La restauration universitaire a disparu progressivement à partir de 2018, pour des raisons essentiellement budgétaires. Certains responsables estimaient que l’université devait se recentrer sur sa mission académique et que les étudiants pouvaient assumer une plus grande part de leurs dépenses. L’État a alors privilégié le système de prêts-bourses.
Pendant toutes ces années, de nombreux étudiants ont été placés devant un dilemme cruel : étudier ou chercher de quoi manger. Ils ont appris à vivre sans ce service, souvent au prix de sacrifices silencieux : repas sautés, petits métiers, endettement, dépendance accrue aux familles. L’université est censée nourrir l’esprit. Mais comment former l’intelligence quand le corps, lui, manque du nécessaire ?
Huit ans plus tard, le gouvernement annonce, dans le projet de budget 2026-2027, le rétablissement de la restauration universitaire. La décision est saluée. Elle reconnaît une évidence longtemps ignorée : une université ne peut être performante si ceux qui la fréquentent vivent dans la précarité. Investir dans la jeunesse n’a jamais été une dépense superflue. Les étudiants d’aujourd’hui sont les compétences de demain.
Certes, il y a des raisons de se réjouir. Mais la joie ne doit pas glisser vers l’autosatisfaction. Elle doit s’accompagner de vigilance et d’exigence. Elle ne doit pas effacer la mémoire.
Les Burundais ont appris, parfois à leurs dépens, qu’entre la promesse et sa réalisation se creuse souvent un fossé. Le plus grand danger serait de traiter la restauration universitaire comme une simple promesse politique, une dépense facultative.
Deux questions s’imposent. Qu’est-ce qui garantit que l’histoire ne se répétera pas ? Quelles leçons a-t-on tirées du passé pour que ce retour dure et profite réellement aux étudiants ?
Sa réussite tient à plusieurs préalables, que rappellent les observateurs : des ressources financières disponibles avec régularité, des infrastructures réhabilitées et équipées, des marchés publics transparents — pour écarter le favoritisme, la surfacturation, les denrées de mauvaise qualité.
Le plus difficile commence maintenant. Il ne suffit pas de rouvrir des restaurants. Il faut bâtir un système capable de résister aux crises économiques, aux changements de priorités politiques, aux erreurs de gestion.
Car les étudiants n’attendent pas seulement une annonce budgétaire. Ils attendent un service efficace, équitable, durable. Si la réforme réussit, elle sera le signe d’un État attentif à sa jeunesse. Si elle échoue, elle ne sera qu’une promesse de plus.
Le défi est clair : faire de ce retour non pas un événement politique passager, mais un engagement inscrit dans la durée. Nourrir les étudiants, c’est nourrir l’avenir du pays. Encore faut-il que cet avenir soit servi avec responsabilité et transparence.
Il faut nourrir les étudiants qui vivent dans de mauvaises conditions actuellement
Les étudiants n’ont pas seulement besoin d’une annonce ; ils ont besoin d’une certitude. La certitude que les repas seront réguliers, de qualité et accessibles. La certitude que les fonds publics seront gérés avec rigueur. La certitude que la restauration universitaire ne dépendra pas des aléas budgétaires.
La meilleure façon de célébrer le retour de la restauration des étudiants ne sera pas d’en parler abondamment aujourd’hui, mais d’en faire une réussite dont les générations futures pourront encore bénéficier demain.
Car derrière chaque repas servi se joue quelque chose de plus grand : la confiance d’une jeunesse envers ses institutions et la capacité d’un pays à investir durablement dans son avenir.