Dans plusieurs établissements scolaires, des enseignants font face à des violences de la part des élèves. Entre indiscipline et relâchement du système éducatif, syndicats, ministère et spécialistes appellent à des sanctions équitables et à une collaboration renforcée.
Antoine Manuma, président de la Fédération nationale des syndicats du secteur de l’enseignement et de l’éducation (Fnaseeb) dénonce des apprenants qui infligent des injures et des coups à leurs éducateurs. Il souligne des cas observés dans les communes Rumonge et Cibitoke. « Nous observons des actes de violence que les élèves infligent à leurs enseignants. C’est déplorable car, en principe, les éduqués devraient respecter leurs éducateurs. Ces derniers remplacent les parents pendant les moments d’étude. »
Au lycée Cibitoke, plusieurs élèves se sont exprimés sur cette problématique. L’atmosphère était plutôt calme, car c’était un jour d’alternance. Les élèves rencontrés étaient en plein séminaire. Ils ont indiqué que les confrontations entre enseignants et élèves sont rares. « Nous l’avons entendu sur les réseaux sociaux. Ce n’est pas fréquent dans notre établissement. Cependant, l’année passée, un élève étudiant en seconde a tenu tête à un professeur et l’a menacé de le frapper. Il a été puni par un renvoi de deux semaines, conformément au règlement scolaire. »
Ils affirment que ces situations peuvent découler soit du mauvais comportement des élèves, soit de la colère excessive de certains enseignants qui souhaitent infliger des sanctions au-delà du règlement scolaire. « Cela peut attiser la rage des élèves. Il faut éviter d’inventer ses propres sanctions. »
Des parents complices
M. Manuma estime que cette situation est due à plusieurs facteurs. Pour lui, l’éducation de base s’est dégradée et les parents semblent avoir démissionné dans l’éducation de leurs enfants. Il ajoute que certains se montrent indisciplinés au point de soutenir leurs enfants fautifs. « Ils peuvent eux-mêmes harceler ces enseignants. C’est un phénomène contagieux qui se répand à grande vitesse alors que ces parents devraient collaborer avec les enseignants pour trouver des solutions aux problèmes liés à l’éducation. »

D’après lui, la montée des violences en milieu scolaire s’explique par plusieurs causes. « D’abord, la consommation de drogues, de produits toxiques et de boissons fortement alcoolisées par certains élèves, parfois jusque dans les écoles. » Il affirme que cela peut évidemment rendre les élèves dangereux, allant jusqu’aux insultes et agressions envers les enseignants.
Il souligne également que le relâchement des gestionnaires d’établissements scolaires et du système éducatif favorise l’impunité et affaiblit l’autorité scolaire. Le manque d’application équitable des sanctions crée des frustrations et des comportements déviants chez les élèves.
« Certaines idéologies politiques contribuent aussi à dévaloriser le rôle de l’enseignant et de l’école. Des élèves se croient en position de pouvoir. » Selon lui, des discours louant une section au détriment des autres exposent aussi les enseignants de ces matières à l’insolence et découragent les élèves.
Pour ce syndicaliste, les conséquences sont graves, notamment la dégradation progressive de la qualité de l’enseignement. L’absence de sanctions pousse les élèves à fournir peu d’efforts. Ce qui accentue ce recul déjà visible. « Il est donc nécessaire d’appliquer rigoureusement les règlements disciplinaires. Il faut aussi penser à réviser ces textes, sanctionner les gestionnaires défaillants et confier la gestion des écoles à des responsables compétents. Cela va garantir l’ordre, la discipline et la performance du système éducatif. »
Jean Christophe Irambona, porte-parole du ministère de l’Éducation et de la Recherche scientifique, affirme que ces mauvais comportements se manifestent de plus en plus. « Le ministère condamne vivement ces agissements. Ceux qui ont posé ces actes ont été punis suivant les textes réglementaires. »
Concernant le deux poids deux mesures face aux élèves fautifs, M. Irambona précise que cela ne se pratique pas. Selon lui, tous les contrevenants sont sanctionnés de la même manière. « Pour éradiquer ce problème, j’appelle toutes les personnes impliquées à revenir aux bonnes bases de l’éducation. Spécialement les parents, à qui il revient d’inculquer les bonnes manières basiques. » Aux éducateurs, il les incite à suivre et à faire respecter le règlement scolaire.
Bâtir une école-famille
« Le comportement de l’élève qui va jusqu’à être violent envers son enseignant émane de sa personnalité acquise au cours de sa vie sociale. Il découle de ce qu’il voit, écoute et vit au quotidien », explique Jean Marie Ndayifukamiye, psychopédagogue. Il ajoute que lorsqu’un éducateur remarque un comportement douteux, il devrait rapidement convoquer les parents afin de s’asseoir ensemble pour en discuter et trouver des solutions.
Ensuite, il faut rechercher un professionnel en la matière pour les appuyer dans le redressement de l’élève. Pour lui, si cela n’est pas fait, l’avenir de ce dernier est mis en cause, tout comme l’ambiance pendant les cours. « L’enseignant et l’élève, personne n’est en paix. »
Au lycée Notre-Dame de la Sagesse de Gitega (LNDS), anciennement appelé CND (Collège Notre-Dame de Gitega), les enseignants tout comme les élèves affirment que de tels cas d’insolence n’ont jamais eu lieu. Felix Stany Niyoyita, enseignant au LNDS, révèle qu’ils n’ont jamais fait face à des violences commises par les élèves. « Pour réussir à maintenir cette relation paisible avec les élèves, il faut bâtir une école-famille, un endroit où tout le monde se sent valorisé. Il faut aussi que les enseignants cessent d’entretenir des relations extra-scolaires avec leurs apprenants. Sinon, ils vont les considérer comme des égaux. »
Léissa Marie Irera, doyenne et élève de cette école, indique que les seuls comportements compromettants de la part des élèves se manifestent durant le troisième trimestre, lorsque certains n’ont plus d’espoir de réussir. « Ils peuvent vouloir déranger dans les dortoirs ou les salles d’étude mais, pour éviter que cela n’entraîne des confrontations, nous les menaçons d’appeler l’encadreur. Ils savent que s’ils ont un renvoi, ils risquent aussi de perdre la possibilité de reprendre l’année. »






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