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67 voix sans l’UA: Jacques Nshimirimana revient sur sa campagne à l’ONU

Il n’a pas été élu, mais il a marqué le scrutin. Jacques Nshimirimana, candidat burundais au Comité des droits de l’homme des Nations unies, a recueilli 67 voix sur 175 États votants, terminant 10ème sur 16 candidats. Une performance d’autant plus remarquée qu’elle s’est jouée sans le soutien officiel de l’Union africaine — et dans les dernières heures, sans même la mention de son nom sur un document distribué aux délégués. Entretien.

Vous terminez cette élection avec 67 voix, sans avoir été élu. Comment recevez-vous ce résultat, à chaud ?

C’est un sentiment double. Il y a la déception immédiate, bien sûr — on se présente pour gagner, pas pour faire un score honorable. Mais il y a aussi une forme de fierté tranquille. Soixante-sept États ont choisi de me faire confiance, alors que mon pays se présentait pour la première fois à ce type de scrutin, sans réseau diplomatique rodé pour ce genre d’exercice, sans l’endossement continental. Ce chiffre, je le reçois comme un signal : il y a une place possible pour le Burundi dans ces espaces-là.

Six candidats africains étaient en lice au départ, et aucun n’avait l’endossement officiel de l’UA. Comment avez-vous géré cette absence de soutien institutionnel ?

Nous savions dès le départ que ce serait une campagne de conviction, pas une campagne de mandat. Sans endossement, chaque voix devait être gagnée individuellement — capitale par capitale, mission par mission. C’est plus lent, plus exigeant, mais ce n’est pas nécessairement un handicap insurmontable. Cela oblige simplement à une campagne de proximité réelle : des rencontres directes, des échanges de fond sur ce que je pouvais apporter au Comité, plutôt qu’un simple endossement à faire valoir.

Votre profil tranchait avec celui des autres candidats — vous étiez le plus jeune en lice. Est-ce que cela a joué en votre faveur, ou est-ce qu’il a fallu le compenser ?

Les deux, je crois. Certains diplomates m’ont dit explicitement qu’ils voyaient dans ma candidature le signe d’un renouvellement nécessaire de ces instances. D’autres, au contraire, ont privilégié l’expérience accumulée de candidats plus âgés. C’est un calcul que chaque État fait à sa manière. Mon rôle n’était pas de transformer mon âge en argument, mais de montrer que la jeunesse n’excluait pas la solidité du dossier — mon parcours, mon engagement de longue date sur les questions de droits humains, ma connaissance du Pacte.

Revenons sur l’épisode du document distribué dans les dernières heures avant le vote, mentionnant seulement deux candidatures africaines comme « endossées par l’UA ». Comment avez-vous vécu ce moment ?

Avec une certaine stupeur, je l’avoue. Ce document s’appuyait sur une décision datant d’octobre 2024, alors que nous votions pour le renouvellement de 2026. Le distribuer à ce moment précis, dans les dernières heures, sans le contextualiser, a forcément créé une confusion dans l’esprit de certaines délégations. Je ne veux pas spéculer sur les intentions derrière cette démarche. Ce que je peux dire, c’est que plusieurs missions sont venues vers moi par la suite pour exprimer leur perplexité face à ce document. Cela montre au moins que la vigilance diplomatique a fonctionné : les délégations ont posé des questions plutôt que de prendre l’information pour acquise.

Est-ce que cet épisode a, selon vous, pesé sur le résultat final ?

Il est difficile de le mesurer avec certitude — ces choses ne se quantifient jamais précisément. Ce que je sais, c’est que la confusion introduite à quelques heures du vote n’aide jamais un candidat qui n’a pas, par ailleurs, le filet de sécurité d’un endossement officiel. Mais je me garde de dire que ce document a fait basculer l’élection. Les 67 voix obtenues malgré cela me disent que beaucoup de délégations avaient déjà arrêté leur choix bien avant cette dernière manœuvre, sur la base du dossier et des rencontres que nous avions eues en amont.

Vous avez déjà annoncé vouloir retenter votre chance en 2028. Qu’est-ce qui changera dans votre prochaine campagne ?

D’abord, nous ne repartirons plus de zéro. La candidature burundaise est désormais connue, identifiée, prise au sérieux par un nombre significatif d’États. C’est un capital qui ne s’efface pas en deux ans. Ensuite, je crois qu’il faudra travailler plus tôt et plus systématiquement la question de l’endossement régional — sans en faire une condition, mais en sachant qu’il pèse dans les arbitrages de plusieurs délégations. Enfin, cette première campagne a été une école : j’ai mieux compris la mécanique de ces scrutins, qui ne ressemblent à aucune élection nationale. Chaque voix s’arrache, elle ne se décrète jamais. C’est cette leçon que j’emporte vers 2028.

Quelle leçon tirez-vous de tout ceci ?

Je retiens qu’au sein des Nations Unies, rien ne remplace la préparation, la persévérance et le dialogue diplomatique. Cette expérience m’a appris à viser haut et m’a permis d’acquérir une meilleure compréhension des mécanismes onusiens, tout en renforçant mon réseau. Une élection n’est pas une fin, mais une étape : si mon pays me renouvelle sa confiance, je serai prêt à relever ce défi à nouveau en 2028.

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