La chaleur des océans dans le Pacifique tropical est exceptionnelle. Les conséquences climatiques sur l’agriculture, les infrastructures, les ressources en eau, l’approvisionnement énergétique et la santé n’attendront pas le prochain cycle budgétaire.
Pour l’Afrique de l’Est, et le Burundi en particulier, la période critique est déjà inscrite au calendrier : d’octobre 2026 à février 2027. Dans notre région, un épisode El Niño puissant – surtout s’il est combiné à un dipôle positif de l’océan Indien – signifie généralement des pluies courtes et plus abondantes que la normale.
Les risques d’inondations, glissements de terrain, champs inondés, routes détruites et épidémies sont quasi certains. Ils constituent un sérieux test pour les gouvernements et les communautés pour une action préventive et adaptative tant qu’il est encore temps.
La secrétaire générale de l’OMM, Celeste Saulo, l’a dit clairement : cet El Niño exceptionnel exige une préparation exceptionnelle. Le secrétaire général de l’ONU, António Guterres, a déclaré que la planète se trouve en eaux troubles et que la course contre la montre se joue entre l’aggravation des risques et notre volonté de protéger les populations.
Aujourd’hui, plus que jamais, les autorités publiques doivent considérer ces déclarations comme des ordres opérationnels, et non comme de vaines déclarations diplomatiques.
A la veille de la saison culturale d’Agatasi, qui sera particulièrement marquée par El Nino, l’alerte lancée par l’OMM doit être considérée avec urgence et gravité. Les plaines d’Imbo sont déjà inondées lorsque les pluies sont simplement moyennes et que la nappe phréatique est haute.
Les flancs de collines des Migwa s’effondrent lorsque les sols sont saturés. Les marchés, petits et grands, sont paralysés lorsque les ponts sont détruits. Des familles perdent nourriture, maisons et bétail en quelques heures. Un El Niño très puissant accroît considérablement les risques de catastrophes simultanées.
D’après les prévisions de l’OMM, le Kenya, l’Ouganda, le Rwanda, la Tanzanie et la Somalie voisins seront confrontés au même phénomène pendant la saison des pluies d’octobre à décembre : conditions plus humides, crues soudaines, débordements de rivières et glissements de terrain.
Le partage des bassins hydrographiques signifie que les pluies d’un pays deviennent une catastrophe pour un autre. L’urgence est concrète. Octobre est dans quelques semaines. Il est impératif de mettre en place des mesures préventives et d’adaptation dès maintenant, et non après l’apparition des premiers dégâts.
Les autorités doivent agir immédiatement sur cinq points.
Premièrement, renforcer les capacités des services météorologiques nationaux comme des institutions de première ligne : financements soutenus, moyens techniques et innovants, diffusion régulière des prévisions météo aux populations rurales et urbaines en kirundi et dans un langage clair. Une alerte précoce confinée aux couloirs d’un ministère ne sauve personne.
Deuxièmement, il faut pré-positionner les outils de survie souvent négligés : nettoyage des drains à Bujumbura et dans l’Imbo ; renforcement des berges fragiles ; stocks de semences pouvant être replantées après les inondations ; préparation de trousses médicales contre le choléra et le paludisme ; prévision de carburant et pièces de rechange pour les pompes ; identification de sites sûrs en hauteur avant que les familles n’en aient besoin.

Troisièmement, il faut protéger les récoltes avant les semis, conseiller les agriculteurs sur le calendrier des semis, le drainage et les choix de cultures pour une saison A plus humide, protéger les stocks de l’humidité ainsi que prévoir le déplacement du bétail hors des zones inondables. Un champ inondé en novembre peut entraîner une famine en mars.
Quatrièmement, réparez les routes et les ponts, toujours les premiers à céder. L’accès humanitaire est une question d’adaptation. Si les routes nationales et autres axes secondaires sont impraticables, les prix des denrées alimentaires s’envoleront, aggravant les risques d’insécurité alimentaire qui sévit à travers le pays.
Cinquièmement, coordonnez-vous au-delà des frontières. Les crues ne respectent ni la Rusizi ni la Kagera. Les États d’Afrique de l’Est doivent partager leurs prévisions, leur expertise, leurs opérations de gestion des réservoirs et leurs plans d’urgence dès maintenant, et non après une première catastrophe commune.
Les citoyens ne doivent plus se comporter en spectateurs. Dégagez les zones de drainage autour de vos maisons. N’y construisez pas et n’y retournez pas. Mettez vos documents et vos semences à l’abri de l’eau. Fiez-vous aux alertes officielles plutôt qu’aux rumeurs.
Les quartiers qui organisent la pose de sacs de sable, la mise en place de groupes de surveillance et l’entraide avant le début des pluies subiront moins de dégâts que ceux qui attendent uniquement l’intervention de l’État ou des humanitaires.
L’heure n’est pas à la panique, mais à la prévision et à l’organisation d’un plan rigoureux de riposte. El Niño est un phénomène naturel. Ses conséquences au Burundi ne sont pas inévitables.

Ce qui est inévitable, c’est qu’un gouvernement non ou mal préparé blâmera le climat après coup, et que les communautés non sensibilisées et sans préparation adéquate en subiront les premières conséquences.
L’OMM offre à la région un atout précieux : une information authentique, du temps et une grande confiance. Il faut les mettre à profit. Il est urgent d’agir, avant octobre, et non après une première nuit de pluies incessantes.
Auteur de l’article : Landry Ninteretse, Consultant indépendant et militant environnementaliste, artisan de paix, panafricain, il fut Directeur régional Afrique de 350.org entre 2016 et 2025.
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