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Surpopulation carcérale, ce fléau qui inquiète tout le monde

Des détenus acquittés ou qui ont purgé leur peine mais qui restent en prison ; du dépassement des délais légaux de la détention préventive ; des détenus sans dossiers ou écroués pour des affaires civiles… Autant de cas de détention illégale qui prennent une allure inquiétante au Burundi. Les députés et les défenseurs des droits des prisonniers haussent le ton. Le ministre de la Justice promet des actions.

Devant les députés, le 22 mai 2026, Alfred Ahingejeje, ministre de la Justice, était invité pour répondre aux questions sur base du rapport fourni par la Cour des comptes concernant la prison de Bubanza.

Il a reconnu la situation alarmante de la surpopulation carcérale des chiffres à l’appui. La situation est généralisée dans presque toutes les prisons du pays, avec des taux d’occupation largement supérieurs aux capacités d’accueil initiales.

La prison de Bururi construite en 1926 avec une capacité d’accueil de 400 détenus a aujourd’hui 1440. Celle de Muyinga qui date de 1945 héberge actuellement 603 prisonniers contre 300 qui étaient initialement prévus. A Muramvya, il y a 1.075 détenus contre 100 qui étaient prévus au début en 1949.

La maison de détention de Ruyigi qui date de 1945 abrite 790 contre 300 prévus. Celle de Bubanza qui ne devrait pas dépasser 200 personnes depuis 1952 en a aujourd’hui 434.

La prison centrale de Mpimba, à Bujumbura, compte aujourd’hui 4.200. Elle a été construite en 1969 avec une capacité d’accueil de 800 prisonniers.

Des députés ont dénoncé que des détenus acquittés restent toujours emprisonnés, des bénéficiaires de la grâce présidentielle ne recouvrent pas leur liberté, des personnes ayant purgé entièrement leurs peines restent maintenues derrière les barreaux.

Le ministre Ahingejeje a expliqué que cette crise est aggravée par plusieurs facteurs, notamment l’absence de séparation entre les prévenus et les condamnés ainsi que la mauvaise gestion de certains dossiers judiciaires.

Il a promis que, dans deux mois, cette question récurrente sera vidée, les mesures nécessaires y relatives ayant été prises.

Pour Gélase Daniel Ndabira, président de l’Assemblée nationale, un ministre doit être capable de faire appliquer les décisions relevant de son secteur. À défaut, il devrait assumer ses responsabilités ou quitter ses fonctions.

Maintien illégal en détention : témoignage de Kenny Claude Nduwimana

Kenny Claude Nduwimana dénonce de graves dysfonctionnements dans l’exécution des décisions judiciaires au Burundi. Selon lui, plusieurs acteurs interviennent dans le maintien illégal de détenus pourtant acquittés, libérés ou ayant purgé leurs peines.

Son témoignage s’appuie sur sa propre expérience. Arrêté le 3 octobre 2023, il explique avoir été jugé le 26 août 2024 et condamné à huit mois de prison. Or, au moment du verdict, il avait déjà passé dix mois en détention préventive. Il rappelle que la loi prévoit qu’un détenu ayant déjà purgé une peine équivalente à sa condamnation doit être immédiatement libéré même si le parquet fait appel.

Il affirme avoir été maintenu en prison pendant 19 mois supplémentaires. « Je n’ai été libéré que le 4 mars 2026 alors que le tribunal avait déjà ordonné ma libération », déplore-t-il.

Le 22 juillet 2025, il dit avoir adressé une lettre ouverte au Président de la République pour dénoncer sa détention prolongée et celle d’autres prisonniers. Selon lui, cette démarche lui aurait valu des représailles. Il affirme avoir été extrait de prison puis détenu pendant 40 jours supplémentaires par les services de renseignement.

Il met aussi en cause certains responsables pénitentiaires et les services de renseignement. Selon lui, des documents de libération arrivent parfois dans les prisons mais ne parviennent pas aux détenus.

Vianney Ndayisaba: « Ceux qui empêchent la libération des prisonniers devraient être sanctionnés »

Le coordinateur national de l’Aluchoto, appelle les autorités à prendre des mesures urgentes pour lutter contre la surpopulation carcérale et les détentions illégales dans les prisons burundaises. Il estime que le maintien en détention de personnes acquittées, ayant purgé leurs peines ou bénéficiaires de la grâce présidentielle constitue une grave violation des droits humains.

Pour désengorger les prisons, il propose que les juges et procureurs produisent régulièrement des rapports détaillant les jugements rendus, les détenus emprisonnés, ceux libérés ainsi que les bénéficiaires de la liberté conditionnelle. Les procureurs devraient également identifier les prisonniers qui devraient être libérés et expliquer les raisons de leur maintien en détention.

Selon lui, lorsqu’un détenu reste emprisonné malgré une décision de justice après avoir purgé sa peine, obtenu un acquittement, bénéficié de la grâce présidentielle ou de la liberté conditionnelle, les responsables concernés devraient répondre de leurs actes.

« Si un prisonnier reste en détention alors qu’il devrait être libre, le procureur concerné devrait être révoqué », soutient-il.
M. Ndayisaba demande aussi des sanctions contre les responsables qui refusent d’exécuter les décisions judiciaires. Selon lui, les procureurs devraient signaler toute ingérence de personnalités influentes empêchant la libération de certains détenus.

Concernant les détenus qualifiés de prisonniers politiques, il estime également que les véritables raisons de leur maintien en détention devraient être connues.

Il appelle également à accélérer le traitement des dossiers judiciaires afin d’éviter que des innocents restent longtemps en prison sans jugement. Il appelle les tribunaux à traiter rapidement les affaires pendantes afin d’éviter que des innocents restent en prison sans jugement ou sans plaignant.

Enfin, il recommande la création d’une commission spéciale regroupant plusieurs institutions étatiques et organisations de défense des droits humains pour examiner individuellement la situation des détenus dans toutes les prisons du pays.

Jean-Marie Nshimirimana: « Sur 12 mille prisonniers, au moins 7 mille sont emprisonnés injustement »

Le président de l’association Solidarité avec les prisonniers et leur famille SPF/Ntabariza, trouve incompréhensible qu’une personne qui a été acquittée ou ayant purgé sa peine reste en prison. Il indique que la situation est de plus en plus inquiétante. « Imaginez que les 11 prisons concentrent plus de 12 mille prisonniers. Presque un dixième de la population burundaise est en prison. Sur 12 mille prisonniers, au moins 7 mille sont emprisonnés injustement », informe-t-il.

M. Nshimirimana salue toutefois la reconnaissance de la surpopulation carcérale par le ministre des Finances, tout en estimant que la situation devient un lourd fardeau pour l’État. Il évoque notamment les coûts élevés liés à l’entretien des prisonniers estimés à plusieurs milliards de francs burundais alors que les conditions de détention restent précaires. Il dénonce aussi le manque d’accès aux soins médicaux, le refu des autorisations de transfert sanitaire ainsi que les transferts illégaux de détenus vers des prisons éloignées de leurs familles.

Des fois, regrette-t-il, le ministère public interjette appel et cela empêche les détenus de bénéficier de leur liberté. Il pense qu’il y aurait une main invisible qui influence certains magistrats du parquet d’instruire les dossiers dans un sens ou dans un autre.

Or, informe-t-il, tout détenu devrait être mis dans la situation dans laquelle le juge l’a mise. Pour lui, le parquet peut continuer à faire ses enquêtes tout en laissant la personne libre. Il dénonce le piétinement de la loi. « Le représentant du ministère public est une partie au procès. Il ne peut pas donc être juge et partie ».

Il fait remarquer que « mmaintenir des gens illégalement dans les prisons n’apporte rien à l’État, mais plutôt ça lui augmente inutilement les charges. ».
M. Nshimirimana est lui aussi pour une commission indépendante qui se pencherait sur la question.

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