Pour Godelieve Manirakiza, directrice nationale de l’Association des Femmes rapatriées du Burundi (Afrabu), l’exil favorise les rumeurs et les perceptions négatives entre ceux qui vivent à l’étranger et ceux qui sont restés au pays. « Certains réfugiés tiennent un langage haineux et violent pour se maintenir en exil. Des proches qui exploitent les terres ou les biens des exilés leur transmettent parfois de fausses informations et des menaces. L’objectif est de les convaincre de ne pas rentrer. »
Selon elle, ces messages sont souvent motivés par des intérêts matériels. Plusieurs rapatriés découvrent, à leur retour, que la réalité est différente de ce qu’on leur avait raconté.
Mme Manirakiza estime que le retour permet alors des contacts directs qui contribuent à déconstruire les stéréotypes et à réduire les tensions.
Renforcement des sentiments d’insécurité et d’insatisfaction
Rémy Havyarimana, expert en résolution pacifique des conflits, estime que le maintien prolongé des Burundais en exil constitue déjà un problème en soi. Des messages de haine encouragent les réfugiés à rester à l’extérieur. Ils renforcent aussi le sentiment d’insécurité et d’insatisfaction.
Il avertit que ces frustrations peuvent avoir des conséquences négatives, notamment en favorisant l’émergence de groupes malveillants. Ils sont susceptibles d’agir au-delà de leur pays d’accueil et d’orienter leurs activités vers leur pays d’origine.
Il propose d’agir à deux niveaux. D’abord, l’État devrait analyser les causes de l’exil afin d’apporter des solutions concrètes. Il devrait aussi mieux communiquer sur les progrès réalisés. Cela permettrait de rétablir la confiance des Burundais vivant à l’étranger.
Ensuite, les familles ont également un rôle important à jouer car, elles restent en contact permanent avec les réfugiés. Elles devraient transmettre des informations objectives sur la situation du pays. Selon lui, leurs messages peuvent encourager ou décourager le retour.
Les réfugiés ont parfois des infos contradictoires
Odette Kamariza, directrice chargée des rapatriements et de la réinstallation des rapatriés au ministère de l’Intérieur, explique que les raisons du maintien en exil sont nombreuses. Beaucoup de Burundais ont fui à cause de l’insécurité. Avec le retour de la stabilité, certains sont rentrés. D’autres restent à l’étranger. Selon elle, certains espèrent être réinstallés dans un pays tiers. Ils continuent donc à diffuser des messages négatifs sur le Burundi.
Elle évoque aussi des intérêts fonciers. Des proches qui exploitent les terres des exilés chercheraient à les décourager de rentrer afin de conserver ces biens.
Pour favoriser le retour volontaire, le gouvernement mène régulièrement des campagnes de sensibilisation dans les camps de réfugiés avec les pays d’accueil et le HCR. « Des délégations burundaises dialoguent avec les réfugiés. Elles permettent aussi à certains de revenir temporairement au Burundi pour constater eux-mêmes la situation avant de témoigner auprès des autres. »
Selon Odette Kamariza, ces échanges ne sont pas toujours faciles. Les réfugiés disposent parfois d’informations contradictoires. Elle estime toutefois que le dialogue permet progressivement de dissiper les malentendus et de rapprocher les points de vue.
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