Jeudi 26 mai 2022

Société

Interview exclusive/Miss Burundi 2022 déterminée à faire ses preuves

13/05/2022 4
Interview exclusive/Miss Burundi 2022 déterminée à faire ses preuves
Kelly Ngaruko a remporté la compétition Miss Burundi 2022

Kelly Ngaruko a été couronnée Miss Burundi 2022 devant une salle houleuse qui contestait son élection. Malgré les vives réactions qui ont fusé de partout, elle se montre sereine et résiliente. Rencontre.

Vous avez été élue Miss Burundi 2022, malgré quelques contestations du public. Vous attendiez-vous à la couronne ?

Je voyais que j’avais toutes mes chances de gagner. Car mon projet, je l’avais déjà démarré depuis 2020.

Certes, la compétition était assez difficile. Je ne pouvais pas avoir une confiance totale et me dire que c’est moi la miss. Tout le monde a fait ses preuves. Ça a été quand même une surprise et un grand honneur de remporter la couronne.

En quoi consiste exactement votre projet ?

Mon projet est intitulé « le Burundi dans les affaires ». Il consiste à équiper la jeune fille pour concevoir, écrire et réaliser ses projets liés au commerce. Nous les aidons à trouver d’abord une idée de projet qui correspond à leur profil, à la mettre sur papier mais aussi à trouver des moyens pour le réaliser.

Je travaille avec la fondation « Blessed to Bless », une organisation caritative locale, à but non lucrative et une microfinance. Nous avons plus de 100 bénéficiaires, âgées de 20 à 30 ans, regroupées dans 5 groupements solidaires éparpillés dans différentes provinces.

L’initiative a commencé en 2020 alors que je travaillais comme volontaire dans cette fondation. Nous faisions beaucoup de bonnes actions à l’endroit des veuves, des orphelins, etc. Mais après, nous avons compris qu’il fallait redonner la dignité à ces femmes. Il fallait qu’elles soient capables de faire vivre leurs enfants sans toujours compter sur les aides. C’est ainsi que nous avons approché la microfinance « Umuryango » qui a accepté de nous soutenir.

Comment comptes-tu réaliser ton projet ? Avec quels moyens ?

Jusque-là, nous opérons sous forme de groupes solidaires. Ce sont des groupes de 15 à 20 jeunes femmes qui se mettent ensemble pour être formées, éduquées sur la gestion financière et reçoivent un crédit collectif pour réaliser leur petit commerce.

Jusque-là, la seule contrainte que j’ai se trouve au niveau des fonds de garantie que je dois couvrir. J’ai une microfinance qui m’aide et qui va continuer à me soutenir durant cette année de règne.

Il y a aussi des fonds déjà alloués par la première dame, des banques qui sont disposées à soutenir mon projet. Je pense que la question de moyens n’est pas un problème. Le grand défi sera plutôt l’éducation financière de ces jeunes filles. Nous remarquons qu’elle est encore très basse.

Les miss Burundi précédentes n’ont pas été très actives malgré leurs promesses, comment allez-vous faire la différence ?

Pour évaluer une personne qui remporte ce genre de titre, il faut le faire dans ses premiers 90 jours (trois mois). Je pense que durant ces 90 jours qui suivent, ceux qui suivront de près nos activités pourront se faire une idée de ce que je vais réaliser durant le reste de l’année. Il est difficile de faire des promesses concrètes pour le moment, que vous allez voir ceci cela. Je suis confiante que je pourrai réaliser le maximum d’activités prévues durant toute l’année. Et durant ces trois premiers mois, je crois que les gens verront quelque chose de consistant déjà.

Quels sponsors avez-vous déjà ?

La microfinance Umuryango a promis de continuer à nous soutenir, à rendre disponible encore plus de formateurs pour un suivi assez rapproché des bénéficiaires. J’ai personnellement un coach qui est en train de m’aider à concevoir un plan d’action pour cette année.

En ce qui concerne les fonds, pour l’instant j’ai déjà les prix de la compétition, les fonds du bureau de la Première Dame qui ne sont pas négligeables. Le jour même de la finale, elle a rendu disponible 5 millions de BIF pour appuyer nos projets. C’est un premier pas important qui nous garantit son soutien. Elle nous a aussi ouvert les portes et nous a promis que tout le bureau est disposé à nous aider en cas de besoin. J’invite toute autre personne qui veut se joindre à ma cause, elle est la bienvenue.

De la simple Kelly à peine connue, aujourd’hui tu es Miss Burundi. Qu’est ce qui a déjà changé dans votre vie quotidienne ?

Je deviens une vraie star (fous rires…) Partout où je passe, c’est « miss Burundi, miss Burundi… » Je suis dépaysée. Je ne peux pas faire deux pas dans la rue sans que quelqu’un se tourne vers moi pour me regarder. Franchement, je suis complètement perdue avec cette vie, je n’y suis pas encore habituée. Ça me rend très timide.

Ce qui m’étonne dans tout ça, les gens que je croise dans les rues me donnent des énergies positives, me félicitent chaleureusement, m’encouragent… contrairement au bruit négatif qui a fusé dans la salle le jour de la finale et sur les réseaux sociaux.

Revenons justement sur les polémiques qui ont fusé sur ton élection. Est-ce vrai ? Et comment vous les avez accueillies ?

Tout ce que l’on a raconté est archifaux. Le jury n’a pas été corrompu. Pas du tout. Au début, quand j’ai vu les commentaires, j’ai tout simplement rigolé. Comment une personne peut imaginer des scénarios pour fabriquer une fausse histoire… J’étais dépassée, c’était absurde.

Le jury était composé par des gens très respectables, objectifs, qui ont surtout misé leur regard sur les projets. Vous avez justement soulevé la question de manque d’actions des miss précédentes. Je crois que le jury a voulu s’assurer que ça n’arrive plus. Il cherchait une candidate avec un projet déjà entamé qui, dans une année, pourra donner des résultats palpables. Je pense que c’était le critère important du jury et je crois que c’est pour cela que j’ai remporté la couronne.

 


Interview/ Irvine Floréale Murame : « Nous sommes très confortables avec notre choix »

Un jury ’’corrompu, subjectif ’’, quelques voix se sont élevées pour crier au scandale lors de la finale et même après sur les réseaux sociaux. La présidente du jury, Irvine Floréale Murame, s’explique.

Irvine Floréale Murame, présidente du jury de Miss Burundi 2022

Sur quels critères le jury s’est-il basé pour choisir la Miss Burundi 2022 et ses dauphines ?

Le jury de la compétition « Miss Burundi 2022 » a travaillé sur base des souhaits de l’organisation Miss Burundi, qui entend promouvoir, cette année, « Umukobwa mwiza, w’akaranga n’akarorero » (Une belle jeune fille respectueuse de la culture et exemplaire. NDLR), capable de pousser, par ce qu’elle est et ce qu’elle fait, les autres filles du Burundi vers l’excellence.

Le jury s’est donc basé d’une part sur des critères d’évaluation esthétique lors des différentes apparitions sur scène des candidates pour élire la Miss Burundi 2022.

Mais aussi du fond et de la forme de leurs projets pour en déterminer la proposition la mieux présentée, l’impact concret et mesurable, la stratégie d’exécution lisible tenant en compte les 12 mois de règne, l’expérience qui rassure que les promesses faites lors de la compétition seront traduites en actes une fois la couronne obtenue, etc.

Chaque membre du jury avait sa propre cotation. Et nous avons mis ensemble nos résultats, pour en dégager le résumé.

Quelles qualités avez-vous remarqué sur la miss élue ? Êtes-vous totalement convaincue qu’elle méritait la couronne après toutes les contestations ?

Il y a un côté tendancieux dans la question qui surprend. Si nous n’étions pas convaincus, pourquoi pensez-vous que nous l’aurions choisie et assumé notre décision ?

Les membres du jury ont été d’accord, au vu des critères fixés pour la sélection 2022, lesquels critères ont été clairement exposés aux candidates, que la meilleure à représenter l’idéal de la « Miss Burundi 2022 » est Miss Kelly Ngaruko.

Nous vous laissons ces 12 prochains mois le plaisir de découvrir la Miss et ses trois co-lauréates, comme nous avons eu la chance et le plaisir de les découvrir le long du processus de sélection.

Il y a eu beaucoup de polémiques sur le choix de la Miss Ngaruko, depuis la salle lors de la finale même après sur les réseaux sociaux. Certains ont jugé subjectif le choix du jury. Qu’en dites-vous ?

Une compétition, qu’elle soit de beauté, sportive ou dans d’autres domaines, ne se remporte pas parce qu’on a mobilisé le plus de gens dans la salle ou dans un stade. Une compétition se remporte sur base des critères de sélection.

Un jury réellement indépendant vous rappelle que ce n’est pas parce que vous avez mobilisé la plus grande fan-base dans la salle, que vous avez objectivement le meilleur vote.

Il faut plus, faire attention aux critères de sélection. Sinon, pour ce qui est des choix, il y a toujours de l’intersubjectivité en pareilles circonstances. La preuve : prenez un échantillon de personnes, et demandez-leur qui méritait la couronne.

Il y aura autant de réponses que de candidates. Il n’y a de l’unanimité que dans de très rares cas. Nous sommes donc très confortables avec notre choix. Et, naturellement, nous ne répondons pas aux ragots.

En tant que présidente du jury, comment avez-vous interprété le comportement de la salle après l’annonce de la miss ?

Contrairement à ce qui a été rapporté, nous avons constaté à l’annonce des résultats qu’il y avait beaucoup de personnes déçues par notre choix dans la salle. Mais il y en avait aussi beaucoup qui étaient contents de notre sélection.

Seulement les premiers ont apparemment plus retenu l’attention. Cela a sans doute à voir avec la nature profonde de l’être humain. Le drame fait toujours couler plus de salives. Et d’encre, pour le grand plaisir des médias.

Une compétition, qu’elle soit de beauté, sportive ou dans d’autres domaines, ne se remporte pas parce qu’on a mobilisé le plus de gens dans la salle ou dans un stade. Une compétition se remporte sur base des critères de sélection.

 

Forum des lecteurs d'Iwacu

4 réactions
  1. Gacece

    Bonjour Miss Burundi! 🙂
    Félicitations!… Je vous connais, mais pas tant que ça!…

  2. Rushubije

    Le Ministre de l’agriculture n’est pas un économiste. La personnalité la mieux indiquée juguler l’inflation et à qui, éventuellement il faut tendre le micro, est le gouverneur de la Banque de la République du Burundi. C’est lui qui sait comment calmer la tempête en jouant sur le taux directeur de la Banque centrale.

    • Yan

      @Rushubije
      Es-tu sûr de ne pas être hors sujet? Car ici nous autres sommes en train d’admirer la meuf, la gonzesse, la nana, la plus jolie du pays de Ntare Rushatsi. Loin de ces problèmes macroéconomiques.

    • Rushubije

      Le commentaire ci-dessus était pour l’éditorial de la semaine.

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Qui est Kelly Ngaruko ?

Agée de 23 ans, Kelly Ngaruko est la cadette d’une fratrie de trois filles. Elle a fait ses études primaires et secondaires à l’Ecole Internationale de Bujumbura. Lauréate, en 2016, des humanités en scientifique B, elle obtient une bourse pour poursuivre ses études supérieures aux Etats-Unis à Millikin University. Elle sort licenciée en 2020, diplômée en Mathématiques et génie industriel.

Après ses études universitaires, elle fait face au chômage pendant quelques mois avant d’obtenir un emploi temporaire de programmeur informatique dans une entreprise aux Etats-Unis. Elle rentre au pays mais continue à travailler en ligne pour la même société américaine.

Après, elle décroche un contrat déterminé de quelques mois dans l’assurance Jubilee à Bujumbura. Puis elle travaillera dans un centre de bien-être « Splash », de sa famille, comme chargée de marketing avant de se lancer dans la compétition Miss Burundi.

Mme Ngaruko fait aussi le commerce de parfum, elle a sa marque qui sort sa première ligne très bientôt. Aujourd’hui, elle veut se consacrer entièrement à son année de règne, à son projet. Son moment préféré : « Quand je me réveille un matin libre et que je démarre ma journée sur une bonne tasse de café. C’est la meilleure journée qui soit ».

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  1. Gacece

    Bonjour Miss Burundi! 🙂
    Félicitations!… Je vous connais, mais pas tant que ça!…

  2. Rushubije

    Le Ministre de l’agriculture n’est pas un économiste. La personnalité la mieux indiquée juguler l’inflation et à qui, éventuellement il faut tendre le micro, est le gouverneur de la Banque de la République du Burundi. C’est lui qui sait comment calmer la tempête en jouant sur le taux directeur de la Banque centrale.

    • Yan

      @Rushubije
      Es-tu sûr de ne pas être hors sujet? Car ici nous autres sommes en train d’admirer la meuf, la gonzesse, la nana, la plus jolie du pays de Ntare Rushatsi. Loin de ces problèmes macroéconomiques.

    • Rushubije

      Le commentaire ci-dessus était pour l’éditorial de la semaine.

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