Jeudi 11 août 2022

Editorial

Pas de vérité historique dans l’ombre de l’idéologie

24/12/2021 1

« Le crime de génocide a été commis contre les Hutu du Burundi en 72 et en 73», a déclaré solennellement Pierre Claver Ndayicariye, président de la Commission vérité et réconciliation. Les préoccupations idéologiques irradient du lancement d’une série de conférences, de témoignages et de réflexions sur les « évènements de 1972 ».

Par Guibert MbonimpaAu terme des conférences planifiées, dira le président du Sénat à l’occasion du 49e anniversaire des « évènements de 1972 », le Sénat de la République du Burundi espère ainsi pouvoir réaliser des résultats fiables sur plusieurs axes et objectifs que l’on peut classer en 5 points. Cette volonté de donner une teinte scientifique au travail de la CVR s’autodétruit au quatrième point dudit classement : «Reconnaître, sans délai, le génocide de 1972 dès que les preuves requises par la définition des Nations Unies auront été validées au terme des conférences.» Une illustration du raisonnement motivé consistant en la mobilisation de ressources rhétoriques pour arriver à une conclusion voulue dès le départ.
Si une théorie est immunisée contre tout nouvel argument… on n’est plus en science, l’idéologie ayant mis les connaissances sous tutelle. Ce biais de partialité est d’autant plus prégnant en l’absence de débat ouvert huilé par une vraie liberté de parole. Et des historiens auteurs d’ouvrages sur le sujet, à l’instar de Jean-Pierre Chrétien, Jean-François Dupaquier et René Lemarchand. Certes, le Pr Evariste Ngayimpenda, à même d’exercer une critique historique sur la thèse défendue par le successeur de feu président Cyprien Ntaryamira, a été invité, mais n’a pu prendre la parole que comme simple intervenant.

L’ancien président Sylvestre Ntibantunganya, lors de sa quatrième conférence sur ce thème, a tenu à dissiper tout malentendu sur sa démarche : « Je ne suis pas venu ici pour plaider en faveur des Hutu. Je ne déteste pas les Tutsi. Je ne suis là que pour dire la vérité.» Mais circonscrire cet exercice à un camp idéologique, c’est manifester une faible appétence pour le désir de véracité. « Plus nous sommes nombreux à ne pas être d’accord, plus aussi sont grandes les chances que l’un d’entre nous ait raison», cisèle Steve Pinker, psychologue cognitiviste et professeur à Harvard.

Sans s’appuyer sur un travail d’historiens, la politisation des qualificatifs n’était pas un risque, mais dans l’ADN de la CVR, le V de ce sigle portant les germes d’une institution politisée. «Le devoir de mémoire ne doit pas être au service de la communauté au pouvoir ». Cette réflexion de M. Lemarchand aurait dû inspirer la CVR…

Forum des lecteurs d'Iwacu

1 réaction
  1. Ngayimpenda Evariste

    Juste pour vous dire que je n’ai jamais été à aucune des conférences animées par le Président Ntibantunganya à l’initiative d sénat burundais. C’est vrai que j’étais invité à toutes les cinq conférences, mais je n’ai jamais compris pourquoi, sur un sujet aussi controversé, objet d’un conflit de mémoires déjà connu, une institution aussi respectable qu’un Sénat, a choisi de laisser le monopole de la parole à un seul orateur et cela cinq fois de suite, sur base de on ne sait quel critère!

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