conférence nationale pour d’abord analyser l’état des lieux de la gouvernance dans ses différentes dimensions (économique, politique…) afin de redéfinir les perspectives et élaborer une feuille de route pour la sortie de cette crise ».

Il trouve également que les élections en vue devraient être entrevues comme un pont entre cette période où le Burundi est embourbé et la renaissance où le sectarisme marquant actuellement la gestion de l’État serait abolie à travers des élections réellement démocratiques qui respectent le verdict des citoyens électeurs.

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