Ces opposants « estiment qu’il est prématuré et inopportun de poursuivre les préparatifs des prochaines échéances électorales sans qu’un dialogue politique inclusif ne soit engagé ». Pour ces partis apparamment rejoints par d’autres, « un tel dialogue apparaît indispensable pour tirer les leçons du passé, restaurer la confiance entre les acteurs politiques et garantir des conditions propices à des élections libres, transparentes et apaisées ».
Ces 5 partis ont boudé ou boycotté une rencontre organisée par la Ceni, la Commission électorale nationale indépendante à l’intention des différents partenaires électoraux, ils l’accusent de ne pas être crédible.
« Dans l’état actuel des choses, la CENI actuelle dans sa composition et son comportement, n’est pas en mesure d’organiser des élections répondant aux standards requis de transparence et d’équité », peut-on lire dans un communiqué signé par le CNL, l’Uprona, le Frodebu, le CDP et le Codebu.
Et si la réponse à ces doléances avait été données !
« Ne perdez pas votre temps avec ces gens qui se disent de l’opposition, il ne faut pas les écouter. Quand les militants du CNDD-FDD décident de présenter tel candidat, c’est ce dernier qui passe. » Ce sont là des mots du chef de l’Etat burundais déjà désigné candidat par son parti à un deuxième septennat.
Une réponse disproportionnée au vu des requêtes exprimées par ces principaux partis de l’opposition, des poids plumes face au rouleau compresseur du CNDD-FDD, si l’on s’en tient aux résultats des dernières élections.
Le Président Ndayishimiye a tenu ce discours à Butanyerera samedi le 9 mai au lendemain de ce boycott d’une rencontre de la Ceni par ces 5 partis. « Il ne faut pas vous faire rebattre les oreilles par leurs propos. Qu’ils boycottent les élections, nous allons voir s’il n’y en aura pas ! Cheminons ensemble vers ce grand rendez-vous. Ils parlent de hold-up électoral. Est-ce qu’on peut cambrioler sa propre maison ? Les voix, nous en avons à gogo, chaque Burundais en a », a-t-il tenu à préciser avant un appel à ses partisans.
« Soyez vigilants, qu’on ne se laisse pas distraire pas ces gens. Le jour venu, levez-vous de bonne heure, et aussitôt ce devoir civique accompli, vaquons à nos occupations », a-t-il donné comme consigne.
Aujourd’hui, a-t-il poursuivi, nous mettons en avant les travaux d’autodéveloppement. « Il y en a qui étaient habitués à vivre de la politique espérant quelques postes issus de leur jeu politique ».
Pour avoir un poste, a-t-il ajouté, il y en a qui ont décidé de créer des partis ou d’adhérer à telle formation politique, tout cela n’est plus de mise. « Que ces gens qui ne savent plus où donner de la tête se calment ».
Le chef de l’Etat a donné un exemple : « J’ai assisté dans un pays un mode d’élection où les urnes sont acheminées à la commune un mois avant le vote pour que les citoyens qui n’auront pas de temps le jour du scrutin puissent élire leurs candidats afin qu’ils aillent faire leur business. Est-ce un hold-up électoral ? Impossible de voler ce qui est en votre possession ! Tout appartient aux Burundais ».
Les autres sont déjà loin, argumente le président Ndayishimiye, il nous faut avoir un modèle exemplaire de démocratie. « Ce n’est qu’au Burundi où vous entendrez les gens en appeler à se mettre autour d’une table pour débattre de telle question. S’asseoir pour négocier alors que nous sommes en pleine marche ! Y a-t-il quelqu’un qui ignore que les élections auront bel et bien lieu ? Cela est non négociable. S’asseoir est une perte de temps ».
Mais, se ravise le chef de l’Exécutif, il y a toujours des gens tendus qui n’ont rien compris de la démocratie, qui traînent les pieds, je suis obligé moi-même d’aller les chercher, les cajoler, les prendre par la main afin de cheminer ensemble vers les élections. « Têtus, ils clament qu’ils n’entendent pas aller aux élections. Mais il faut qu’ils sachent qu’il n’y aura qu’un seul vainqueur ».
« Qu’ils s’entendent sur un candidat capable de m’inquiéter »

Une pointe d’ironie : « Il faut dire à ces opposants qu’ils peuvent l’emporter. Je les félicite d’ailleurs. Ils devraient s’estimer heureux et se préparer en conséquence maintenant qu’ils connaissent leur challenger, le candidat du CNDD-FDD. Ils devraient s’enorgueillir et se dire qu’ils savent maintenant à qui ils ont affaire. Qu’ils se mettent ensemble afin de trouver un candidat capable de faire trembler Neva ».
Il a invité ces opposants à affiner leur stratégie : « Il faut passer toute une semaine comme nous à le chercher ». Et d’appeler ses partisans au calme : « Surtout, ne malmenez pas ceux qui ne vont pas m’élire », a-t-il mis en garde dans une sorte de campagne avant l’heure.
« Panem et circenses »
Du pain et des jeux de cirque
(Juvénal, Satires)
Du militarisme à l’autoritarisme électoral : l’éternel recommencement burundais sous le masque des urnes.
La contradiction centrale est flagrante : d’un côté, le chef de l’État affirme vouloir un « modèle exemplaire de démocratie ». De l’autre, il déclare que les voix de son parti sont « à gogo » et que tout dialogue préélectoral est « une perte de temps ». La démocratie ne se résume pas à l’organisation technique d’un scrutin — elle implique des conditions préalables : opposition libre, médias indépendants, société civile active, et confiance dans les institutions électorales.
La différence avec les régimes militaires est effectivement ténue sur plusieurs points :
-Refus du dialogue inclusif : Comme dans beaucoup de transitions militaires avortées, le pouvoir en place considère que la seule légitimité vient des urnes (qu’il contrôle), pas d’un consensus national.
-Désignation anticipée du candidat : Le président est déjà désigné par son parti pour un second septennat, avant même que les conditions d’équité ne soient établies — une pratique courante des régimes autoritaires civils ou militaires.
-Discours de dédain envers l’opposition : Les qualifier de « gens qui ne savent plus où donner de la tête » ou leur dire « ne perdez pas votre temps avec ces gens » n’est pas le langage d’un régime démocratique, mais d’un pouvoir qui se sent invincible.
-La CENI contestée : Si la commission électorale n’est pas crédible aux yeux de l’opposition, et que le pouvoir refuse de la renégocier, on est dans une logique de confiscation du processus, pas d’élection compétitive.
Mais une différence importante subsiste : Le Burundi conserve une apparence de pluralisme formel — ces cinq partis existent, peuvent publier des communiqués, boycotter des rencontres sans être immédiatement dissous. Dans les régimes militaires classiques, l’opposition serait tout simplement interdite ou en prison.
Pourquoi organiser des élections si c’est pour afficher un tel mépris pour les conditions qui les rendraient réellement compétitives ? La réponse est que ces élections servent une fonction de légitimation internationale, pas de compétition politique interne. Le régime veut des suffrages, pas une démocratie.
On assiste à ce que les politologues appellent un « régime hybride » ou une « démocratie électorale autoritaire » : des élections ont lieu, mais les conditions de leur compétitivité sont artificiellement verrouillées. La différence avec un régime militaire pur est une différence de degré, pas de nature, sur le spectre de l’autoritarisme.
Conclusion
Ces élections ne sont qu’un simple spectacle de légitimation. Comme dans la Rome antique où l’on distribuait du pain et des jeux de cirque pour maintenir le peuple dans l’obéissance et l’apathie politique, le régime burundais contemporain offre à ses citoyens le rituel des urnes — dépouillé de toute réelle compétition, de toute incertitude, de toute possibilité d’alternance — tout en verrouillant les institutions censées en garantir l’intégrité. Les voix, dit-on, sont « à gogo ». Dès lors, à quoi bon voter, sinon pour cautionner un ordre établi qui a déjà désigné son vainqueur ? Le mythe de Sisyphe burundais se répète, inlassable : chaque cycle électoral promet une démocratie naissante, chaque cycle accouche d’un autoritarisme qui a simplement changé de costume. Les militaires ont cédé la place aux civils, mais l’armature du pouvoir unique, lui, n’a jamais vraiment disparu. Sous le masque des urnes, c’est toujours le même visage qui domine. Kadodwa Jean Oxford May 2026
No comment tout simplement sauf de signaler que le ridicule ne tue plus…