Société

Muyinga : Quand les commerçants cohabitent avec les morts

10/06/2019 Hervé Mugisha Commentaires fermés sur Muyinga : Quand les commerçants cohabitent avec les morts
Muyinga : Quand les commerçants cohabitent avec les morts
Dans ce cimetière, au moment où les uns enterrent les leurs, le commerce continue.

Plus d’une année que s’est érigé un marché dans un cimetière communément appelé Ku Gongone. Commerçants et ceux qui y vont enterrer les leurs s’accordent à dire qu’il importe de réaménager cet endroit pour le respect des morts.

A Ku Gongone, pleurer les siens est devenu un «sacrilège». Certains s’étonnent même de ce déballage d’émotions. Les familles attristées ne veulent qu’une chose : rentrer vite pour laisser exploser leur désarroi. La cause : ce marché qui s’y est érigé. Depuis, le cimetière est tellement bruyant que le recueillement est quasi impossible. Situé  derrière le commissariat provincial de Muyinga, à quelques 100 mètres du Stade de football Umuco, ce cimetière s’est quasiment transformé, depuis une année, en centre de négoce réputé de la province. Durant les jours de marché (mardi, jeudi dimanche), vendeurs de charbons de bois, vendeurs de chèvres, vendeurs de boissons alcoolisées communément appelées Imigorigori, etc s’y côtoient. Sans oublier ces restaurants aux cabanes délabrées. Un véritable capharnaüm.

Mardi 4 juin, il est 10h. En cette  matinée  qui coïncide avec la  fin du mois de Ramadhan. Tout le monde marche d’un pas pressé. Ils convergent vers le marché de Ku Gongone. Dans cette province  dont la population est à forte dominance musulmane, tous veulent acheter une chèvre pour la fête.  Arrivé là-bas, l’endroit  est un bazar sans nom.

Pire, on rencontre des enfants en train de jouer au-dessus des tombes.

Outre les gens qui jouent des coudes pour acheter de la viande de bonne qualité, ce sont les enfants qui jouent au-dessus des tombes. « C’est la fête, il n’y pas d’échappatoire, à tout prix nous devons acheter  pour partager avec  la famille et les amis », lance Hassan, barbu, la trentaine. Venu de Mwakiro, Vénant confie qu’il n’y a pas de charbon qui s’achète mieux que Ku Gongone. « En plus, il est de bonne qualité ».

Tout d’un coup, c’est le silence. Une  vingtaine de gens vient préparer les funérailles d’un des leurs. Mine renfrognée, certains se tenant à peine debout. Alors qu’elles tentent de se frayer un chemin, une personne en train de siroter une bière dans une cabane lâche : « Qu’il repose en paix, nous sommes les suivants ». A cet instant, c’est la stupeur mêlée de faux  rires. « C’est  notre quotidien ! », glisse Hassan, désolé, vendeur de charbon. A peine arrivée devant la fosse, le brouhaha du marché reprend.

Erigé pour sauver les apparences

Choisi parmi  les stades hôtes de la Coupe de la  Cecafa des moins de 17 ans, le Stade Umuco (de Muyinga) devait  se conformer aux normes de la Confédération africaine de Football (CAF). A ce moment, tous les vendeurs de charbon, de manioc exerçant leurs  activités derrière ledit stade sont sommés de vider les lieux. «Soucieuses de rendre accessible toutes les portes du stade, les autorités communales sont venues nous dire que nous devons quitter les lieux pour être installés dans un autre endroit», indique Uwitonze, vendeuse de l’Umugorigori.  Finalement, ils seront délocalisés  vers le cimetière.

D’après l’administration locale, une délocalisation de quelques jours, sauf que bientôt deux ans vont s’écouler. A l’unisson, Les commerçants disent qu’ils aimeraient aller travailler dans une autre  place. « Vous savez, la mort, c’est sacrée .Mais, faute, d’une autre alternative, nous sommes contraints d’y rester ». Avant de se raviser: « Comme  ce commerce est notre gagne-pain, nous  attendons  ».

Des fois, les chèvres s’invitent dans les enterrements.

Ramazani, jeune instituteur, quoi que dubitatif sur la volonté de l’administration, suggère : «  Si l’administration n’a pas où les mettre, elle n’a qu’à carrément construire une clôture séparant le cimetière du marché ». Ainsi ceux qui enterrent les leurs, explique-t-il,  pourraient  le faire en toute intimité.

« Une question de quelques jours », tempère Laurent Kayumba, conseiller en charge du développement de l’administrateur communal. Il fait savoir que d’ici quelques jours ce marché  sera délocalisé à Mukoni. Et de conclure:« Il ne reste que la Regideso alimente la localité en électricité ».

Suite à la décision du CNC, vous ne pouvez ni réagir ni commenter cet article.

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