Le marché de Ngozi au chef-lieu de la province Butanyerera a pris feu dans la soirée de ce jeudi 9 juillet. Alors que cet incident n’est pas un cas isolé dans l’histoire des incendies des marchés au Burundi, l’Observatoire de lutte contre la corruption et les malversations économiques (OLUCOME) en appelle à la responsabilité des institutions afin de prendre des mesures qui s’imposent.
Les habitants du chef-lieu de Ngozi et surtout les commerçants du marché central de ce chef-lieu de la province Butanyerera ont passé une nuit cauchemardesque. Un grand incendie s’est déclaré dans ce marché. Interrogés, les commerçants avancent un bilan de près de 80% de marchandises parties en fumée. Ils déplorent également un mort parmi ces derniers, son cœur aurait lâché suite à cette catastrophe.

L’origine de l’incendie reste inconnue mises à part quelques hypothèses. Mais les faits sont là, palpables, observables, dans une impuissance totale des victimes.
Le feu a ravagé différents produits devant les propriétaires, les laissant incapables de sauver quoi que ce soit. Selon des témoins, le camion extincteur qui pouvait tenter de sauver ce qui pouvait l’être était à chercher à Gitega. Et c’est malheureusement à plus de 80km.
C’est la troisième fois que ce marché de Ngozi prend feu en l’espace de quelques années. Il y a seulement cinq ans, le même marché avait connu le même sort en mai 2021.
« Des responsabilités doivent être établies »
Le président de l’Olucome déplore une situation qui tend à se généraliser et qui selon lui, manque encore de solutions palpables. « Il y a un problème très sérieux en matière de protection des biens des citoyens dans ce pays, en particulier par rapport à cette question d’incendies observée dans les marchés ». Gabriel Rufyiri se dit dépassé par la situation.
D’un côté, il se demande pourquoi depuis plusieurs années, des incendies se déclarent dans des marchés à travers le pays et qu’il n’y a pas dans la suite des enquêtes indépendantes afin d’établir les faits et identifier les vraies causes. « Qu’est-ce qui fait qu’un pays qui a une justice, un parlement, un gouvernement ne se presse pas à chercher les causes, établir les responsabilités, punir les coupables et penser à une protection effective des biens des citoyens ? »
A interroger la Constitution de la République, le président de l’Olucome affirme haut et fort que le gouvernement est la plus grande institution qui doit assurer la protection des biens des citoyens, y compris ceux qui partent en fumée avec des feux ravageurs des marchés. Il appelle les autorités habilitées à éclairer l’opinion sur de tels cas qui deviennent de plus en plus monnaie courante dans le pays.
Le gouverneur provincial de Butanyerera Victor Segasago a promis d’approcher le gouvernement et d’autres bienfaiteurs afin qu’ils puissent venir en aide aux victimes.
Sur son compte X, le président de la République du Burundi, Evariste Ndayishimiye a exprimé sa compassion et a demandé à ces commerçants de ne pas désespérer.
Le marché de Ngozi qui est d’actualité à ce jour n’est pas du tout un cas isolé d’incendies des marchés au Burundi. Il y a moins d’un mois, dans la nuit du 21 au 22 juin 2026, le marché des planches de Jabe en commune Mukaza de la province Bujumbura a été réduit en cendres par des feux d’origine inconnue.
En avril 2026, c’est le marché de Kinama au nord de la même capitale économique Bujumbura qui a pris feu. Quelques jours avant, dans la nuit du 29 mai 2026, c’était le marché de Cibitoke au nord-ouest du pays. Le 26 janvier 2026, le site commercial de planches situé près du marché dit chez Sion toujours dans la capitale économique avait connu le même sort.
La liste des marchés qui ont connu de tels drames est loin d’être exhaustive. Certains ont été touchés à plus d’une fois. Une situation qui laisse des pertes énormes chez les commerçants, mais aussi qui touche les acheteurs par le manque de produits sur le marché.
Le plus marquant de ces incendies reste celui du marché central de Bujumbura qui a été réduit en cendres le 27 janvier 2013 et qui n’est pas encore réhabilité jusqu’à ce jour. Des opinions se demandent encore : qui est le suivant ?
Non, ce ne sont plus des interrogations sur ces incendies récurrents des marchés, ce sont plutôt des certitudes que les services publics se sont avérés incapables de protéger ces centres névralgiques des affaires que sont les marchés.
Pourquoi cette incapacité notoire? D’abord la négligence: à partir du moment où les services publics ont fini par mettre sur pied une infrastructure, la suite c’est « aho iwacu turaheje, ibindi ntitubibazwa ». Ils ne se réveillent que quand l’infrastructure en question est en danger de destruction. Les exemples sont légion: la dégradation des routes, ponts et établissements publics; l’extinction totale des feux de circulation, la disparition des radars mobiles (pour la limitation des vitesses en ville), la pollution qu’on laisse envahir les plages et eaux du lac Tanganyika…
Il me semble que malgré les dizaines d’incendies, il n’y a jamais eu de séances des ministres, des parlementaires ou autres institutions, dédiées spécialement à la réflexion sur la protection des marchés. Tandis que les marchés brûlent, nos autorités semblent regarder ailleurs.
Ensuite la paresse : une autorité ne peut dormir qu’une fois avoir passé en revue tous les systèmes de sécurité des biens et des personnes dans sa zone. Les autorités n’ont apparemment pas ce moment de contrôle, elles passent plus de temps dans des réunions interminables, prennent un verre le soir et dorment tranquillement.
Des failles dans l’organisation de la sécurité des marchés: on peut éteindre un départ de feu dans un marché, à condition qu’il y ait une équipe d’hommes mobilisables rapidement sur les lieux et à chaque instant. Avec une bonne organisation en file indienne, des seaux d’eau et une source d’eau (j’espère qu’il y a des robinets dans les marchés) on peut circonscrire un feu, en attendant les pompiers professionnels. Au moins 3 fois par année, ce groupe doit s’entraîner en faisant des exercices de simulation d’incendie. Est-ce que ce groupe et ce genre d’organisation existent? Vous savez, avec un peut d’imagination on peut faire beaucoup de chose avec le peu qu’on a.
Il est plus que temps que la sécurité des marchés soit mis en priorité dans les agendas des autorités.