Il fallait sans doute arrêter ce suspense insoutenable. Pendant des années, certains naïfs croyaient encore qu’une élection servait à choisir. Heureusement, le président Évariste Ndayishimiye a dissipé le malentendu.
Désormais, les Burundais savent : « quand les militants du CNDD-FDD décident de présenter tel candidat, c’est ce dernier qui passe ». Voilà qui a le mérite de la clarté.
Au moins, personne ne pourra reprocher au chef de l’État de cultiver l’ambiguïté démocratique. La compétition électorale ? Une aimable formalité. Le pluralisme ? Un décor. Les élections ? Une cérémonie de ratification populaire d’un verdict déjà connu avant l’ouverture des bureaux de vote. Les jeux sont faits, mais il faut tout de même venir voter pour applaudir le résultat.
Les cinq principaux partis de l’opposition avaient pourtant osé demander un dialogue sur le processus électoral après avoir boycotté une réunion de la Ceni qu’ils jugent « non crédible ». Une requête somme toute modeste : discuter des garanties minimales d’un scrutin transparent. Réponse présidentielle : « Ne perdez pas votre temps à écouter ces gens-là ».
Il faut reconnaître une certaine cohérence. Pourquoi discuter avec une opposition quand la victoire est décrétée avant même la campagne ? Pourquoi négocier les règles du jeu quand le vainqueur est déjà connu ?
Dans cette démocratie nouvelle génération, l’urne n’est plus un instrument de choix ; elle devient un simple tampon administratif apposé sur une victoire annoncée. Tout est dit. Le vote appartient naturellement au parti au pouvoir, comme un héritage familial dont il serait inconvenant de contester la propriété.
Ailleurs, raconte le président, les urnes arrivent un mois avant les élections pour permettre aux citoyens pressés de voter avant d’aller « faire leur business ». Une idée visionnaire. Pourquoi attendre inutilement le jour du scrutin quand l’essentiel est déjà acquis ? À ce rythme, on pourrait bientôt imaginer des résultats proclamés avant même le dépôt des candidatures, afin d’éviter aux électeurs une fatigue inutile.
Le plus fascinant reste cette manière de présenter tout débat politique comme une perte de temps. « S’asseoir pour négocier alors que nous sommes en pleine marche ! », lance le chef de l’État. Voilà donc le nouveau modèle burundais : une démocratie express où le train électoral roule si vite qu’il devient inutile d’attendre les retardataires… ou les contradicteurs.
Les opposants, eux, sont priés de courir derrière le train. Le président dit même « aller les cajoler », les « prendre par la main » pour les conduire vers des élections dont il annonce déjà l’issue : « il n’y aura qu’un seul vainqueur ». Là encore, quel soulagement. Les électeurs n’auront plus l’angoisse du doute.
Oui, l’opposition peut gagner. Bien sûr. À condition probablement de trouver un candidat capable de « faire trembler Neva », comme a dit le Président.
L’opposition réclamait un dialogue ; elle a obtenu une leçon. Une leçon de démocratie version CNDD-FDD : inutile de discuter quand l’issue est déjà connue.
Boileau écrivait : « Ce qui se conçoit bien s’énonce clairement, et les mots pour le dire arrivent aisément ». Le président Ndayishimiye a le mérite de la clarté.
J’aime bien notre Président…
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