Ce politicien dit avoir rencontré Mandela pour la première fois, face à face, à Arusha en Tanzanie et a eu le plaisir d’entendre de lui un discours clair et précis sur le conflit burundais.
Il se rappelle de certaines déclarations crues de cet illustre médiateur : « Tant que le pouvoir politique, militaire, économique, se trouve dans les mains d’une poignée de gens, et que la grande majorité est exclue, sachez que le Burundi ne sera jamais stable ».
La déclaration a fait que la séance soit suspendue selon Léonce Ngendakumana, puisque, dit-il, « les partis regroupés au sein du G10 ne l’ont pas directement digérée ». Deux grands groupes de Burundais à savoir le G10 à majorité tutsi et le G7 à majorité hutu ont en effet négocié l’Accord pour la paix et la réconciliation.
Mandela a su convaincre les deux camps pour mettre fin à une guerre fratricide qui avait trop duré au Burundi depuis 1993. Léonce Ngendakumana parle d’un homme qui semblait préoccupé par l’intérêt général des Burundais plus que les Burundais eux-mêmes.
A un certain moment, se souvient-il, il nous qualifiait, Buyoya et moi, d’irresponsables, de personnes incapables de diriger le pays. Mais quand il voulait décrocher quelque chose de nous, il nous prenait comme des leaders, chacun de son côté.
Quatre principes moteurs de l’Accord
En sa qualité de médiateur dans la crise burundaise, Léonce Ngendakumana apprécie la méthodologie de travail de Mandela qui était basée sur « l’usage du bâton et de la carotte ».
Comme héritage, il précise que Nelson Mandela a légué aux Burundais un Accord pour la paix et la réconciliation. L’accord repose sur quatre principes moteurs qui sont encore d’actualité d’après toujours M. Ngendakumana.
« Il y a d’abord le plus jamais ça, qui est écrit dans le tout premier protocole. C’est ce principe qui a fait que soit mis en place la Commission Vérité et Réconciliation (CVR) ».
Léonce Ngendakumana estime pourtant que la commission n’est pas en train de bien mener la mission qui lui est assignée à ce point précis. Pour lui, le « plus jamais ça » signifie qu’il ne doit plus y avoir d’exclusion, de tribalisme, de guerre, de réfugiés, de prisonniers politiques ou d’opinions. « Il faut plutôt des hommes libres, capables d’œuvrer pour le développement intégral du pays ».
Le deuxième protocole réside dans la démocratie et la bonne gouvernance qui sont considérées comme fondement de chaque gouvernement au monde. Mais le pays n’en est pas encore là à en croire encore Léonce Ngendakumana. « Il y en a qui pensent même que le pays est en train de retourner à l’époque du parti unique ou parti-Etat. C’est dommage ».
Le troisième principe moteur pour Mandela, poursuit-il, c’est que l’armée, la police et le service de renseignements doivent être des corps nationaux, loyaux, professionnels, républicains, qui ne sont pas au service d’une ethnie, d’un parti politique, d’une région. « Nous ne sommes pas encore là ».
Le quatrième pilier, souligne Léonce Ngendakumana, c’est la réhabilitation des sinistrés et la reconstruction du pays. A ce point, il trouve que les victimes des barbaries que le Burundi a connues ne sont pas encore réhabilitées.
Il faut revisiter l’Accord d’Arusha
« Il y a des réfugiés, des rapatriés et des résidents, tout le monde souffre encore. La reconstruction n’est pas encore possible parce que les gens ne pensent qu’à eux-mêmes. Ils se construisent eux-mêmes ».
A voir ce qui se passe au Burundi dans divers domaines, l’ancien président de la chambre basse du Parlement burundais affirme qu’il ne cesse de penser à Mandela. Il se rappelle de ces principes, il les énumère par cœur. « Quand je vois ceux qui manipulent l’armée, la police, le Service national de renseignements à des intérêts égoïstes et sectaires, cela a me fait très mal. Je pense à Mandela ».

Léonce Ngendakumana recommande simplement aux dirigeants du pays revisiter l’Accord d’Arusha, de le respecter et de le mettre en application. D’après lui, il faut procéder à son évaluation et l’adapter au contexte sociopolitique et économique du moment. « Il n’y a pas mieux que l’Accord d’Arusha ».
Pour ce ténor du parti Frodebu, les partis politiques, la société civile, les médias, les femmes, les jeunes, tout le monde s’accorde pour dire que jusqu’aujourd’hui, l’Accord d’Arusha reste le seul instrument pour la refondation de notre nation.
Léonce Ngendakumana regrette toutefois la xénophobie qui s’opère dans le pays de Mandela en ces jours. « Ce sont des Sud-africains noirs qui sont en train de chasser d’autres noirs. Ils font pire que ce que faisaient les Blancs du temps de l’apartheid. Les hommes qui dirigent ce pays devraient plutôt penser à l’héritage de Mandela », soutient-il.
La journée internationale dédiée à Nelson Mandela, militant de la cause anti-apartheid en Afrique du sud, a été proclamée par l’UNESCO le 10 novembre 2009 et célébrée le 18 juillet de chaque année.
Durant cette journée, chaque citoyen du monde est appelé à consacrer symboliquement 67 minutes de son temps à une œuvre au service de la collectivité, en mémoire des 67 ans que Mandela a voués à sa lutte pour la justice sociale, l’égalité, la réconciliation et la diversité culturelle.
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