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Au Coeur du Pays/Commune Bugendana : Des défis structurels freinent l’élan des jeunes et des femmes pour le développement

Dans la commune Bugendana, les jeunes et les femmes tentent de se frayer un chemin dans un environnement économique difficile. À travers leurs témoignages on décèle des défis structurels qui nécessitent des réponses urgentes. Parmi les défis figurent des problèmes de financements, la précarité des Batwa et les VBG.

Par Jérémie Misago, Fabrice Manirakiza, Jean Noël Manirakiza et Alexandrine Ndayishimiye

Les Batwa de Mwurire interpellent les autorités

Sur la colline Mwurire de la commune Bugendana en province de Gitega, les Batwa sont pour la plupart sans terre, sans accès à l’éducation et victimes de préjugés tenaces. D’autres n’ont pas de serviettes hygiéniques menstruelles. Ils lancent un appel au gouvernement afin de bénéficier d’un soutien adapté à leurs besoins.

Des centaines de familles Batwa vivent dans une précarité extrême malgré les promesses d’un Burundi émergent en 2040 et pays développé en 2060. Les huttes en paille et en boue témoignent de leur mauvais quotidien vécu. Pour Souavis Nahimana, une mère de cinq enfants, le combat est permanent. « Le plus difficile, ce n’est pas la chaleur, c’est le vide dans les assiettes lié à l’absence des terres à cultiver. », confie-t-elle.

Dans leurs abris de fortune, une seule pièce sert à tout : cuisiner, dormir, vivre. « Nous dormons tous ensemble », explique Concessa Hakizimana, une voisine de Mme Nahimana. Ses mains calleuses sont un signe d’une vie de labeur au service des autres. Chaque matin, elle se rend dans les champs appartenant à des exploitants influents pour gagner entre 3 000 et 4 000 francs burundais par jour. « On nous traite de fainéants. Mais, qui accepterait de travailler aussi dur pour un salaire qui ne paie même pas un kilo de riz ? », s’indigne-t-elle.

On a la force de travailler mais, …

À Mwurire, environ 300 familles batwa vivent confinées dans des espaces exigus, sans possibilité d’exploiter leurs propres champs.
Le prénommé Jean, 24 ans, incarne une jeunesse qui refuse désormais le silence. Contraint d’abandonner l’école faute de moyens, il survit aujourd’hui en coupant de l’herbe dans des propriétés privées pour la revendre. Une activité risquée. « Je cours dans les buissons pour échapper aux gardiens. Est-ce cela être Burundais ? », lance-t-il avec amertume.

Pour lui, les promesses de redistribution foncière n’ont jamais dépassé le stade des discours. « On nous dit qu’il n’y a plus de terres domaniales. Pourtant, chaque saison, on voit des champs exploités par des gens influents », déplore-t-il.

Marceline Nzokwa, veuve âgée d’une soixantaine d’années et mère de sept enfants, vit dans cette localité. Elle témoigne des conditions précaires dans lesquelles elle vit. Selon elle, chaque fois qu’il pleut, elle passe des nuits blanches à cause de sa maison en paille, qui laisse entrer l’eau.

« Nous faisons face à un sérieux problème de logement sur ce site des Batwa. Seules quelques maisons en tôle ont été construites. Cela remonte à plusieurs années. On nous qualifie souvent d’“Abasangwabutaka”, autochtone. Mais, en réalité, nous sommes ceux qui en manquent le plus. »

Adidja Nahimana, également résidente de cette localité, partage les mêmes préoccupations que Marceline Nzokwa. Selon elle, l’accès à la terre à cultiver reste un défi majeur pour leur communauté et nécessite une intervention des autorités.

« Nous avons la force de travailler la terre mais, nous cultivons pour le compte d’autres personnes afin de pouvoir manger ou subvenir à nos besoins. Nous devrions avoir nos propres champs et récolter comme les autres. Nous disposons à peine de petits espaces pour ériger nos maisons en paille. Nous demandons à l’administration de nous attribuer des terres à cultiver, car nous savons qu’il existe encore des espaces disponibles dans notre localité. »

L’école, un luxe inaccessible

À Mwurire, la pauvreté chez les Batwa se transmet de génération en génération. L’éducation, censée briser ce cycle, reste hors de portée pour de nombreux enfants. Faute de nourriture, de vêtements ou de matériel scolaire, beaucoup abandonnent rapidement le banc de l’école.

Dès le plus jeune âge, les enfants participent plutôt aux activités de survie. Certains accompagnent leurs mères pour collecter de la litière ou de l’argile. « Si on ne le fait pas, on ne mange pas », explique la prénommée Josiane, 13 ans, rencontrée dans un champ où elle coupait de l’herbe avec d’autres enfants.

A cela s’ajoutent des discriminations persistantes. Les membres de la communauté Batwa dénoncent les préjugés dont ils sont victimes. « On nous traite de paresseux alors que ce sont nos bras qui travaillent le plus », affirme un ancien du groupe.

Chanciella Igiraneza a un rêve brisé. Cette jeune fille de 15 ans a abandonné les études étant en 4e année primaire. « Mes parents sont dans l’incapacité de m’acheter des cahiers, car ils sont pauvres. »

Mlle Igiraneza n’a pourtant pas perdu l’espoir de retourner à l’école. « Je demande aux bienfaiteurs de me procurer des cahiers, de l’uniforme et des chaussures. J’aimais aller à l’école, mais on manque de tout à la maison. »

Pour aider à subvenir aux besoins de la famille, cette jeune fille, comme par ailleurs tous les autres jeunes batwa de sa colline Mwurire, passe toute la journée à chercher des herbes pour nourrir du bétail. « Nous vendons un tas d’herbes à 7 000 BIF. Cela nous permet d’aider nos parents et d’acheter ce dont toute jeune fille a besoin. Mais, on aimerait retourner sur le banc de l’école. Notre place est à l’école. »

Outre le manque de terres et de logements décents, certaines femmes et jeunes filles de cette localité dénoncent également l’insuffisance de serviettes hygiéniques pendant les périodes menstruelles. Une situation qui les expose à des risques sanitaires, notamment des infections vaginales.

Agnès Muhimbare, une jeune fille de la localité de Mwurire, témoigne des difficultés qu’elle rencontre pendant ses périodes menstruelles. « Les serviettes hygiéniques sont très chères. Pendant mes règles, j’utilise de petits morceaux de pagne. Ce n’est pas facile car, ils ne sont pas toujours propres. Ce qui me cause parfois des infections. Il m’arrive souvent de ressentir des démangeaisons au niveau des parties intimes pendant et après les menstruations, signe que je souffre d’infections. Je ne suis jamais allée à l’hôpital car, ma mère me dit souvent que cela finira par passer. »

Peniella Bikorimana : « Nous demandons aux bienfaiteurs de nous fournir des serviettes hygiéniques. »

Peniella Bikorimana vit une situation similaire. Selon elle, le manque de serviettes hygiéniques, combiné à l’insuffisance de matériel scolaire, complique la poursuite des études pour de nombreuses jeunes filles de la localité. Elle lance un appel à l’administration ainsi qu’aux bienfaiteurs afin qu’ils leur viennent en aide.
« Nous avons besoin d’aide. Le gouvernement devrait nous soutenir. Nous demandons également aux bienfaiteurs de nous fournir des serviettes hygiéniques, au moins celles qui sont lavables. Cela nous serait d’une grande aide. »

Des promesses sans lendemain

Malgré les engagements affichés au sommet de l’État en faveur des Batwa, les habitants de Mwurire disent ne voir aucun changement concret. Les campagnes d’enregistrement se multiplient mais leurs résultats tardent.
« Chaque année, on nous enregistre, on nous promet des maisons, des terres, du bétail… puis, plus rien », témoigne un habitant.


Entre résilience et épreuves, les femmes de Bugendana refusent de baisser les bras

Dans la commune Bugendana, les femmes s’organisent de plus en plus en coopératives pour améliorer leurs conditions de vie. Malgré cette dynamique encourageante, elles restent confrontées à de nombreux obstacles, notamment l’abandon conjugal, les grossesses précoces, les conflits familiaux et les difficultés dans le secteur agricole.
Capitoline Kiyunzuguru : « Les femmes doivent comprendre qu’elles sont les piliers du développement »

Capitoline Kiyunzuguru, une femme d’une quarantaine d’années, résidant dans le quartier Rwingiri, zone Bitare, en commune Bugendana, est cultivatrice et mère de six enfants. Elle affirme que le développement de la femme dans sa localité connaît une évolution positive même si de nombreux défis persistent. « Actuellement, les femmes se regroupent en coopératives et en associations d’épargne et de crédit. Présentement, je reviens tout juste d’une réunion de notre association appelée “Twitezimbere” »

Elle souligne que l’abandon des familles par les maris est un phénomène très récurrent dans sa localité. Ce qui freine considérablement le développement de nombreuses familles. Elle confie également avoir été elle-même victime de cette situation, son mari étant parti s’installer à Bujumbura.

« Avant, il faisait le commerce des boissons prohibées appelées “Kanyanga”. Ensuite, il est parti à Bujumbura à la recherche du travail. Après avoir gagné de l’argent, il s’est remarié avec une autre femme. Cela fait maintenant huit ans qu’il n’est jamais revenu ici. Je m’occupe seule de nos enfants, en prenant en charge leur scolarité et tous les autres besoins familiaux, sans aucune aide. »

Mme Kiyunzuguru appelle les autres femmes à se lever et à se regrouper au sein des coopératives afin de se développer tant sur le plan financier qu’intellectuel. Elle insiste sur le rôle central de la femme dans le développement des familles et de la communauté.
« Les femmes doivent comprendre qu’elles sont les piliers du développement. Lorsqu’elles s’unissent, la production augmente. J’encourage toutes celles qui ont été abandonnées par leurs maris ou qui traversent des moments difficiles à se relever et à prendre un nouveau départ. »
Espérance Ndizeye est une jeune femme de 35 ans et mère de 4 enfants. Elle est cultivatrice et vendeuse de la bière de sorgho au centre Makaba. Elle confie que cette activité fait vivre sa famille depuis 12 ans.

« Cela nous permet de nous procurer du sel et de l’huile de palme sans quémander. Les cahiers et les uniformes de nos enfants proviennent de cette vente. Elle couvre une majeure partie des besoins de la famille. »

Carence des engrais Fomi

Comme cultivatrice, Mme Ndizeye déplore la carence des engrais chimiques de Fomi. « La saison culturale passée, nous avons attendu les engrais chimiques en vain alors que nous avions payé depuis plus d’une année. Du coup, la production du maïs a été très mauvaise cette saison. » D’après elle, avec l’utilisation de l’urée, elle pouvait récolter 3 ou 4 sacs de 100 kg de maïs, car elle exploite une petite propriété. « Cette saison, je n’ai pas pu remplir un sac. Nous exhortons les responsables de ce secteur de nous envoyer l’Urée à temps afin de produire suffisamment et d’avoir de quoi manger. Sinon, nous risquons de mourir de faim. »

Caroline Munezero, cultivatrice dans la localité de Bugendana revient aussi sur le secteur agricole qui fait face au défi des fertilisants. Elle indique que les récoltes s’annoncent moins abondantes que les années précédentes.

« Lors de la saison passée, je n’ai pas eu suffisamment de fertilisants. Ce qui a fortement réduit ma production de maïs. J’ai récolté seulement quatre sacs sur un champ où j’en obtiens habituellement le double. Jusqu’à présent, une partie des fertilisants que j’ai commandés et payés la totalité ne m’a toujours pas été livrée. »

Elle appelle les autorités à trouver une solution durable à cette pénurie. « J’ai entendu à la radio que le problème est d’ordre national. J’aimerais que les autorités prennent des mesures, car l’agriculture est un secteur vital : la majorité des Burundais en dépend pour se nourrir et vivre. »

Des grossesses non désirées

Chanella Ngendakumana, originaire de la même localité, est une jeune fille d’une vingtaine d’années. Elle souligne quant à elle qu’un autre problème majeur dans sa communauté est la multiplication des grossesses non désirées ainsi que l’abandon scolaire chez les jeunes filles.

« Certaines filles se laissent attirer par l’argent des hommes. Elles acceptent souvent des lifts de la part des motards. J’ai trois amies qui sont tombées enceintes alors qu’elles étaient encore sur le banc de l’école. D’autres abandonnent les études pour aller chercher du travail en ville. Ces dernières m’appellent souvent pour que je les rejoigne, mais je reste catégorique : je veux continuer mes études. D’ici deux ans, je serai diplômée. Je dois aller jusqu’au bout », affirme-t-elle avec détermination.

Elle encourage les jeunes filles à aimer les études et à faire preuve de détermination. « Les filles doivent être fortes pour surmonter tous les défis mentionnés. Je les encourage à poursuivre leurs études et à travailler dur afin de gagner leur propre argent. »

L’abandon conjugal, un frein au développement des familles

Stellie Nshimirimana : « Je demanderais aux autorités de multiplier les campagnes de sensibilisation à l’intention des hommes »

Stellie Nshimirimana, résidente de la zone Butonganirwa en commune Bugendana, salue la participation croissante des femmes dans les coopératives et les associations d’épargne et de crédit au sein de sa localité. Elle estime que cet engagement répond à l’appel lancé aux femmes de se prendre en charge et de contribuer activement au développement. « Les femmes ont entendu l’appel de la Première dame qui les a encouragées à se relever. Elles sont capables de s’organiser et de contribuer à l’amélioration de l’économie des ménages, même si les défis restent nombreux. »

Toutefois, elle confie avoir été elle-même victime d’abandon conjugal, une situation qui a profondément fragilisé son parcours. « Mon mari gaspille les ressources de la famille. Lorsque je tentais de l’en empêcher, sa famille m’accusait de ne pas être une bonne épouse. Après 17 ans de mariage, ils ont finalement décidé de me chasser avec mes quatre enfants. Il travaillait comme maçon à Bujumbura, où il a pris la décision de se remarier. C’est à ce moment-là que sa famille m’a expulsée du foyer. Cette situation a freiné notre évolution alors que nous étions sur une bonne lancée en matière de développement. »

Mme Nshimirimana affirme également que les conflits familiaux sont à l’origine d’une augmentation des cas de suicide dans sa localité. Elle appelle les autorités à renforcer les actions de sensibilisation, en particulier à l’endroit des hommes.

« Je demanderais aux autorités de multiplier les campagnes de sensibilisation à l’intention des hommes. Certains consomment des boissons fortement alcoolisées. Ce qui les pousse à adopter des comportements destructeurs au sein des familles. Les autorités doivent s’impliquer, car une commune ne peut pas se développer dans un contexte de conflits familiaux. Le développement commence d’abord au sein des ménages avant de se refléter au niveau de la commune. »

Malgré des avancées, les violences faites aux femmes subsistent

Une leader communautaire de la zone Bitare en commune Bugendana témoignage sous anonymat que le quotidien des femmes reste marqué par des violences persistantes et une précarité économique préoccupante.

Elle évoque des cas récurrents de violences faites aux femmes, souvent aggravés par des conditions de vie difficiles. « La précarité expose davantage les femmes à différentes formes de violences, qu’elles soient physiques, économiques ou psychologiques », confie-t-elle. Elle souligne que le manque de ressources et de soutien fragilise les victimes, les empêchant parfois de dénoncer les abus.

Selon elle, ces violences s’inscrivent dans un contexte plus large de vulnérabilité sociale où les défis économiques accentuent les tensions au sein des ménages. « Quand les conditions de vie sont difficiles, les conflits familiaux deviennent plus fréquents, et ce sont souvent les femmes qui en subissent les conséquences », explique-t-elle.

Malgré ce tableau préoccupant, cette leader communautaire tient à saluer les initiatives entreprises par les autorités de la commune. Elle note notamment des actions de sensibilisation, d’accompagnement des victimes et des efforts pour renforcer la cohésion sociale. « Les autorités de Bugendana ne restent pas indifférentes. Elles cherchent des solutions et se rapprochent de la population pour comprendre les problèmes », affirme-t-elle.

Ces interventions, bien que jugées encourageantes, doivent, selon elle, être renforcées et soutenues dans la durée. Elle appelle à une mobilisation plus accrue de tous les acteurs-autorités, organisations locales et communauté- pour lutter efficacement contre les violences faites aux femmes et améliorer les conditions de vie.


Des jeunes face au manque de financements

À Bugendana, les jeunes s’engagent dans l’entrepreneuriat mais ils font avec des obstacles structurels qui freinent leur participation effective au développement socio-économique local. Parmi les contraintes majeures figurent notamment le manque de financements, la faible connaissance des dispositifs publics d’appui ainsi que les coupures d’électricité.
Mélance Nsengiyumva, un jeune menuisier, demande du soutien financier pour mieux participer au développement

La majorité des jeunes de Bugendana disposent d’idées entrepreneuriales, souvent orientées vers l’agriculture, l’élevage ou le petit commerce. Toutefois, l’absence de capital de démarrage constitue un verrou majeur.

Mélance Nsengiyumva est un jeune menuisier de Makaba qui fait ce métier depuis 12 ans. Il fabrique toutes sortes de meubles : lits, divans, garde-robes, portes, fenêtres, etc. « Ce métier me permet de faire vivre ma famille. Je peux avoir entre 300 et 400 mille BIF par mois et même plus lorsque les affaires marchent bien. »

Il souligne toutefois qu’il rencontre beaucoup de défis dans l’exercice de son métier. « Parfois, les clients rechignent à payer la commande, ce qui est à la source de plusieurs conflits. De plus, j’ai un problème de capital. On s’adresse aux banques, mais elles demandent un taux d’intérêt très élevé. C’est un handicap majeur pour les jeunes entrepreneurs. C’est très difficile de se développer. » Il demande aux institutions bancaires de revoir à la baisse leurs taux d’intérêt.

Ce jeune entrepreneur fait savoir qu’il collabore harmonieusement avec les administratifs nouvellement élus dans sa circonscription. « Ils nous aident à régler les conflits avec nos clients. » Quant aux députés et sénateurs élus dans la province de Gitega, M. Nsengiyumva indique qu’en cas de nécessité, ils viennent discuter avec la population concernant les projets de développement.

Richard Manirambona, 27 ans, est coiffeur au centre Makaba depuis 8 ans. « Au début, je travaillais pour une autre personne. Petit à petit, j’ai rassemblé un capital et par après, j’ai ouvert mon propre salon de coiffure. Aujourd’hui, je peux subvenir aux besoins de ma famille sans problèmes. »

Comme principal défi, il évoque les coupures répétitives du courant électrique. « Pendant les fêtes, nous avons beaucoup de clients. Mais, on peut passer toute une journée sans électricité. C’est un manque à gagner énorme. Nous demandons à la Regideso de disponibiliser l’électricité dans la commune Bugendana. »

Concernant la collaboration avec les dirigeants élus et les représentants du peuple nouvellement élus, le jeune Manirambona trouve que, de son côté, ça marche bien. « Je ne sais pas pour les autres citoyens de Bugendana. »
Le coiffeur fait savoir qu’il n’a pas encore eu la chance de bénéficier d’un financement de la part de PAEEJ. « Cette institution doit être aux côtés des jeunes pour expliquer la procédure à suivre. Certains d’entre nous n’ont aucune information sur ce projet. »


Interview avec Melchiade Ciza, administrateur de la commune Bugendana : « Malgré les défis, la population est au travail pour le développement »

Cohabitation des partis politiques ; projets de développement déjà réalisés ; situation de l’éducation, de la santé et des VBG, Melchiade Ciza, administrateur de la commune Bugendana donne l’état des lieux.


Qu’est-ce qui fait vivre la population de la commune Bugendana ?

Les habitants de notre commune vivent essentiellement de l’agriculture, de l’élevage ainsi que du petit commerce. Parmi eux, il y a de grands commerçants qui importent et exportent des marchandises. Certains commercialisent la production de maïs et de haricot dans d’autres communes ou provinces.

Quelle est la provenance des finances communales ?

Notre commune fonctionne par des taxes et impôts provenant du surplus de la production de la population vendu sur le marché, les appuis des partenaires techniques et financiers car ils soutiennent des projets de développement communautaire.

L’agriculture fait face à un défi de taille : le retard et le manque d’engrais Fomi. Quelle est la situation dans votre commune ?

C’est une question difficile et sérieuses qui concerne toutes les communes du pays. Beaucoup d’agriculteurs conservent toujours leurs jetons de paiement et attendent désespérément la disponibilité des fertilisants. Nous saluons la population qui a su faire face à cette situation en utilisant un peu de fumier organique provenant de leur petit bétail. Quand le gouvernement envoie les quantités disponibles, nous essayons de servir la population.

La culture du riz a été touchée. Dans les marais, les champs ne sont pas bons. La production sera durement affectée cette année. Il est souhaitable que l’engrais soit disponible dans des délais raisonnables pour espérer une bonne production.

Avec la stabulation permanente du bétail, certains dénoncent une diminution du cheptel. Bugendana en est-elle aussi victime ?

Je ne pense pas que la stabulation permanente ait provoqué la diminution du cheptel. Il faut chercher la cause ailleurs. En commune Bugendana, cette mesure n’a pas fortement affecté le secteur de l’élevage. Les éleveurs en étaient habitués. Nous sensibilisons la population à multiplier et à diversifier le petit bétail. Ce qu’elle fait bien. Les résultats d’une enquête y relative montrent que nous avons plus de 16 mille vaches, près de 35 mille porcs et plus de 86 mille poules. Nous avons également 25 mille lapins ainsi que 38 mille chèvres. Vous comprenez que l’élevage en commune Bugendana se porte bien car la population a compris que la stabulation permanente n’est pas un problème.

Certains dénoncent l’insalubrité dans l’abattoir de Bugendana et son exiguïté. Y’aurait-il de projet pour un abattoir moderne ?

La commune Bugendana est connue pour ses vaches et leurs viandes. Même actuellement, on peut se procurer de la viande dans notre commune. C’est vrai que nous avons un problème d’abattoir qui ne peut même pas accueillir trois vaches. Concernant la propreté, on n’avait un problème de manque d’eau. Mais, maintenant, l’eau est disponible.

Un grand projet de construction d’un abattoir moderne existe. Avec l’appui de l’organisation PRODER, il sera construit sur la Colline Mwurire à Makaba. Un processus de recrutement pour des études techniques de faisabilité a été lancé et les études ont été menées. Une route va être tracée pour faciliter l’accès. Des responsables de l’environnement ont visité les lieux et les sources d’eau pour alimenter cet abattoir déjà identifiés. Je salue aussi le soutien des natifs de la colline. Très prochainement, le projet sera réalisé.

Quelle situation dans le secteur de l’éducation ?

Je dirais que le secteur de l’éducation se porte bien dans notre commune. C’est la deuxième commune en termes du nombre d’écoles après la commune Gitega. Les habitants ont compris l’importance de la scolarisation de leurs enfants. Pourtant, il y a des défis notamment le nombre d’abandons scolaires surtout dans les classes de 5e et 6e fondamentale. Ils sont manipulés par des gens qui partent avec eux en Tanzanie. Des enfants quittent l’école à l’insu des parents. Cela pose un problème dans notre commune. Nous essayons, en collaboration avec les forces de sécurité, de combattre ce phénomène. La mutualisation des efforts dans la sensibilisation permet de maintenir les enfants à l’école.

Il y a un problème récurrent de l’insuffisance des bancs-pupitres dans beaucoup de communes. Qu’en est-il dans votre commune ?

La commune Bugendana n’est pas épargnée. Nous saluons l’initiative du gouvernement qui a pris cette problématique à bras le corps. Il a prévu une ligne budgétaire pour la fabrication et l’achat des bancs-pupitres. Il a donné une autorisation pour exploiter les plantations d’arbres pour la fabrication de ces équipements. Des fonds destinés à cet effet ont été rendus disponibles. Le processus des marchés publics a été engagé et clôturé. Le travail de fabrication des planches est en cours.

Selon une évaluation faite, la commune Bugendana a besoin de 1 729 bancs-pupitres. Elle a reçu un fonds de cent millions cinquante six mille qui va être utilisé en deux temps. Nous allons couper des arbres dans une superficie de six hectares subdivisés en trois groupes. C’est notamment deux hectares pour la fabrication des bancs-pupitres, deux hectares pour des planches à vendre dont les fonds vont être versés au compte du trésor. Deux hectares de plantations vont être vendus en l’état et le gagnant du marché versera les fonds au compte du trésor.

Vous allez utiliser les plantations d’arbres disponibles. Y-a-t-il un projet pour les remplacer ?

Dans ce projet de valorisation des plantations d’arbres veilles, il est prévu la plantation de cinq arbres pour chaque arbre abattu.
Quels sont les projets en cours et d’autres finalisés

La commune comprend plusieurs rivières. On a alors besoin de plusieurs ponts. Nous avons construit plusieurs ponts pour faciliter la communication entre les collines. Nous avons également mis en place des adductions d’eau potable car, la commune Bugendana fait face à un problème d’eau potable. Ce n’est pas encore suffisant mais on continue.

Nous avons construit deux écoles de trois salles de classe sur la colline Muzenga, zone Gitongo. Une autre a été construite sur la colline Kabuye dans Mutoyi en collaboration avec une organisation italienne partenaire. A la rentrée en septembre prochain, cette école aura neuf salles de classe.

Nous prévoyons de mener des sensibilisations pour la multiplication et le développement du café. Nous voulons que les terres domaniales des écoles et de l’administration contiennent du café. Nous insistons également sur la plantation des avocats. J’ai même demandé une étude pour savoir le nombre d’avocatiers que nous avons dans la commune pour le moment.

Un autre projet est l’assainissement et la propreté afin de combattre les épidémies et les maladies des mains sales.

L’accès à la carte d’assurance maladie est-il facile ?

Ce n’est pas un problème. Les cartes sont disponibles et elles sont distribuées chaque mois. Il peut y avoir de rupture de stocks mais tout rentre en ordre très rapidement.

Quelle est la situation des droits des femmes dans la commune ?

Nous avons des problèmes par rapport aux boissons prohibées ou trop alcoolisées. Des hommes passent beaucoup de temps dans les bistrots et causent des dégâts à la maison. Ces hommes font des violences économiques en vendant la récolte et les biens de la famille sans consulter leurs épouses.

Des hommes s’adonnent aussi à l’adultère avec des concubines. Même les femmes ne sont pas des anges. Certains hommes se lamentent d’être en détresse à cause du comportement déplacé de leurs femmes. Je me suis personnellement rendu sur la colline Muyange où un mari se lamentait que sa femme passe du temps au bistrot. Personne n’est épargnée par les violences conjugales.

Comment se présente la cohabitation entre les militants des différents partis politiques

La cohabitation est bonne. C’est comme si on avait un parti unique. La population s’attèle aux activités de développement dans le cadre de la vision 2040-2060. La commune est calme et chacun s’occupe de ses affaires.

Situation géographique

La commune Bugendana est l'une des neuf communes de la province de Gitega. Elle se trouve au nord de la ville de Gitega. Elle est limitrophe des communes Kiganda et Shombo de la province de Gitega. Elle est limitrophe également des communes Tangara et Muhanga de la province de Butanyerera. Elle est subdivisée en 7 zones et 43 collines. Elle a une histoire fascinante car le pape Pie a décidé que sur l’une ses collines, à savoir la colline Mugera y soit érigé en son honneur la Basilique mineure de Mugera. La commune est aussi entourée par plusieurs grandes rivières du Burundi, savoir Mubarazi, Ruvyironza et Ruvubu. La commune compte une population d’environ 405 000 habitants.

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