Jeudi 29 février 2024

Société

Le silence des victimes des violences sexuelles

08/12/2021 Commentaires fermés sur Le silence des victimes des violences sexuelles

Une très grande disparité s’observe entre les violences sexuelles et basées sur le genre enregistrées, le nombre de procès intentés en justice et le nombre de jugements rendus. La peur de porter plainte et les difficultés de trouver des preuves pour des cas de violences sexuelles sont les principales causes.

Les effectifs du centre Seruka, un des centres qui prennent en charge les victimes de violences sexuelles et basées sur le genre sont éloquents. Alors que beaucoup de cas   sont enregistrés par les services de ce centre, très peu arrivent néanmoins devant la justice.

 

Ainsi, sur 1062 cas de violences sexuelles enregistrés au cours de l’année 2020 dans ce centre, seules 318 plaintes ont été portées à la connaissance de la police,95 dossiers devant les tribunaux et les parquets. Le centre dénombre 18 jugements rendus dont 14 gagnés par les victimes.

Les statistiques du centre Seruka montrent par ailleurs que les cas de violence basés sur le genre sont plus élevés en milieu urbain qu’en milieu rural. Ainsi, entre 2017 et août 2021, les centres de prise en charge du ministère de la Solidarité nationale, des droits de la personne humaine et du genre dans les provinces Cibitoke, Makamba et Muyinga ont enregistré 7475 cas de violences basées sur le genre.

La mairie de Bujumbura vient en tête de liste tandis que les provinces Mwaro et Karusi viennent en dernière position.


Pourquoi un si faible taux de jugements des violences sexuelles ?

La peur, et les longues procédures judiciaires découragent les victimes des violences sexuelles. J.N. a été violée à l’âge de 19 ans par un voisin, ils habitaient la même parcelle qu’ils partageaient à plusieurs ménages. Entre la peur des moqueries des autres jeunes filles de son âge, celle de la famille et des voisins, elle a vécu l’enfer.

« Tout le monde me pointait du doigt, ils disaient que c’est de ma faute si je suis entrée dans sa maison. Aller à l’hôpital était déjà difficile, imaginer alors se lancer dans les procès sans l’aide de personne, je ne savais même pas où aller », a raconté J.N., les larmes aux yeux.

Le cas de J.N. n’est pas isolé. Certaines victimes préfèrent le silence pour éviter la honte à leur famille.D’autres victimes sont découragées par les procédures judiciaires sont longues, couteuses et complexes. Marie Ange Kezimana, juriste du centre de prise en charge des cas de violences sexuelles et conjugales affirme qu’il arrive que beaucoup de victimes abandonnent les procès en cours.

« Au centre, nous leur donnons une assistance juridique à leur arrivée, nous les aidons à porter plainte et à commencer le procès. Mais on ne peut pas se présenter à leur place. »

Elle reconnaît que les procédures sont longues, les témoignages difficiles car très souvent pour les viols il n’y a que deux personnes : la victime et l’auteur.

Cette juriste explique également que certains jugements ne sont pas rendus du fait que les auteurs de viols sont inconnus ou encore en cas d’inceste, les victimes choisissent de ne pas porter plainte par peur des représailles de la famille.

La culture burundaise, la peur de la discrimination restent, une des premières causes qui empêchent les victimes des violences sexuelles à porter plainte et réclamer justice.

 

 

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