Le secrétaire général du parti au pouvoir s’est exprimé, à sa manière, sur les incendies qui viennent de ravager, ces derniers jours, deux centres commerciaux en plein centre-ville de Bujumbura.
Passons sur ses positions sur la vie du pays, ses déclarations va-t-en-guerre, sa volonté d’accompagner son équipe de football au Rwanda, « un pays qui n’est pas un enfer », et quelques anecdotes… parfois crues. Ou croustillantes. C’est selon.
Petit florilège : l’ancien maquisard, que l’autre camp appelait « assaillant », s’est vanté d’avoir affrété un Boeing pour emmener les Hirondelles en Mauritanie. Parmi les voyageurs, bon nombre de véritables « avion-stoppeurs » (à Bujumbura, on parle de lifteurs), sans frais de mission, auraient survécu grâce à dix sacs de pâte froide de manioc, uburobe, et de ndagala, ces petits poissons typiques du lac Tanganyika, que le patron du parti avait fait embarquer dans les soutes du Boeing.
À côté de ces anecdotes — dont beaucoup auraient pu se passer —, le secrétaire général est revenu sur les incendies qui ont consumé deux galeries marchandes, suivis de deux autres départs de feu, heureusement maîtrisés, au marché de Kinindo et au marché dit Cotebu.
Il s’est montré dubitatif, balayant d’un revers de la main les conclusions trop hâtives.
Dans la plupart des cas, le courant électrique est vite désigné comme coupable. Une explication commode, il est vrai, au vu d’installations parfois hasardeuses, de branchements sauvages et de fils électriques d’origine douteuse qui se côtoient.
Un autre présumé coupable s’est retrouvé récemment sur le banc des accusés : le fer à repasser à charbon. Même si ses utilisateurs sont souvent cantonnés dans des zones isolées, celles-ci peuvent être contiguës aux galeries marchandes. L’un des incendies serait ainsi parti de là.
Mais le secrétaire général du CNDD-FDD refuse ces raccourcis, cette forme de bouc-émissarisation : « Il faut des enquêtes approfondies et ne pas se défausser sur la Regideso ».
Le débat a pris une autre tournure ce 27 août
À l’ouverture d’une réunion de sécurité consacrée aux incendies à répétition, le chef de l’Exécutif burundais s’est dit de tout cœur avec les commerçants victimes de ces sinistres. Mais il a aussi évoqué des « actes suspects » et écarté la piste d’incendies accidentels.
Le président Ndayishimiye a reconnu ignorer « leurs causes et ceux qui les provoquent ». Il a néanmoins établi un lien avec la période électorale, estimant que « la jalousie et la rancœur peuvent expliquer certains comportements ».
Le candidat déjà confirmé du CNDD-FDD à l’élection présidentielle de 2027 a également fustigé ’’certains opposants qui se réjouiraient des pertes enregistrées’’ : « Leur souhait est de voir le pays à la dérive, alors que notre rêve est sa prospérité ».
Le courant électrique est donc suspect. Le fer à repasser à charbon aussi. Et voilà que plane désormais l’ombre de mystérieux pyromanes, sur fond de rivalités politiques.
Mais, pour l’heure, les enquêtes n’ont pas encore parlé. Une question de fond demeure : à qui profitent les incendies ?
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On dit toujours « nous allons faire des enquêtes… », mais je n’ai jamais vu – ou du moins – aucun rapport d’enquête n’a jamais été rendu public sur ces incendies depuis que le grand marché central a brûlé en 2013 (il y a eu d’autres incendies des marchés avant). Pendant une dizaine d’années, une dizaine d’autres marchés ont pris feu sans que cela ne mobilise la vigilance des autorités.
Aujourd’hui cela devient préoccupant car les élections approchent et, franchement parlant, il est difficile de donner sa voix à quelqu’un qui laisse brûler les greniers à travers tout le pays. C’est pour cela que le Secrétaire général du parti et le Président se trouvent dans l’obligation d’essayer d’éteindre les incendies, avec de la bonne parole humoristique, des promesses et des centaines de millions de francs aux chasseurs de primes auxquels il a été délégué de découvrir les pyromanes. C’est ce qu’on appelle la sous-traitance. La police et les services chargés de la sécurité des biens de la population peuvent dormir tranquille.
Espérons qu’au delà des paroles sortira un rapport en bonne et due forme.