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Prestation de serment des membres des CEPI : une composition qui suscite déjà la méfiance de l’opposition

Les 52 membres des Commissions électorales provinciales indépendantes (CEPI) ont prêté serment le mardi 23 juin 2026. Chargés d’encadrer et de coordonner le processus électoral dans les cinq provinces du pays, ils se sont engagés à exercer leurs fonctions avec impartialité. Cependant, la composition de ces commissions alimente déjà les critiques d’une partie de l’opposition, qui doute de leur neutralité.

Lors de cette cérémonie organisée par la Commission électorale nationale indépendante (CENI), les nouveaux commissaires ont juré de remplir leur mission conformément à la loi. Dans leur serment, ils ont notamment promis de « superviser les élections sans parti pris et procéder au décompte des voix conformément aux résultats obtenus ».

Répartis dans les cinq provinces du Burundi, ces 52 membres constituent désormais l’échelon provincial de l’administration électorale. Leur rôle sera déterminant dans l’organisation des prochaines échéances électorales, notamment en ce qui concerne la supervision des opérations de vote et la centralisation des résultats.

Toutefois, alors même que les membres viennent à peine d’entrer en fonction, leur composition fait déjà l’objet de discussions au sein de la classe politique. Plusieurs partis de l’opposition s’interrogent sur l’équilibre politique de ces commissions. Les critiques portent principalement sur le fait que les présidents des CEPI désignés dans les cinq provinces seraient tous issus du parti au pouvoir.

Parmi les formations politiques représentées au sein des commissions figurent notamment le CNDD-FDD, l’Uprona, le Sangwe Pader, le PRP Abatuhurana, le FPN Imboneza, le MSP Inkinzo, le FNL RANAC,et le Radebu et bien d’autres. Plusieurs représentants des confessions religieuses et de la société civile ont également été intégrés dans les différentes commissions provinciales. C’est notamment le cas du Codip(Collectif des Organisations pour le Développement Intégré de la Population).

Contester la CENI tout en y siégeant ?

Les 52 membres des CEPI autour des commissaires de la CENI

Certains des cinq partis ayant récemment demandé la dissolution de la CENI affirment ne pas avoir été associés au processus de mise en place des CEPI. Un cas attire particulièrement l’attention : celui de Florence Ntakarutimana, identifiée comme membre du Frodebu au sein de la CEPI de Buhumuza. Cette dernière est la seule représentante connue de ce parti dans l’ensemble des commissions provinciales, alors que le Frodebu figure parmi les signataires de la lettre contestant la légitimité de l’actuelle CENI.

Contrairement aux autres partis signataires de la demande de dissolution de la CENI, l’Uprona dispose d’au moins un représentant au sein des CEPI dans chacune des cinq provinces du pays. En revanche, des formations politiques importantes de l’opposition, notamment le CNL, le CDP et le Codebu, ne figurent pas parmi les membres de ces commissions provinciales, selon les listes rendues publiques.

« La composition des CEPI respecte les dispositions du Code électoral »

Malgré les critiques, le président de la CENI, Prosper Ntahorwamiye, défend la régularité du processus. Selon lui, la composition des CEPI respecte les dispositions du Code électoral, notamment son article 38. Il précise que les commissions sont constituées à hauteur de 60 % de membres hutu, 40 % de membres tutsi et 30 % de femmes.

Le président de la CENI insiste également sur le fait que plusieurs critères ont guidé la sélection des commissaires. « Nous avons tenu compte de la diversité politique, de la diversité ethnique et de la diversité de genre. », a-t-il déclaré, avant d’exhorter les nouveaux membres à faire preuve d’impartialité et de neutralité dans l’exercice de leurs responsabilités.

Malgré ces assurances, les doutes persistent au sein d’une partie de l’opposition. Par exemple Patrick Nkurunziza, président du Frodebu, la question de la confiance demeure centrale. « Lorsque tous les présidents des CEPI sont issus du même parti politique, il devient difficile de convaincre l’opinion publique que l’administration électorale est neutre et impartiale », affirme-t-il.

Selon lui, cette situation renforce les préoccupations exprimées par les cinq partis de l’opposition signataires de la correspondance adressée au président de la République. Ces formations estiment que la CENI agit davantage en faveur du parti au pouvoir qu’en tant qu’institution indépendante chargée de garantir des élections libres, transparentes et équitables.


Réactions

Kefa Nibizi : « Il n’y a pas d’élections qui sont en train d’être organisées »

Le Codebu ne figure pas parmi les membres des CEPI. Une absence que son président, Kefa Nibizi, explique par le refus de cautionner un processus qu’il estime dépourvu de garanties. « Toutes les garanties que nous avons demandées […] n’ont pas été fournies. Le Parti Codebu a donc décidé de ne pas présenter les dossiers des candidats CEPI à la CENI », affirme-t-il.

Pour lui, siéger n’aurait de toute façon qu’une portée limitée tant que les problèmes au sommet de l’administration électorale ne sont pas résolus : « Pour nous, faire partie des CEPI n’a pas de sens ». Il critique surtout la composition de la commission. « La CENI ne peut pas décider dans sa neutralité ou en toute indépendance parce qu’il n’y a pas d’équilibre au sein de cette institution ». La désignation de présidents tous issus du parti au pouvoir traduit, selon lui, une volonté de canaliser le scrutin.

Plus largement, il conteste la crédibilité même du processus. « Il n’y a pas d’élections qui sont en train d’être organisées ». Le Codebu dit qu’il continuera à dénoncer les abus, sans avoir encore arrêté sa position sur une participation au vote. Sa revendication reste le dialogue et une recomposition de la CENI « pour qu’elle reflète un équilibre politique ».

Jean de Dieu Mutabazi : « Ce qui nous préoccupe beaucoup plus, c’est la mise en œuvre des propositions aux 42 préoccupations »

Le Radebu, lui, est représenté au sein des CEPI. Son président, Jean de Dieu Mutabazi, s’en félicite mais déplace le débat de la composition vers la mise en œuvre des engagements pris lors du dialogue politique, autour des 42 préoccupations soulevées par les acteurs. « Nous sommes représentés quand même au niveau des CEPI, et nous espérons que nous le serons aussi au niveau des CECI », relève-t-il.

L’essentiel est ailleurs : « Ce qui nous préoccupe beaucoup plus, c’est la mise en œuvre des propositions aux 42 préoccupations qui avaient été soulevées ». Il attend désormais les commissaires à l’œuvre. « Nous attendons que ces membres des CEPI contribuent de manière effective à ce que l’ élection de 2027 soit démocratique, libre, transparente et surtout conforme à la loi ».

Patrick Nkurunziza : « Une élection crédible ne peut pas être organisée dans un climat où les principaux acteurs politiques sont écartés »

Le Sahwanya-Frodebu dénonce une mise à l’écart. « Le parti Sahwanya-Frodebu n’a été ni associé, ni consulté, ni impliqué dans le processus de désignation des membres des CEPI […], alors même qu’il demeure l’une des principales forces de l’opposition au Burundi », affirme son président, Patrick Nkurunziza.

Il y voit une exclusion délibérée : « Une élection crédible ne peut pas être organisée dans un climat où les principaux acteurs politiques sont écartés des mécanismes de préparation et de supervision des élections ». Le parti a décidé de ne pas participer à la mise en place des CECI et a cessé de prendre part aux réunions de la CENI, tout en promettant d’informer l’opinion sur les irrégularités constatées.

Sa principale préoccupation rejoint celle des autres : des présidents de CEPI tous issus du pouvoir. Le Frodebu plaide pour une recomposition de la CENI et l’ouverture d’un dialogue inclusif.

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