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Phénomène El Nino : Une épée de Damoclès

Les habitants des zones à haut risque sont pris par une peur panique au Burundi. Ils ne voient pas comment faire face aux éventuels dégâts qui seront causés par ce phénomène. Ces habitants, tout comme les experts en environnement, demandent au gouvernement de prendre des mesures préventives avant que l’irréparable ne se produise encore une fois.

« Dans les trois prochains mois, avec le phénomène El Nino, de fortes précipitations vont s’abattre sur le territoire national. Ce qui va provoquer des inondations, la montée des eaux du lac Tanganyika, des glissements et des éboulements de terrain », alertent les experts en environnement et l’Institut géographique du Burundi (Igebu).

Après cette alerte, certains habitants des zones à haut risque dorment la peur au ventre. Ils ne voient pas à quel saint se vouer. Les angoisses deviennent de plus en plus grandissantes d’autant plus qu’ils ne se sont pas encore remis des séquelles des dernières inondations.

L’épée de Damoclès reste suspendue sur les habitants riverains de la rivière Rusizi et du lac Tanganyika. Damas Ndiho est un habitant du quartier Mushasha II, zone Gatumba, commune Ntahangwa, province de Bujumbura. Il dit avoir déjà déménagé trois fois suite aux crues de la rivière Rusizi. « Ma maison a été démolie par les inondations. Aujourd’hui, j’habite dans une maisonnette construite avec des bâches. Si les inondations surviennent encore une fois, elle va s’écrouler. Où irai-je ? Je serai un sans-abri ? »

Egide Niyonsaba habite la colline Kinyinya. Il a été affecté par la montée des eaux de la rivière Rusizi et le débordement du lac Tanganyika. Il s’indigne des conditions de vie précaires dans lesquelles il se trouve.

« Je suis fatigué de fuir. Le calvaire n’en finit pas. Je venais tout juste de me réinstaller après une année passée dans le site des déplacés ».

B.G. une autre victime de la montée des eaux du lac Tanganyika se dit inquiet du phénomène El Nino. « Nous n’avons pas les moyens de construire des maisons en dur. Que les autorités prennent des mesures pour nous protéger avant que ce phénomène ne s’abatte sur nous ! »

Du désespoir

Certains habitants des quartiers surplombant la ville de Bujumbura craignent l’effondrement de leurs maisons. « J’ai peur que ma maison s’écroule. Vous voyez, les glissements de terrain continuent. Je ne sais plus sur quel pied danser. La mort m’attend ici », s’alarme G.B, riverain de la rivière Cari, quartier Winterekwa, commune Ntahangwa. Il demande que cette rivière soit canalisée en amont comme on l’a fait en aval.  « Sa canalisation est reléguée aux calendes grecques ».

Un autre craint pour d’autres glissements. Il fait savoir que les berges de cette rivière continuent à s’élargir. Les maisons se fissurent du jour au jour « Le danger n’est pas encore écarté. D’un moment à l’autre, d’autres éboulements peuvent se produire. Les fissures se multiplient sur les maisons et les glissements de terrain continuent même en cette période d’été. Qu’en sera-t-il pendant la saison des pluies ».

Avec le phénomène, imaginent les riverains de ladite rivière, si les pluies diluviennes tombent, les eaux de ruissellement risquent de déborder et d’emporter leurs habitations. Ils gardent un triste souvenir des scènes d’inondations de décembre 2019 ayant emporté des vies humaines et causé plusieurs dégâts matériels.

Même sentiment de peur pour les habitants vivant à proximité de la rivière Kanyosha qui craignent que leurs maisons ne s’écroulent à tout moment. « Les pluies diluviennes vont provoquer les crues de la rivière. Il pourra y avoir des glissements de terrain et des éboulements qui vont menacer nos maisons ».

Il en est de même pour les habitants du quartier Mugoboka dans la commune Mukaza qui disent être menacés par les ravins qui ne cessent de s’élargir. Ces ravins sont dus à l’occupation spontanée et anarchique du quartier. « Avec ce phénomène El Nino, la situation va s’empirer. Nos maisons vont s’écrouler », s’alarment-ils.

Ils demandent que le quartier soit viabilisé et que les caniveaux soient reconstruits afin que ces derniers puissent drainer les eaux de ruissellement.

Un expert alerte

Innocent Banigwaninzigo : « Pour se protéger, il y a des stratégies de préparation et d’actions multisectorielles qui doivent être mises en avant »

Selon Innocent Banigwaninzigo, expert en environnement, le phénomène El Nino va se manifester dans la région de l’Afrique de l’Est pendant les trois prochains mois.

« En Afrique de l’Est, et en particulier au Burundi, ce phénomène se traduit par des précipitations excessives et torrentielles. Il y aura des débordements des rivières, par exemple la rivière Rusizi, l’élévation du niveau du lac Tanganyika, des flux des rivières intérieures »

Bien plus, cet expert évoque d’autres manifestations comme les glissements de terrain et les éboulements «  particulièrement dans des zones à forte pente comme la crête Congo Nil, la région des Mirwa et autre sans oublier bien sûr des vents violents et de la grêle qui vont se traduire par la destruction des toitures, des ravages des champs, des chutes d’arbres »

Face à cette situation, M. Banigwaninzigo recommande la prudence et des mesures de prévention. « Pour se protéger, il y a des stratégies de préparation et d’actions multisectorielles qui doivent être mises en place avant que les précipitations n’arrivent »

Il estime que l’action du gouvernement et de ses partenaires doivent surtout s’articuler autour des secteurs clés pour protéger sa population.

Dans le secteur de la santé publique, cet expert recommande le renforcement de la surveillance épidémiologique pour contrer la hausse des maladies comme le choléra, la dysenterie et le paludisme. La sensibilisation communautaire doit donc être mise en avant.

« Il doit y avoir un curage des caniveaux d’évacuation, c’est-à-dire un nettoyage, un dégagement d’urgence de tous les caniveaux collecteurs, le curage des rivières traversant la capitale économique ou les centres urbains pour canaliser l’eau des pluies. »

Iwacu a contacté la direction de la protection civile pour en savoir plus sur les mesures préventives envisagées afin de faire face au phénomène El Nino, mais sans succès.


Rumonge : Le phénomène El Nino inquiète plus d’un

La peur gagne les délocalisés du site de Makombe suite à la possible nouvelle montée des eaux du lac Tanganyika.  Ils en craignent les fâcheuses conséquences et appellent les autorités à les protéger.
Vue de la rivière Murembwe qui nécessite des travaux de curage pour se prévenir

Les agriculteurs, les pêcheurs, les transporteurs demandent que la prévention et le développement de la résilience soient pris en compte. Ils craignent des inondations, des glissements de terrain et la montée des eaux du lac Tanganyika avec leurs conséquences. Les délocalisés du site de Makombe en commune Rumonge de la province de Burunga demandent la construction de leurs maisons avec des matériaux plus durables. Les agriculteurs demandent le curage des rivières Murembwe et Dama.

Certains habitants du site délocalisés suite à la montée des eaux du lac Tanganyika expriment leurs inquiétudes face à l’annonce de l’Institut géographique du Burundi (Igebu) du phénomène El Nino qui sera observé au Burundi dans les semaines à venir.

N.A, un habitant du village de Makombe qui a été contraint de quitter le quartier Kanyenkoko craint que leur village risque d’être à son tour inondé et ainsi perdre de nouveau un logement.

Il demande que leurs abris soient construits en matériaux durables car aujourd’hui ils sont construits avec des tentes. « Dans le meilleur des cas, il faut que les murs soient construits avec des briques cuites ainsi qu’une solide fondation en pierres et du ciment ».

Il fait observer qu’une partie du village est souvent déjà inondée surtout pendant la saison des pluies. D’où la nécessité de protéger le site contre les inondations. Il propose à cet effet que de grands caniveaux soient creusés tout autour.

Il lance un appel à la plate-forme communale de prévention des risques et gestion des catastrophes d’agir vite et de mener des campagnes de sensibilisation à l’endroit de la population sur le phénomène El Nino afin de savoir comment s’y prendre.

Curer les rivières et les ruisseaux 

Les agriculteurs qui ont des champs de cultures près des rivières Dama et Murembwe demandent des travaux de curage de ces deux rivières afin de les protéger contre d’éventuelles inondations. Ces champs sont essentiellement constitués de riz, de palmier à huile et de manioc.

Ils font observer que, depuis plus de 5 ans, ces rivières inondent et détruisent leurs champs. Ils craignent que, si rien n’est fait urgemment, les dégâts risquent d’être énormes avec le phénomène El Nino.

Les usagers de la RN3 (route Bujumbura-Nyanza) craignent à leur tour l’impraticabilité de cette route suite aux glissements de terrain, au non curage de certaines rivières et ruisseaux, au manque de courbes de niveau sur les montagnes qui la surplombent pour freiner l’érosion.

Ils sollicitent alors l’Agence routière du Burundi de commencer les travaux de protection de la RN3 contre le phénomène El Nino annoncé.

Sous un autre angle, les pêcheurs font savoir que les eaux du lac Tanganyika qui montent détruisent les zones de reproduction des poissons. Ce qui a un impact sur la production du poisson qui diminue considérablement.

Ils soulignent également que les fortes érosions qui proviennent des hautes montagnes polluent fortement les eaux du lac Tanganyika.

Les pêcheurs demandent alors d’arrêter la coupe désorganisée des boisements se trouvant sur les montagnes surplombant la ville de Rumonge afin de protéger le lac.

Jean-Marie Congera, le directeur du Bureau provincial de l’Environnement, de l’Agriculture et de l’Elevage en province de Burunga suggère aux agriculteurs de pratiquer des cultures qui résistent aux fortes pluies. Il souligne au passage que la population est bel et bien sensibilisée sur le traçage des courbes de niveau sur les montagnes qui surplombent le lac Tanganyika.

Malheureusement, très peu sont aujourd’hui informés sur le phénomène El Nino.

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