Mercredi 29 mai 2024

Editorial

La fin du Phénix ?

22/03/2024 4

Les dés sont jetés, les carottes sont cuites : le ministre de l’Intérieur a validé les conclusions issues du congrès extraordinaire tenu à Ngozi le 10 mars par des dissidents d’Agathon Rwasa. « Nous prenons acte du rapport et des décisions prises à l’occasion du congrès extraordinaire du parti Cnl notamment l’élection de Nestor Girukwishaka comme président et représentant légal ainsi que la mise en place du nouveau bureau politique dont le procès-verbal a été authentifié par le notaire », peut-on lire dans une correspondance signée le 18 mars.

Par Léandre Sikuyavuga, Directeur du groupe de presse Iwacu

Agathon Rwasa, chef historique qui a régné sur le parti de Rémy Gahutu sans partage pendant plusieurs décennies, est officiellement évincé. Plus d’un se demandent l’avenir politique de M. Rwasa, le « Lider Maximo » de l’opposition au Burundi et ses sympathisants qui sont désormais sans cadre légal.

Le Cnl, qui a changé à maintes reprises d’appellation, est un parti historique. A la tête de ce parti dans le maquis, alors mouvement armé, Agathon Rwasa a combattu pour la « libération » du pays. Rappelant à ses militants ses efforts et ses « sacrifices » depuis plusieurs années, il s’est érigé en « grand homme, homme fort » pour tenir les rênes du parti. Elevé au rang de mythe – les médias ont joué un rôle important dans la construction du mythe Rwasa-, ses sympathisants ne distinguaient plus l’homme de l’institution qu’il dirigeait. Ce n’est pas la première fois qu’il est « éjecté » de la présidence de son parti. Mais ses tombeurs n’ont jamais réussi à récupérer ses militants.
Tel le Phénix de la mythologie grecque, Rwasa s’est toujours reconstitué. Allons-nous assister à une énième renaissance ? Plusieurs observateurs estiment que le pouvoir, instruit par l’histoire, ne le laissera plus former un autre parti politique, qui ne sera jamais agréé.

Impossibilité de se présenter sous forme d’une coalition d’indépendants comme en 2015, à l’analyse, le principal opposant ne dispose pratiquement plus de marges de manœuvre pour les législatives de 2025. Les juristes estiment que le denier recours devrait être le pouvoir judiciaire, il peut porter plainte devant la cour administrative de la Cour suprême. « Un pouvoir judiciaire indépendant sauve la nation, peu importe la position de l’exécutif. Si le pouvoir judiciaire décide de dire le droit et rien que le droit, cela ne sera pas au profit du Cnl, mais de tout un peuple », dixit le politique Tatien Sibomana.
C’est possible. En attendant, que cessent les humiliations, les arrestations suivies des détentions dirigées contre les fidèles influents de Rwasa après le congrès de Ngozi. Déjà le jour du congrès, des députés qui lui restent fidèles ont passé des heures sous le soleil, assis à même le sol sous l’ordre de certaines autorités administratives et policières de la province. Une femme responsable jusque-là du parti Cnl dans la nouvelle circonscription de Buhumuza et une autre, présidente des femmes « inyankamugayo » de la nouvelle province de Butanyerera sont introuvables depuis quelques jours. D’autres arrestations sont signalées à Rugombo et à Kayanza.

L’article 1 de la Constitution stipule que « Le Burundi est une République indépendante, souveraine, laïque, démocratique, unitaire et respectant sa diversité ethnique et religieuse. » Cela signifie qu’il faut respecter le pluralisme politique. Ce qui n’est visiblement pas le cas.

Forum des lecteurs d'Iwacu

4 réactions
  1. jereve

    Les sénégalais viennent de nous donner une leçon exemplaire inoubliable: l’homme qu’ils ont porté à la magistrature suprême était il y a dix jours en prison accusé de tous les maux – outrage, diffamation et fauteur de troubles. Son parti avait été suspendu.
    A première vue, on aurait conclu que tout était perdu d’avance, mais voilà qu’il a bénéficié de mesure d’amnistie accordée par le président sortant. Dès lors tout devint possible.
    En essayant de l’écarter à tout prix, le parti au pouvoir lui a, sans le vouloir, fait beaucoup de publicités et ouvert un large boulevard tout droit vers le fauteuil présidentiel.
    Comme quoi les opposants sont à manipuler avec beaucoup de précautions.

  2. Karikumutima

    Je me suis toujours posé des questions qui n’int aucun sens au Burundi.
    Est ce une bonne chose pour le Burundi la punition faite à Rwasa?
    Du temps où nous étions à l’ècole secondaire, nous lisions des livres de Martin Luther King, Che Guevara, Gandhi, Nelson Mabdela, etc..
    Rwasa était un garçon brilliant, patriote et blessé comme nous tous, mais avec une ferveur idéaliste.
    Lorsque la catastrophe est encore tombée sur le Burundi, il a pris les armes. Je l’aurais suivi.
    Mais lorsque j’ai entendu qu’il massacrait tous les Tutsi sous son passage. Qu’il appelait son movement rebellele ParmeHutu.
    J’ai été dégoûté à la nausée. J’ai vomi pendant 2 mois.
    J’étais un ami d’enfance.
    Niyasoma Iwacu, il saura qui a écrit
    L’Afrique est maudite

  3. jereve

    La fin du phénix? Non, car selon la légende, le phénix est un oiseau mythique qui renait toujours de ses cendres. Et jusque aujourd’hui, rien ne semble contredire cette légende si on l’applique maladroitement à Rwasa.
    A plusieurs occasions, on a essayé de le « brûler » en lui privant de son parti, en le menaçant d’emprisonnement et même en lui volant sa victoire aux dernières présidentielles (c’est en tout cas lui et une certaine opinion qui le disent)…Mais il est toujours là, ET IL FAIT TOUJOURS PEUR à ses concurrents.
    Normalement, si nos actuels dirigeants avaient un bilan solide comme du roc, ils n’auraient pas besoin d’écarter des concurrents sérieux en usant d’artifices. Toutes ces agitations ne font que semer le doute dans l’esprit des populations, cela ne profite à personne.

  4. Kabizi Pawulo

    Le Burundi n’est ni le Kenya, ni l’Afrique du Sud ni le Sénégal où la justice peut contredire, s’opposer à la décision de l’exécutif. C’est la fin de Rwasa comme président d’un parti politique.

A nos chers lecteurs

Nous sommes heureux que vous soyez si nombreux à nous suivre sur le web. Nous avons fait le choix de mettre en accès gratuit une grande partie de nos contenus, mais une information rigoureuse, vérifiée et de qualité n'est pas gratuite. Nous avons besoin de votre soutien pour continuer à vous proposer un journalisme ouvert, pluraliste et indépendant.

Chaque contribution, grande ou petite, permet de nous assurer notre avenir à long terme.

Soutenez Iwacu à partir de seulement 1 euro ou 1 dollar, cela ne prend qu'une minute. Vous pouvez aussi devenir membre du Club des amis d'Iwacu, ce qui vous ouvre un accès illimité à toutes nos archives ainsi qu'à notre magazine dès sa parution au Burundi.