L’objectif de cet atelier était de mobiliser et de sensibiliser les parties prenantes, notamment les médias, les services étatiques et d’autres partenaires afin de mieux faire connaître la contribution des entreprises d’économie sociale et solidaire au développement local.
Selon Libère Bukobero, secrétaire général de l’Adisco, ces entreprises regroupent généralement deux grandes catégories. La première comprend les associations sans but lucratif régies par la législation relevant du ministère en charge de l’intérieur. Elle comprend également les coopératives et les sociétés coopératives régies par la loi sur les coopératives, les mutuelles communautaires de santé qui relèvent du Code de protection sociale ainsi que les syndicats du ressort du ministère de la Fonction publique. « Ce sont des organisations et des organismes qui mettent au centre de leurs actions l’humain et non le profit ».
La deuxième catégorie comprend les entreprises commerciales dont les banques et les industries. Selon lui, elles peuvent également relever de l’économie sociale et solidaire lorsqu’elles indiquent au moment de leur agrément qu’elles œuvreront dans l’intérêt de la communauté et non dans le seul objectif d’accumuler des richesses.
De son côté, Arcade Nimubona, secrétaire exécutif permanent de la Commission nationale de protection sociale a indiqué que les entreprises d’économie sociale et solidaire offrent un espace d’échange entre les pouvoirs publics, les acteurs du secteur, les partenaires au développement et les médias. « Elles placent l’être humain, la solidarité, la coopération et l’intérêt collectif au cœur de l’activité économique. Elles permettent également de concilier création de richesses, inclusion sociale, emploi et amélioration des conditions de vie ».
Au Burundi, ces valeurs ne sont pas nouvelles, estime-t-il. La solidarité, l’entraide et l’organisation collective font partie des pratiques ancestrales. « Nyamwigendako ntarimira impeshi », souligne-t-il, rappelant que les initiatives économiques fondées sur ces valeurs sont déjà présentes dans les communautés.
Selon M. Nimubona, l’enjeu est désormais de mieux structurer, valoriser et accompagner ces initiatives afin qu’elles contribuent davantage à la transformation de l’économie. L’agriculture, l’artisanat, le commerce et les services peuvent notamment favoriser la création d’emplois ainsi que l’autonomisation économique des femmes et des jeunes.
Plusieurs défis
Il relève toutefois plusieurs défis dont l’accès aux financements et aux marchés, la formalisation et la professionnalisation des organisations ainsi que le manque de connaissance et de visibilité du secteur.
Dans ce contexte, il estime que les médias ont un rôle important à jouer. Ils sont appelés à mieux faire connaître les initiatives locales, à donner la parole aux acteurs et à mettre en lumière les expériences des coopératives, des mutuelles de santé, des groupements d’épargne et d’autres organisations de l’économie sociale et solidaire.
Libère Bukobero ajoute à la liste d’autres défis qui freinent le développement de ce secteur. Le premier concerne la faible compréhension du concept par certains acteurs.
Dans le domaine de la santé, il souligne le manque de culture de prévoyance au sein de la population. Il plaide pour une sensibilisation accrue des ménages à l’adhésion aux mutuelles communautaires de santé et demande au gouvernement d’accélérer la mise en place de la couverture sanitaire universelle.
Des réalisations déjà visibles
Malgré ces défis, M. Bukobero fait savoir que l’économie sociale et solidaire contribue déjà concrètement au développement du pays. « Nous avons déjà des coopératives actives dans la formation, la production, la transformation, la commercialisation et l’exportation ».
A titre d’exemple, il évoque le Consortium des coopératives de café (Cococa) qui regroupe plusieurs coopératives exportant du café à l’étranger. Ce qui génère ainsi des devises pour le pays. Il cite également l’Union Haguruka des Coopératives Multifilières (Uhacom) qui rassemble plus d’une trentaine de coopératives engagées dans le stockage et la transformation des produits agricoles en farine, jus ou huile.
Dans le secteur de la santé, les mutuelles communautaires permettent aux membres de mettre en commun leurs moyens pour accéder aux soins. Au cours de la période 2025-2026, chaque membre a cotisé, selon lui, environ 46 000 FBu pour couvrir un ménage de deux à six personnes. Ce système contribue à améliorer l’accès aux soins et à réduire les dépenses catastrophiques liées aux maladies.
Ainsi, le secrétaire général de l’Adisco appelle à renforcer la sensibilisation afin que les différents partenaires comprennent mieux son importance dans le développement du pays.
Par ailleurs, il demande un appui accru à l’Agence nationale de régulation des sociétés coopératives (Anacoop) pour renforcer ses missions de sensibilisation et d’inspection. « Il faudrait vraiment augmenter l’enveloppe budgétaire allouée à cette agence ». Il appelle aussi les partenaires techniques et financiers à renforcer leur soutien au secteur.
Les mutualités communautaires face aux contraintes

Espérance Kaneza, secrétaire exécutive de la Pamusab affirme que les mutuelles communautaires contribuent au développement local en facilitant l’accès aux soins de santé. « Elles participent à la sensibilisation de leurs membres et de la population à la prévention des maladies, au renforcement du pouvoir d’action et à la démocratie au sein des communautés locales ».
Malgré quelques scores satisfaisants, les mutuelles communautaires restent confrontées à plusieurs difficultés. En toile de fond, elle pointe l’absence d’une loi obligeant les citoyens à s’assurer. « Le taux d’adhésion reste largement faible », regrette-t-elle.
A cela s’ajoutent, selon elle, l’absence de certains cadres réglementaires, le manque de médicaments dans certaines formations sanitaires et pharmacies ainsi que la hausse des prix des médicaments.
De son côté, Ernest Nzitunga, chef du service appui et assistance à l’Anacoop, a informé que l’institution dispose d’un service d’inspection chargé de veiller au respect de la législation par les coopératives. Il souligne toutefois que cette mission se heurte à un manque de moyens. « Nous avons plus de 18 000 coopératives et, faute de moyens, il est difficile de les contrôler toutes et de s’assurer qu’elles mènent à bien leurs missions ».
Dans son mot de clôture, M. Bukobero a remercié tous les invités, notamment les représentants des différentes institutions étatiques et des organisations internationales. Il les a appelés à veiller sur les entreprises de protection sociale, soulignant qu’« elles sont d’une importance capitale ».
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