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Regideso : Nyamugari, un quartier laissé-pour-compte

Bien qu’il soit le plus ancien quartier de la capitale politique, Nyamugari demeure le parent pauvre de l’électrification urbaine. Dans ses périphéries plongées dans une obscurité totale, les habitants improvisent des raccordements dangereux et hors de prix pour éclairer leur quotidien, tandis que la criminalité y a élu domicile.

Quand la nuit tombe sur Nyamugari, le contraste avec les autres quartiers nouvellement érigés, étincelants de lumière, est saisissant. Nyamugari plonge dans le noir. Un paradoxe pour ce vieux quartier de la ville de Gitega où tout est resté figé dans le temps, au moment les autres parties de cette capitale politique ont tous les privilèges en termes d’urbanisme.

Nyamugari semble avoir été marginalisé par la Regideso, l’accès à l’électricité est réservé pour quelques ménages. Pour espérer obtenir le courant, les résidents n’ont d’autre choix que de recourir à la débrouillardise, payant au prix fort des extensions de lignes tirées sur de longues distances.

En l’absence d’infrastructures adéquates, ces lignes de fortune sont soutenues par de frêles poteaux en bois improvisés, branlants et extrêmement dangereux. Selon certains habitants interrogés, pour ceux qui tentent de suivre la voie légale, la bureaucratie et les pénuries à répétition transforment les démarches en un véritable parcours du combattant.
« Il y a quatre ans, j’ai acheté un compteur et des câbles dans des magasins dits agréés par la REGIDESO, dans l’espoir que les poteaux publics arriveraient sous peu. Jusqu’à présent, tous ces équipements prennent la rouille au fond de ma maison sans jamais avoir servi », déplore avec amertume un père de famille rencontré sur la 4ème avenue.
« Le voisin le plus proche déjà raccordé est situé à plus de 800 mètres. Il m’est financièrement impossible d’acheter une telle longueur de câble. De plus, tenter une connexion sans les autorisations officielles, c’est s’exposer à des démarches épuisantes et à des sanctions financières écrasantes ».

Même désillusion pour Angélique Ndaruzaniye, une autre habitante du secteur. Après de multiples allers-retours dans les bureaux de la Regideso pour réclamer un raccordement en bonne et due forme, la réponse est restée invariable : pas de poteaux disponibles, pas de compteurs en stock.

Un sanctuaire pour la criminalité nocturne

Au-delà de l’inconfort quotidien et du frein économique que représente ce déficit énergétique, c’est une crise sécuritaire majeure qui s’est installée au fil des années. En l’absence de tout éclairage public, les ruelles périphériques de Nyamugari se métamorphosent dès le crépuscule en un terrain d’action idéal pour les malfaiteurs.
La situation est devenue tout simplement invivable. « Dès que les bandits commettent leurs forfaits dans les centres plus animés ou dans les autres quartiers, ils se réfugient profitant de l’obscurité », confie un riverain terrorisé.

Face à ces brigands souvent armés de gourdins, de machettes et de couteaux, les habitants soulignent qu’ils sont totalement désarmés. « C’est devenu leur habitude, ils viennent chez nous et circulent en toute impunité, totalement incognito dans le noir », raconte Nestor Nduwayo, un natif ce quartier.

Toiles d’araignée et menace d’incendie

Devant la passivité des autorités, des formes de ’’solidarité’’ et de branchements sauvages extrêmement périlleuses se sont organisées. Les quelques habitants ayant réussi à financer une extension revendent ou partagent leur accès à leurs voisins.

Il n’est pas rare de constater sur le terrain qu’un câble de section insuffisante alimente à lui seul une dizaine de foyers. Cette surcharge permanente entraîne des surtensions chroniques qui endommagent régulièrement les appareils ménagers, mais elle provoque surtout des surchauffes alarmantes le long des fils électriques.

Les riverains vivent désormais dans la crainte permanente de court-circuits et d’incendies. Dans un quartier à forte promiscuité, ce réseau informel représente des risques réels.

D’après l’administration locale, les zones non éclairées de ce quartier annihilent toute tentative d’assurer la sécurité des biens et des personnes. Alors que Nyamugari continue d’attendre l’arrivée de véritables poteaux et de compteurs réglementaires, une question hante désormais tous les esprits : combien de temps encore le plus vieux quartier de Gitega sera-t-il condamné à vivre dans l’ombre et la peur ?

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