Société

Quand mettre au monde des filles devient un crime

17/06/2019 Clarisse Shaka Commentaires fermés sur Quand mettre au monde des filles devient un crime
Quand mettre au monde des filles devient un crime
Gloriose et ses enfants vivent dans la misère au bureau communal Buhiga.

Gloriose Niyonsaba a fui son foyer, menacée de mort par sa belle-famille à Makamba. Ne donner naissance qu’à des filles, voilà son grand tort. Elle se retrouve aujourd’hui à Karusi avec ses trois filles dans une misère noire.

Toute couverte de poussière rougeâtre, dans un pagne et T-shirt usés, pieds nus, visage défait… Gloriose bat les gousses de haricots derrière une maison. A côté d’elle, trois petites filles assises par terre, en vêtements déchiquetés, jouent avec le sable. Il est 11h au Centre de développement familial et communautaire (CDFC) de la province Karusi, où elle a trouvé temporairement refuge depuis deux mois.

Les enfants ont l’air affamé. La cadette, âgée de 2 ans, pleurniche sans cesse. Apparemment, la maman a fini par s’en accommoder. « Elles ont faim. La petite souffre du paludisme. La journée s’annonce mauvaise. Je n’ai pas de quoi les nourrir aujourd’hui», désespère-t-elle.

Une salle du bureau communal Buhiga, à proximité du CDFC, leur sert d’abri. Dans une petite pièce de 2m2, sur une bâche étendue à même le sol, c’est là où dort la famille. Juste à côté, une marmite toute noircie par la fumée, un bidon et quelques vêtements entassés par terre sont les seuls biens dont elles disposent.

Hormis cette pièce où elles dorment, elles n’obtiennent aucune autre aide sauf les quelques kilos de riz qu’elle a reçus une fois de la part du CDFC. Aucune source de revenu. Rarement, une âme charitable lui donne un billet de 2.000 BIF maximum pour se nourrir. Ou elle effectue de petites tâches rémunérées pour le compte de fonctionnaires de son entourage (lessive, travail dans les champs…) « Souvent, nous passons presque deux jours sans rien mettre sous la dent», confie Gloriose, au bord des larmes.

Un parcours infernal

Gloriose vivait avec son mari et ses enfants depuis 6 ans, dans la commune Vugizo, province Makamba. Ils ont régularisé leur union l’année dernière. Elle était cultivatrice. Son mari faisait des va-et-vient en Tanzanie pour des travaux saisonniers.

La maman et ses trois enfants dorment à même le sol.

« Battue, maltraitée, menacée » par son mari et sa belle-famille depuis environ 4 ans, elle quitte le foyer en juillet 2018. « Ce calvaire s’empire, il y a deux ans, avec la naissance du 3e enfant », confie-t-elle, montrant des cicatrices sur sa peau. « Une vaurienne qui n’enfante que des filles », ainsi la traitait sa belle-mère.

Pour avoir battu sa femme et ses enfants avec une extrême violence, Melchiade Nsengiyumva,  son mari, est incarcéré en juillet 2018. Sa famille en veut à son épouse. La belle-mère et le beau-frère commencent à menacer de mort Gloriose. « J’ai passé des jours à dormir dans les pâturages ». C’est ainsi qu’elle a fui avec ses enfants.

Elle se dirige à Karusi, sa province d’origine, dans la commune Gitaramuka. Mais son père la rejette. Il a vendu tous les terrains pour s’installer dans la province Cankuzo avec une autre famille. Elle quémande un abri pendant plusieurs mois avant de trouver refuge dans cette salle du bureau communal Buhiga.

La belle-famille s’en lave les mains

Dans la commune Vugizo, la famille et le voisinage du mari de Gloriose démentent une séparation liée au sexe des enfants. Rencontré à son domicile sur la  colline Kabuye, Fanuel Bishweninzigo, oncle paternel de son mari, parle d’une « machination qui vise à discréditer sa famille ».

Il évoque des disputes banales, « comme dans tous les autres foyers », qui ont séparé le couple. Il reconnaît que Melchiade a battu sa femme une fois parce que  leur enfant a « déféqué derrière leur maison ». La cause de son incarcération. Cet oncle suggère à Gloriose de regagner son foyer. Il indique que son neveu se trouve actuellement en Tanzanie pour des travaux saisonniers.

Francine Nizigiyimana, une voisine, abondera dans le même sens : « Ce qui est sûr, c’est que le couple ne s’entendait pas.»

Elie Ntungwanayo, un autre voisin, estime que Gloriose cherche « un prétexte pour un traitement de faveur, vu que même sa famille d’origine l’a rejetée ».

Contacté, Jocelyne Nibimpa, administrateur de la commune Vugizo, dit ignorer ce cas. Et d’ajouter qu’elle en reçoit plusieurs. Elle appelle la victime à porter plainte à la commune afin qu’elle soit  rétablie dans ses droits.

 « Pas de moyens pour la renvoyer dans son foyer »

Le coordinateur du CDFC Karusi, Roger Niyibizi, affirme que la seule option est de la faire retourner à Makamba où se trouve son foyer. « Mais nous n’avons pas les moyens ». Il fait savoir que le centre dépend du ministère de la Solidarité. Il n’offre qu’une assistance psychologique. Pour lui, c’est un cas qui doit être géré par le CDFC Makamba.

Ce coordinateur parle d’un cas de VBG (violence basée sur le genre) comme tant d’autres. Il faut également prendre toutes les mesures possibles de protection. Cette tâche, assure-t-il, revient à l’administration.

Interrogée, l’administrateur de la commune Buhiga, Euphrasie Ntakarutimana, s’en lave les mains : « La responsabilité incombe aux communes Gitaramuka, origine de la victime, et Vugizo où elle habitait. »

Elle affirme avoir appelé l’administrateur de la commune Vugizo. Cette dernière a rétorqué que Gloriose est partie toute seule. Personne ne l’a chassée.

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