Économie

Sogestal Kirimiro : le personnel se dit victime de licenciement abusif

31/03/2020 Pierre Claver Banyankiye Commentaires fermés sur Sogestal Kirimiro : le personnel se dit victime de licenciement abusif
Sogestal Kirimiro : le personnel se dit victime de licenciement abusif
La Sogestal Kirimiro dissoute

Plus de 220 employés licenciés de l’ex-Sogestal Kirimiro sont dans le désarroi. Ceux qui ont consenti des prêts ont déjà reçu des lettres de mise en demeure. D’après le ministre de l’Environnement, ce dossier n’est pas la priorité du gouvernement.

Voilà 19 mois que les employés de l’ex-Sogestal vivent dans la précarité, cumulant désormais près de 20 mois d’impayés de salaire. Une situation qui s’est dégradée, depuis vendredi 13 mars. « Nous avons reçu une lettre de résiliation de contrat de travail», se lamente un jeune homme rencontré dans la ville de Gitega, lundi 23 mars 2020.
Ce dernier fait savoir que la lettre de résiliation est courte : « La décision de dissoudre la Sogestal Kirimiro est prise par l’assemblée générale des actionnaires. »

Selon ce père de cinq enfants, ce licenciement a affecté plus de 220 familles. Mine renfrognée, il expose son calvaire. « L’Etat m’a mis dans la rue avec toute ma famille, alors qu’il me doit plus de 6 millions de BIF.» Depuis 2018, sa famille a continué à survivre parce qu’il a contracté des prêts, espérant rembourser à la fin du mois. Pour le moment, déplore-t-il, je ne suis plus crédible. « Mes enfants vont abandonner l’école, faute de moyens et toute la famille mourra bientôt de faim».

Le personnel est angoissé

Même lamentations chez M.S., lui aussi ex-employé de ladite société dissoute. Ce dernier est dans le désarroi. Il indique qu’il a contracté un prêt de 10 millions BIF auprès du Fond de l’Habitat Urbain pour construire une maison tout en espérant rembourser cette somme au plus tard au début de l’année 2023. Pour réaliser ce projet, sa femme a également emprunté 5 millions BIF. « Suite aux arriérés de salaires, j’ai cessé de rembourser fin 2018. Au mois de décembre 2019, mon créancier m’a envoyé une lettre de mise en demeure».

A cette date, les intérêts de retard s’élevaient à plus de 1 millions de BIF. A tout moment, précise-t-il, je peux me retrouver dans la rue. Car dans cette correspondance, le Fond de l’Habitat urbain était clair : après 24 mois, il peut réaliser la garantie par la vente par la voie parée. Autrement dit, la réalisation de la garantie se fera par une vente à l’amiable par le créancier. Et de faire remarquer que le créancier a souvent tendance à se satisfaire d’un prix faible, si celui-ci lui permet de réaliser rapidement la garantie.

« Une dissolution illégale et non fondée »

Le conseil d’entreprise rejette en bloc la faillite de l’entreprise avancée par l’Etat, l’actionnaire principal, pour dissoudre la Sogestal. Salvator Simbavimbere, vice-président du conseil d’entreprise de l’ex-Sogestal, soutient qu’aucune raison ne pourrait justifier la dissolution de cette société : « La Sogestal n’était pas tombée en faillite. C’est faux. Cette entreprise était en bonne santé financière.»

Ce représentant des employés de l’ex-Sogestal se base sur les indicateurs de l’entreprise. D’abord, pour annoncer qu’une usine de traitement de café est en faillite, il faut vérifier trois principaux indicateurs. Il s’agit du rendement de café parche en café vert, l’énergie utilisée dans le traitement du café et la gestion de la main d’œuvre. « Ces indicateurs ont donné des résultats satisfaisants», se félicite Salvator Simbavimbere.

En principe, le rendement de café parche en café vert est de 20%: 5 kilos de cerises fournissent 1 kilo de café vert. Pourtant, précise cet employé, pour la campagne 2018-2019, 5 kg fournissaient 4,8 kg de café vert, soit un rendement de 96 %. « Comme les employés se sont donné corps et âme, lors de la flottaison et du triage, nous avons encaissé un surplus de 120 tonnes de café vert».

M. Simbavimbere fait également remarquer que la dissolution de la Sogestal Kirimiro est illégale. Cette entreprise, explique-t-il, a été dissoute sans audit financier. « Pourquoi cette étude n’a pas été faite ? La raison est simple, ses résultats ne plaidant pas pour la dissolution.»

Les employés se disent victimes de licenciement abusif

Même si la Sogestal Kirimiro avait eu des problèmes financiers qui pouvaient entraîner un licenciement économique, le vice-président du conseil de l’entreprise révèle que la loi aurait aussi été violée.

En s’appuyant sur le code du travail en son article 18, ce représentant des employés fait savoir que l’employeur qui envisage de licencier plusieurs membres de son personnel pour des raisons économiques doit préalablement en informer par écrit le conseil d’Entreprise ou à défaut les représentants des travailleurs pour entendre leurs avis et suggestions sur les mesures appropriées à prendre. Chose qui n’a pas été pas faite.

De surcroît, les employés n’ont pas reçu de préavis leur permettant de mieux préparer leur départ. Pour se dispenser de donner un préavis, on aurait dû accorder aux travailleurs une indemnité compensatrice. « C’est un licenciement abusif. Nous n’avons perçu ni indemnités ni arriérés de salaire et heures supplémentaires». Il tient à préciser que la Sogestal leur doit plus de 1, 3 milliard BIF.

Ce représentant des employés a demandé à l’Etat, actionnaire principal avec 68%, de les établir dans leurs droits. Ces derniers demandent le paiement des arriérés de salaires et des heures supplémentaires prestées depuis 2015. En outre, ils réclament l’indemnisation pour le licenciement abusif. L’Etat doit également rembourser les prêts consentis et les intérêts de retard. Enfin, régulariser les employés licenciés alors qu’ils devaient aller en retraite cette année. Le cas échéant, ces employés font savoir qu’ils se pourvoiront en justice.

L’indemnisation n’est pas pour demain

Déo-Guide Rurema : « Cette question sera résolue après la campagne café 2020-2021.»

Lors d’un point de presse animé, mercredi 18 mars, par le ministre de l’Environnement, Déo-Guide Rurema, celui-ci a répondu que régulariser les employés licenciés n’est pas, pour l’heure, la priorité du gouvernement. « L’urgence est de trouver la solution aux problèmes auxquels font face les caféiculteurs. Cette question sera résolue après la campagne café 2020-2021».

Par ailleurs, il rappelle que le ministre des Finances, via une correspondance, leur a notifié que la Sogestal est au bord du gouffre. Et de soutenir que ces employés avaient répondu qu’ils ne pouvaient pas continuer à travailler dans ces conditions.

D’un côté, le ministre Déo-Guide Rurema a précisé que l’Etat n’est pas le seul actionnaire qui indemnisera ces employés. Il suggère plutôt à ces employés de réclamer leurs indemnités auprès du conseil d’administration de la Sogestal, leur employeur.

De l’autre, le ministre de l’Environnement fait savoir que l’Etat n’est pas prêt à débloquer l’argent. «Il faut d’abord une évaluation pour voir l’argent dépensé par les autres actionnaires. Car l’Etat a déjà décaissé plus de 41 milliards». Après, conclut-il, la vérité éclatera au grand jour.

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