D’après le directeur de l’ETS Kwibuka, l’un des deux écoles à régime d’internat qui se trouvent sur la colline Rukoba, l’heure est à l’angoisse financière. Cette rupture entraine en effet des dépenses colossales qui n’étaient pas prévues dans le budget de l’école.
« Chaque jour, c’est un combat. Nous devons débourser entre 50 et 100 000 FBu pour acheter au moins 50 bidons d’eau », confie, dépité, le directeur Gérard Nibigira. D’après cette autorité, ces sommes astronomiques ne couvrent que le strict minimum : la cuisson des aliments. « Nous n’avons plus les moyens de garantir la propreté des dortoirs et des salles de classe. La priorité est que les élèves mangent. Mais, ce sera pour combien de temps ? », s’interroge-t- il.
La tension monte d’un cran entre l’administration de l’école et les élèves. Face à l’épuisement des ressources, la Direction a tenté de proposer aux élèves de puiser l’eau eux-mêmes après les cours. La réponse fut un non catégorique. Ils invoquent leur droit à l’éducation et la fatigue liée aux études.
Cette impasse force la Direction à envisager des mesures radicales comme la suppression du petit déjeuner. Sans eau pour préparer la bouillie matinale, les élèves pourraient entamer leurs journées le ventre vide, une situation qui entamerait directement la concentration et la réussite scolaire.
Les centres de santé de la localité ne sont pas non plus épargnés. Aline Mugisha, titulaire du Centre de santé Mariya Mwiza fait savoir que l’achat de l’eau par bidon occasionne un grand manque à gagner dans cette structure de soin qui est par ailleurs la seule sur la colline Rukoba.
« Nous faisons tout ce qui est possible pour que le centre soit propre. Mais, à la longue, je doute que nous serons confrontés à un grand problème surtout que nous devons donner l’exemple en matière de propreté ».
La crise frappe aussi les ménages. Pour les pères et les mères de familles de Rukoba, la vie quotidienne est devenue un parcours du combattant. Le budget familial, déjà fragile, est amputé par l’achat de l’eau au détail.
« On ne lave plus les vêtements comme avant. On économise chaque goutte. Même pour cuisiner, c’est devenu un calcul permanent », raconte une mère de famille rencontrée près du chantier du pont.
Penser à la survie des habitants
Cette pénurie d’eau entraîne une dégradation visible de l’hygiène avec le retour des maladies cutanées et des diarrhées chez les plus jeunes. Pour la population, le constat est sans appel. Si la construction du pont est une nécessité pour le désenclavement de la zone, elle ne peut pas se faire au détriment de la survie de ses habitants. Les responsables d’établissements scolaires à régime d’internat, les chefs de ménages et le personnel soignant lancent un cri d’alarme commun aux autorités municipales de Gitega et à la Regideso pour une solution urgente.
Malheureusement, l’espoir d’un rétablissement rapide ne pointe pas à l’horizon. Selon des sources proches du chantier du pont, les travaux de génie civil sont en effet loin d’être achevés. Ce qui laisse craindre une pénurie durable.
Pour plus d’informations, nous n’avons pas pu trouver le chef de chantier en vue de savoir dans combien de temps l’eau pourra de nouveau couler dans les robinets.