Mercredi 11 février 2026

Société

Réseaux sociaux : de vecteur de haine à outil de lutte

11/02/2026 0
Réseaux sociaux : de vecteur de haine à outil de lutte
Abbé Dieudonné Niyibizi : « Au lieu de propager la haine, ces espaces peuvent encourager le dialogue, le retenue et la compréhension »

À l’heure où les réseaux sociaux occupent une place majeure dans l’espace public, ils sont aussi devenus un terrain de propagation des messages haineux. Néanmoins, ces plateformes peuvent également constituer des outils efficaces pour signaler, limiter et détruire ces discours nocifs qui circulent en ligne.

« On dirait que les gens se sentent plus à l’aise derrière un écran pour dire des choses qu’ils n’oseraient jamais dire en face à face », témoigne Désiré Ncuti, un jeune de 28 ans habitant le quartier Nyakabiga.

Pour lui, c’est triste de voir à quel point les gens sont virulents sur la toile. Il se dit dégoûté de voir comment les réseaux sociaux sont devenus un terrain fertile pour la haine.

Alain Irakoze, un jeune de 25 ans, explique que, sur notamment Facebook et X (ancien Twitter), de nombreux internautes publient des commentaires négatifs. Parmi les propos qu’il dit avoir souvent lus figurent des expressions telles que : ivyo bisuma vy’Imbonerakure (ces bandits Imbonerakure), nta ciza cova mu Banyabururi (rien de bon ne peut émaner des gens de Bururi).

M. Ncuti estime qu’il est urgent de prendre conscience de l’impact des messages haineux qui circulent sur les réseaux sociaux. Selon lui, le respect des autres doit primer, même en cas de désaccord, car, les messages de haine ne font qu’alimenter les divisions.

Selon Hervé Iradukunda, chef de service du community management à Yaga, certaines personnes se cachent derrière l’anonymat qu’offrent les réseaux sociaux pour proférer des insultes, tenir des propos provocateurs ou s’attaquer directement à tel ou tel autre groupe.

Pour lui, bien que certains s’en servent comme un outil pour diffuser des discours de haine, il est tout à fait possible d’utiliser ces mêmes plateformes pour lutter contre ces discours en mettant en place, par le responsable de la page, une modération active, qui rappelle les auteurs à un échange respectueux et masquer les propos haineux lorsque cela va trop loin.

« Christian Nsavye : plutôt que de se livrer à des compétitions ou de s’opposer à d’autres artistes, ils peuvent utiliser les réseaux sociaux pour sensibiliser le public, encourager à ne pas relayer la haine et à promouvoir des messages de paix et d’amour. »

Pour Christian Nsavye, artiste chanteur burundais, la diffusion des messages haineux sur les réseaux sociaux est une réalité croissante. Face aux injures et aux attaques, la première forme de régulation vient des autres internautes, qui prennent parfois la défense de la personne ciblée et lorsque c’est possible, le recours à la justice peut aussi être envisagé pour sanctionner ces comportements.

M. Nsavye explique que les artistes et influenceurs ont un rôle important dans la lutte contre la prolifération des messages de haine puisque ce sont des personnes qui sont suivies par des millions de gens. Selon lui, plutôt que de se livrer à des compétitions ou de s’opposer à d’autres artistes, ils peuvent utiliser les réseaux sociaux et les interviews pour sensibiliser le public, encourager à ne pas relayer la haine et à promouvoir des messages de paix et d’amour. Il s’agit aussi de conseiller et d’aider les fans à décoder les messages codés ou haineux afin que le public apprenne à consommer l’information de manière critique et responsable. Les journalistes, en tant qu’influenceurs, peuvent également contribuer à cette éducation.

Réfléchir avant de publier

Selon Chartier Niyungeko, expert en gestion pacifique des conflits, certaines personnes utilisent les réseaux sociaux comme un moyen d’exprimer leurs sentiments, surtout lorsqu’elles se sentent vexées. La diffusion de messages haineux vise toujours différentes parties prenantes, en particulier des groupes sociopolitiques actifs ou concernés.

Cela entretient des tensions et renforce la stigmatisation entre groupes sociopolitiques. Selon lui, les personnes qui s’estiment sentent ciblées peuvent se sentir vexées, harcelées ou violentées. Ce qui engendre des tensions entre les groupes et des comportements d’auto-défense pouvant conduire à la violence.
« Il suffit qu’il y ait ce que nous appelons souvent des facteurs déclencheurs, pour qu’il y ait une phase qui est très pertinente qu’on appelle crise ouverte, où les gens concernés usent de la violence physique. »

Pour lui, les utilisateurs des réseaux sociaux doivent éviter de diffuser des sentiments ou des idées négatifsfs qui incitent à la haine, à la division ou à la guerre.
Il faut plutôt partager des messages rassembleurs qui encouragent la vie communautaire, la vie de tolérance, la diversité.

Il souligne qu’avant de publier sur un réseau social, il est important de réfléchir sur le contenu du message, qui le lira et quel effet il produira. « Chaque message peut marquer et influencer ceux qui le reçoivent. »

Les réseaux sociaux comme levier d’une communication pacifique

Selon l’abbé Dieudonné Niyibizi, expert en communication, les réseaux sociaux peuvent servir vraiment de lieu où on promeut une cohabitation pacifique.
« La première attitude consiste à détecter les messages de haine, d’incitation à la violence et les déconstruire par le signalement (le fait de prévenir les plateformes qu’un contenu pose problème) ». Pour lui, à travers les réseaux sociaux, les utilisateurs, ou toute personne faiseur d’opinion, peuvent engager des campagnes de conseils à ceux qui profèrent ces messages en publiant des postes pour la promotion des messages de paix. « Les utilisateurs peuvent engager des débats sur les bienfaits, la retenue de la tolérance religieuse et politique, de la compréhension des limites de l’autre. »

Il estime aussi que les réseaux sociaux peuvent être utilisés comme des outils de paix en diffusant des témoignages positifs et en créant des communautés engagées pour une communication tolérante et non violente, une communication qui comprend l’autre plutôt que de le détruire en ligne. Au lieu de propager la haine, ces espaces peuvent encourager le dialogue, la retenue et la compréhension.

Abbé Niyibizi souligne qu’autant on peut utiliser les réseaux sociaux pour disséminer ou proférer des messages de haine, autant on peut utiliser l’espace de ces mêmes réseaux pour une communication de masse pour la paix. « Si déjà on pouvait commencer par ça, ce serait une forme d’éducation à la paix qu’on aura engagée et qui pourrait profiter à la société et surtout dans des moments de fortes turbulences politiques. »

Rappelons que la loi n° 1/10 du 16 mars 2022 prévient et réprime la cybercriminalité.

Charte des utilisateurs des forums d'Iwacu

Merci de prendre connaissances de nos règles d'usage avant de publier un commentaire.

Le contenu des commentaires ne doit pas contrevenir aux lois et réglementations en vigueur. Sont notamment illicites les propos racistes, antisémites, diffamatoires ou injurieux, appelant à des divisions ethniques ou régionalistes, divulguant des informations relatives à la vie privée d’une personne, utilisant des œuvres protégées par les droits d’auteur (textes, photos, vidéos…) sans mentionner la source.

Iwacu se réserve le droit de supprimer tout commentaire susceptible de contrevenir à la présente charte, ainsi que tout commentaire hors-sujet, répété plusieurs fois, promotionnel ou grossier. Par ailleurs, tout commentaire écrit en lettres capitales sera supprimé d’office.

Ajouter un commentaire

Votre adresse e-mail ne sera pas publiée. Les champs obligatoires sont indiqués avec *

A nos chers lecteurs

Nous sommes heureux que vous soyez si nombreux à nous suivre sur le web. Nous avons fait le choix de mettre en accès gratuit une grande partie de nos contenus, mais une information rigoureuse, vérifiée et de qualité n'est pas gratuite. Nous avons besoin de votre soutien pour continuer à vous proposer un journalisme ouvert, pluraliste et indépendant.

Chaque contribution, grande ou petite, permet de nous assurer notre avenir à long terme.

Soutenez Iwacu à partir de seulement 1 euro ou 1 dollar, cela ne prend qu'une minute. Vous pouvez aussi devenir membre du Club des amis d'Iwacu, ce qui vous ouvre un accès illimité à toutes nos archives ainsi qu'à notre magazine dès sa parution au Burundi.

Editorial de la semaine

Des journalistes malentendants ?

La dernière sortie médiatique de l’Ombudsman après la présentation de son rapport à l’hémicycle de Kigobe continue d’interroger. L’Ombudsman a clairement exprimé ses craintes face aux menaces et chantages auxquels elle est confrontée lorsqu’elle traite de dossiers sensibles, notamment ceux (…)

Online Users

Total 2 952 users online