Notre journaliste Jean Bigirimana porté disparu depuis 3594 jours. Nous ne l'oublions pas.

Région Centre/Gitega : Un projet de l’Obuha paralyse la vie sociale

Sur la colline Rukoba à Gitega, un projet de viabilisation initié par l’Obuha vire au blocus social. L’interdiction stricte de construire, de réhabiliter ou de vendre la moindre parcelle avant sa viabilisation paralyse la vie communautaire. Les victimes s’en plaignent au moment où l’administration s’avoue vaincue.

Il y’a 3 ans, une annonce de l’Office burundais de l’Urbanisme et de l’Habitat (Obuha) sonnait comme une promesse de modernité. La colline Rukoba allait être viabilisée par intégration. Le deal était clair sur le papier : l’État récupère 47 % des terres pour les infrastructures et les services publics tandis que les propriétaires conservent 53% de parcelles valorisées.

Mais, aujourd’hui, l’enthousiasme a laissé la place à l’amertume. Une interdiction de construire ou de vendre le moindre mètre carré a transformé cette colline verdoyante en une zone de non-droit social. Pire encore, certaines pratiques sociales ont été perturbées selon la population. « Dans la tradition burundaise, le mariage d’un jeune homme est synonyme d’autonomie. Il doit avoir son propre toit, souvent sur une portion de terre lui cédée par ses parents pour y accueillir sa future épouse. Mais, depuis trois ans, ce rite est devenu impossible chez certains», affirme Elvis Nininahazwe, 32 ans.

Cédric Nimbona éprouve le même désarroi. Avec une mine sombre, il regarde le terrain familial où il aurait dû bâtir sa maison. Selon lui, il devait se marier l’année passée. Son père était déjà prêt pour lui donner un espace où construire son toit mais, l’Obuha a dit non. « Il est interdit de poser une seule brique tant que la délimitation n’est pas encore faite. Aujourd’hui, je suis bloqué chez mes parents, ma fiancée attend chez les siens. On nous empêche de fonder notre foyer. »

Effondrement des repères traditionnels

Cette situation n’est pas sans conséquence sur la moralité et la cohésion de la colline. Les mères de famille assistent impuissantes à l’effondrement des repères traditionnels. « Nos filles tombent enceintes en masse. Les jeunes gens s’aiment, mais, comme les garçons ne peuvent pas construire leurs propres maisons, les fiancés finissent par reculer. Ils refusent de prendre nos filles enceintes chez leurs parents où ils s’entassent déjà », déplore Bernadette Nduwumukama.

D’après de nombreuses mères de famille, ces filles restent à leur charge, abandonnées. Elles sont frustrées et blessées. « Mais qui condamner ? Pas ces enfants en tout cas mais plutôt l’Obuha qui traîne les pieds, au lieu de commencer les travaux de viabilisation de notre colline », affirme Jeanine Bimenyimana.

Pour les pères de famille, financer la dot ou les cérémonies de mariage de leurs enfants, n’est plus facile. Pascal Harakandi, un patriarche de la colline, exprime son désarroi. « N’ayant pas de liquidités, notre seule banque, c’est notre terre. Je voulais vendre mais personne n’achète notre terre qui est aujourd’hui sous embargo. Nos projets sont totalement handicapés. »

L’administration locale dépassée

Les représentants de l’administration locale sont submergés par des plaintes. Le chef de la colline Rukoba avoue son impuissance. « La tension est palpable. Trois ans sans délimitation, c’est intenable. ». Il demande à la Direction générale de l’Obuha de libérer Rukoba en traçant les parcelles pour que chacun sache enfin ce qui lui appartient et puisse reprendre le cours normal de sa vie.

Nous n’avons pas pu joindre les responsables de l’Office à Gitega pour de plus amples informations.

Forum des lecteurs d'Iwacu

0 commentaires
Aucun commentaire pour le moment.

Charte des utilisateurs des forums d'Iwacu

Merci de prendre connaissance de nos règles d’usage avant de publier un commentaire.

Le contenu des commentaires ne doit pas contrevenir aux lois et réglementations en vigueur. Tout propos incitant à la haine, à la violence ou à la discrimination est strictement interdit.

Iwacu se réserve le droit de supprimer tout commentaire non conforme à la charte.

Ajouter un commentaire

MENU