Lundi 12 janvier 2026

Editorial

Transparence minière : une chance à saisir

28/11/2025 4

Et si l’avenir du Burundi se jouait sous nos pieds ? Nos minerais pourraient rapporter plus que le café ou le thé, selon la BAD. Mais tant que règnent les secrets et les contrats opaques, cette richesse reste hors de portée.

Aujourd’hui, personne ne sait vraiment qui exploite quoi, combien cela rapporte, ni où vont les devises. L’État perd des recettes vitales ; les communautés vivant près des mines n’obtiennent rien ; l’environnement est saccagé ; les investisseurs sérieux s’éloignent. L’opacité n’est pas neutre : elle appauvrit le pays et profite à un petit cercle.

La transparence, au contraire, ouvre des portes. D’abord l’argent : publier les paiements et les revenus coupe court aux détournements.

Ensuite la crédibilité : un pays qui joue cartes sur table attire enfin des investisseurs responsables.
Puis l’expertise : l’ITIE aide à négocier de meilleurs contrats et à renforcer les institutions.
Et enfin la sécurité : dans les Grands Lacs, la clarté des flux miniers réduit les trafics qui alimentent l’instabilité.
Ghana, Tanzanie, Liberia : tous montrent que la transparence paye. Le Burundi peut suivre leur voie, d’autant qu’il a déjà adopté les outils de la CIRGL. Il suffit maintenant de les appliquer.
Un geste simple ferait toute la différence : publier en ligne les permis miniers, les bénéficiaires réels, les contrats, les devises rapatriées. Mettre enfin ces informations à la disposition de tous. La lumière, tout simplement.
Car la transparence est un acte de souveraineté.

Et si le Burundi décide de regarder en face ce qui se passe dans son sous-sol, alors celui-ci cessera d’être une malédiction — pour devenir enfin une chance pour tous.

Forum des lecteurs d'Iwacu

4 réactions
  1. Jereve

    Sans intérêt aucune action, dit-on. En matière d’exploitation et exportation des minerais, les autorités burundaises n’ont visiblement pas beaucoup d’intérêt à être transparentes dans ce domaine. L’important est de laisser le flou planer pour permettre aux initiés de calmement faire des affaires et se remplir les poches au détriment des caisses de l’état. Les commissions récoltées au passage sont plus intéressantes que ce soit-disant bien commun qui doit guider toute autorité responsable.

  2. Kadodwa JEAN

    Merci Antoine pour cette pîqure de rappel. Et si l’avenir du Burundi se jouait sous nos pieds ? Nos minerais pourraient rapporter plus que le café ou le thé, selon la BAD. Mais cette promesse restera un leurre si elle s’accompagne de secrets, de contrats opaques, et surtout, si elle nous fait négliger notre terre nourricière. Le véritable enjeu n’est pas de choisir entre les mines et l’agriculture, mais de savoir comment la première peut régénérer la seconde.

    Aujourd’hui, l’opacité mine notre avenir. Personne ne sait vraiment qui exploite quoi, combien cela rapporte, ni où vont les devises. L’État perd des recettes vitales ; les communautés vivant près des mines n’obtiennent rien ; l’environnement est saccagé. Cette opacité n’est pas neutre : elle appauvrit le pays et profite à un petit cercle, nous privant des moyens d’investir dans notre souveraineté alimentaire.

    La transparence, au contraire, est le premier pas vers la responsabilité. D’abord l’argent : publier les paiements et les revenus coupe court aux détournements.
    Ensuite la crédibilité : un pays qui joue cartes sur table attire des investisseurs responsables, et non des prédateurs.
    Puis l’expertise : l’ITIE aide à négocier de meilleurs contrats.
    Et enfin la sécurité : dans les Grands Lacs, la clarté des flux miniers assèche les trafics qui alimentent l’instabilité.

    Cependant, la transparence n’est qu’un outil. Le véritable objectif est la diversification. L’Afrique regorge d’expériences instructives :

    Le Nigeria et la Zambie nous alertent sur le piège de la mono-exportation : une monnaie forte (Syndrome Hollandais) qui étouffe l’agriculture et une vulnérabilité extrême aux chocs des cours mondiaux.

    Le Botswana nous montre la voie. En canalisant les revenus transparents de ses diamants dans des fonds souverains (le Fonds Pula), le pays a investi massivement dans l’éducation, la santé et les infrastructures, créant une économie bien plus résiliente.

    Le Ghana illustre le défi permanent. S’il est un bon élève de la transparence (ITIE), sa dépendance à l’or et au cacao le rend encore vulnérable. Sa leçon ? La transparence est nécessaire, mais insuffisante sans une stratégie industrielle pour transformer ses matières premières.

    Le Rwanda voisin, quant à lui, démontre qu’une gouvernance déterminée peut utiliser les recettes minières (cassitérite, coltan) comme un levier parmi d’autres pour financer une ambitieuse transformation économique, y compris dans une agriculture à haute valeur ajoutée.

    Ghana, Tanzanie, Liberia : tous montrent que la transparence paye. Le Burundi peut et doit suivre leur voie, d’autant qu’il a déjà adopté les outils de la CIRGL. Mais la leçon ultime est que la transparence doit être le moteur d’un projet national de diversification.

    Quels chemins pertinents pour le Burundi ?

    Créer un « Fonds Souverain pour la Transition Agro-écologique et Alimentaire » : Une partie des redevances minières transparentes doit y être automatiquement versée. Ce fonds financera non seulement des subventions, mais des investissements structurants : irrigation, stockage, transformation des produits agricoles, et recherche agronomique pour des cultures résilientes.

    Parier sur la transformation locale : Au lieu d’exporter du minerai brut à bas prix, le Burundi doit négocier des contrats qui intègrent la création d’unités de purification ou de prétraitement. La RDC tente, avec difficulté, d’imposer cette logique pour le cobalt. Le Burundi peut s’inspirer de cette ambition pour son or, ses terres rares ou son nickel.

    Faire de l’agriculture un pilier de l’économie minière : L’État et les compagnies minières pourraient développer des partenariats pour approvisionner les sites miniers en denrées alimentaires produites localement. Cela créerait un marché garanti pour nos agriculteurs et réduirait les importations coûteuses.

    S’appuyer sur le numérique : Publier en ligne, en temps réel, les permis, les bénéficiaires réels, les contrats et les revenus. Cette lumière, couplée à des systèmes de traçabilité des minerais, est la meilleure arme contre la corruption et le trafic.

    Un geste simple ferait toute la différence : allumer cette lumière numérique. Mais cette lumière doit aussi éclairer nos champs. Les revenus générés par une industrie minière transparente doivent être réinvestis de manière prioritaire pour fertiliser tous les autres secteurs.

    Car la transparence est un acte de souveraineté. Mais la souveraineté ne se décrète pas, elle se construit. Elle se construit avec un estomac plein, une économie résiliente et une jeunesse employée dans des secteurs porteurs d’avenir.

    Et si le Burundi décide de regarder en face ce qui se passe dans son sous-sol, alors celui-ci cessera d’être une malédiction. Il deviendra le capital de départ qui a permis au pays de se réinventer, enraciné dans une agriculture modernisée et prospère, et tourné vers une industrie de transformation créatrice de valeur et d’emplois.

    Kadodwa Jean ,Oxford

    • Stan Siyomana

      @Kadowa Jean
      1. Vous ecrivez: »Le Botswana nous montre la voie. En canalisant les revenus transparents de ses diamants dans des fonds souverains (le Fonds Pula), le pays a investi massivement dans l’éducation, la santé et les infrastructures, créant une économie bien plus résiliente… »
      2. Mon commentaire
      A long terme, la resilience necessite une diversification de l’economie.
      « Diamond exports, roughly 80% of Botswana’s foreign earnings and a third of government revenue, have tumbled.
      Debswana, the largest local diamond producer and a joint venture between the government and mining giant De Beers, saw revenues halve last year. It has paused operations at some mines as Botswana and Angola enter talks to take over controlling stakes in De Beers’ diamond mining unit.
      In September, Botswana’s national statistics agency reported a 43% drop in diamond output in the second quarter, the steepest fall in the country’s modern mining history. The World Bank expects the economy to shrink 3% this year, the second consecutive contraction… »
      https://www.msn.com/en-us/news/world/this-african-nation-built-its-development-on-diamonds-now-its-crashing-down/ar-AA1RmJxF?ocid=BingNewsSerp

      • Jean Pierre Hakizimana

        Je pense que Kadowa Jean a bien expliqué comment le Botswana a anticipé le déclin des ventes de diamants en créant un fonds souverain destiné à diversifier ses investissements pour les générations futures.

        En général, une seule ressource naturelle peut sortir un pays de la pauvreté : le pétrole. En effet, le pétrole possède la plus grande valeur marchande et est utilisé dans presque tous les secteurs. Je vous invite à vous renseigner sur la taille du fonds souverain norvégien et ses investissements pour comprendre ce que M. Kadowa Jean voulait dire.

        https://yawboadu.substack.com/p/botswanas-economy-in-nine-minutes

        Cela étant dit, le Burundi est loin d’être en mesure de gérer une situation comparable, car ses dirigeants actuels sont totalement incompétents en matière de planification à long terme. Remarquez que nous ignorons même quelles sont les ressources naturelles exportées par le Burundi. Il ne s’agit pas d’un bug, mais d’une caractéristique du CND-Fdd.

A nos chers lecteurs

Nous sommes heureux que vous soyez si nombreux à nous suivre sur le web. Nous avons fait le choix de mettre en accès gratuit une grande partie de nos contenus, mais une information rigoureuse, vérifiée et de qualité n'est pas gratuite. Nous avons besoin de votre soutien pour continuer à vous proposer un journalisme ouvert, pluraliste et indépendant.

Chaque contribution, grande ou petite, permet de nous assurer notre avenir à long terme.

Soutenez Iwacu à partir de seulement 1 euro ou 1 dollar, cela ne prend qu'une minute. Vous pouvez aussi devenir membre du Club des amis d'Iwacu, ce qui vous ouvre un accès illimité à toutes nos archives ainsi qu'à notre magazine dès sa parution au Burundi.