Notre journaliste Jean Bigirimana porté disparu depuis 3641 jours. Nous ne l'oublions pas.

Pavage devant les habitations : un fardeau de plus

Le 30 juin 2026, quatre ministres ont effectué une tournée d'inspection afin d'évaluer la mise en application de l'ordonnance ministérielle conjointe instituant des amendes à l'encontre des personnes qui enfreignent les règles d'hygiène et de salubrité publiques. Pourquoi le non-respect de cette ordonnance par certains citoyens ? Que disent-ils ? Reportage dans la ville de Bujumbura.

« L’embellissement de la ville est en soi une bonne chose. Mais, exiger à chaque citoyen de paver l’espace situé entre la chaussée et sa parcelle est un casse-tête compte tenu du coût des matériaux que cela exige », s’indignent certains citoyens rencontrés dans la ville de Bujumbura. Ils évoquent une santé financière faible ne leur permettant pas la mise en application de ladite ordonnance.

Du sud au nord de la ville, en passant par le centre, les critiques fusent de partout. Les riverains des axes routiers se lamentent. « Nous adhérons à ce projet. Mais, les autorités devraient tenir compte de la capacité financière de chaque citoyen avant de prendre des sanctions », estiment-ils.

Par ailleurs, ils disent que l’entretien de l’espace public incombe, au premier chef, aux services publics. « Ma maison se trouve sur la route principale. Elle est en brique adobe. Pourquoi m’exiger de paver devant cette maison qui n’est pas cimentée à l’intérieur », s’insurge N.F, un habitant du quartier Kiyange en commune Ntahangwa.

Il fait savoir qu’il a contracté une dette auprès d’un ami pour acheter deux sacs de ciment. « Pour ne pas m’attirer des ennuis avec l’administration locale, j’ai fait le pavage bon gré malgré ».

Dans certains quartiers, les habitants estiment qu’il est difficile de garantir la propreté du moment que ces quartiers ne sont pas viabilisés. « A certains endroits, les eaux usées s’écoulent sur la voie publique ou sur la chaussée. Comment alors garantir la propreté dans ces conditions », s’interrogent-ils.

D’autres évoquent le manque d’eau. Dans certaines localités du nord et du sud de la capitale économique, l’eau est devenue une denrée rare. Les habitants peuvent passer plus d’une semaine sans eau dans les robinets. Ils ne voient donc pas comment garantir la propreté dans ces conditions.

Cap sur la RN3

Les propriétaires des parcelles se trouvant aux abords de la route nationale Bujumbura-Rumonge (RN3) s’interrogent sur la valeur ajoutée de paver la chaussée d’une route complètement délabrée et pleine de nids de poule.

Le long de cette route, la mesure est appliquée presque à moitié. Les gens s’insurgent contre son état piteux. Selon eux, faire le pavage serait une peine perdue. « Pendant la saison pluvieuse, les véhicules jettent de la boue sur les piétons et sur nos habitations. Pendant la saison sèche, c’est la poussière qui envahit nos habitations », déplore H.L. un habitant du quartier Ruziba, commune Mugere.

Par ailleurs, la plupart des propriétaires ayant déjà fait le pavage craignent des démolitions éventuelles. Ils ont entendu dire qu’il y a un projet de réhabiliter ladite route. « A qui incombera la responsabilité de remettre en état le pavage qui sera démoli ? A qui reviendra la responsabilité financière de réparer les dommages causés ? »

D’un côté, pas d’harmonie, de l’autre, des amendes excessives

Sur le terrain, le constat est que l’ordonnance est appliquée différemment. L’harmonie et le respect des normes en matière de construction laissent à désirer.

 « Le pavage devait être uniforme pour tout le monde afin que la ville ait un même look », regrette G.K. un habitant du quartier Rohero, zone et commune Mukaza. D’après lui, quand les uns posent les dalles et qu’à côté le voisin met un béton armé, l’harmonie est compromise. Les raisons avancées par les propriétaires des parcelles restent les moyens financiers limités.

« Par ailleurs, l’autorité ayant sorti l’ordonnance ne l’a pas accompagnée d’un schéma directeur à suivre, encore moins, il n’y a pas eu de coordination. D’où, chacun le fait comme il l’entend ».

Sur d’autres axes routiers comme le boulevard Lieutenant Général Adolphe Nshimirimana, rien n’est encore fait. Les concernés disent attendre la fin des travaux de sa réhabilitation. « Je ne peux pas engager aucune dépense du moment qu’on est en train de tout démolir », se désole le prénommé James, habitant du quartier Mutakura, zone Cibitoke en commune Ntahangwa.

Par ailleurs, les citoyens dénoncent que les amendes administratives sont excessives. Selon eux, certains administratifs à la base s’arrogent le droit d’infliger des amendes qui dépassent le plafond fixé par la loi.
G. estime que les ministères ayant sorti l’ordonnance devraient revoir à la baisse les amendes prévues. « Je n’ai jamais eu plus de 20 000 BIF dans ma poche. Comment vais-je payer les 100 000 BIF qui m’ont été infligés».

Qu’en est-il des établissements publics ?

Au moment où certains services publics s’activent pour faire le pavage devant leurs bureaux, d’autres trainent les pieds. Dans la commune Ntahangwa, plusieurs établissements scolaires n’ont pas encore répondu à l’appel. Les responsables avancent comme motif les moyens financiers limités.

Il a été constaté aussi que le pavage n’a pas encore été fait devant les bureaux de la commune Ntahangwa dont le chef-lieu se trouve sur la RN5 (route Bujumbura-Cibitoke) dans la zone Mutimbuzi.

Dans le centre-ville, le pavage devant le ministère des Affaires étrangères et le nouveau siège de la Banque commerciale du Burundi est flambant neuf. Ce qui n’est pas le cas devant le building communément appelé « Grand bureau » qui abrite certains services du ministère de l’Intérieur et de la Fonction publique.

Le ministre de l’Intérieur tranquillise

(De g à d devant) Evelyne Butoyi et Léonidas Ndaruzaniye, (De g à d derrière) Fidèle Nkezabahize et Egide Nijimbere : les quatre ministres ayant effectué la tournée du 30 juin 2026.

La tournée du 30 juin a été effectuée par quatre ministres, à savoir Léonidas Ndaruzaniye, en charge de l’intérieur ; Egide Nijimbere en charge des infrastructures ; celui de la Santé publique Fidèle Nkezabahizi et Evelyne Butoyi en charge de la communication.

S’adressant à la population, Léonidas Ndaruzaniye a tranquillisé. Il a précisé que le gouvernement n’a pas l’intention de sanctionner la population comme certains peuvent le croire. « L’ordonnance vise plutôt à améliorer les conditions de vie des citoyens et à promouvoir une culture d’hygiène et d’assainissement ».

Mais, il a en même temps annoncé qu’à partir du 30 juin 2026, toute personne qui ne respectera pas les dispositions de cette ordonnance s’exposera aux sanctions prévues par la loi. « Les récalcitrants s’exposent à la rigueur des sanctions prévues par la législation burundaise en la matière ».

Il a également demandé aux autorités administratives à la base, de s’impliquer davantage dans la sensibilisation et de faire le suivi de la mise en œuvre des mesures d’hygiène.

Le ministre Ndaruzaniye a enfin déclaré que le mois de juillet est officiellement dédié à l’hygiène et à l’assainissement sur toute l’étendue du territoire national sous le thème : « Un Burundi propre et sans déchets ».


Que dit la loi sur les amendes administratives ?

Article 643 : Les actes réglementaires pris en exécution de la loi, les règlements d’administration et de police de l’autorité publique et des pouvoirs locaux ne peuvent établir des sanctions autres que les amendes administratives : 1° Ne dépassant pas une amende de cinquante mille francs burundais pour les décrets ; 2° Ne dépassant pas une amende de vingt mille francs burundais pour les ordonnances ; 3° Ne dépassant pas une amende de cinq mille francs burundais pour les actes des pouvoirs locaux ; Il est fait exception, aux dispositions précédentes, en ce qui concerne les amendes administratives pour les infractions dans les domaines fiscal et douanier ainsi que dans la réglementation de change ou de caractère économique. Article 644 : Les peines prévues par actes réglementaires et les règlements d’administration et de police de l’autorité publique édictées antérieurement à l’entrée en vigueur du présent code sont ramenées, en cas de besoin, aux maxima portés à l’article précédent. Article 645 : Les délits et contraventions aux décrets, arrêtés, ordonnances, décisions, les règlements d’administration et de police, à l’égard desquels la loi ne détermine pas de peines particulières sont punis d’office de peines ne dépassant les maximas de celles prévues à l’article 643 suivant les distinctions qui y sont faites. Source : Loi N°1/27 du 29 décembre portant révision du Code pénal burundais

Forum des lecteurs d'Iwacu

0 commentaires
Aucun commentaire pour le moment.

Charte des utilisateurs des forums d'Iwacu

Merci de prendre connaissance de nos règles d’usage avant de publier un commentaire.

Le contenu des commentaires ne doit pas contrevenir aux lois et réglementations en vigueur. Tout propos incitant à la haine, à la violence ou à la discrimination est strictement interdit.

Iwacu se réserve le droit de supprimer tout commentaire non conforme à la charte.

Ajouter un commentaire

MENU