Notre journaliste Jean Bigirimana porté disparu depuis 3686 jours. Nous ne l'oublions pas.

Financement du budget 2026-2027 : Le président Ndayishimiye mise visiblement beaucoup sur le ministère en charge des mines

Le président burundais Evariste Ndayishimiye s’insurge contre des responsables qui s’arrogent le droit de piller les richesses de l’Etat qu’ils sont censés plutôt protéger. Le ministère en charge des mines et du commerce serait l’un de ceux qui sont mal gérés alors qu’il doit financer le budget général de l’Etat à hauteur d’au moins 50%. L’économiste Jean Ndenzako parle d’un « objectif pertinent politiquement », d’une « bonne orientation » mais qui doit s’accompagner d’une « bonne gouvernance économique » en termes de production, de traçabilité et de conformité.

Le discours du président de la République devant les hauts cadres du ministère des Ressources minières, énergétiques, de l’Industrie, du Commerce et du Tourisme fait sentir l’odeur d’une déception grandissante. Nous sommes le 14 août 2026 au palais présidentiel Ntare House à Bujumbura, la capitale économique du Burundi. C’est la première fois que ces cadres sont reçus par l’autorité suprême. Le président Ndayishimiye a beau les accueillir, il n’est pas satisfait de leurs prestations.

Le chef de l’Etat estime que les secteurs du commerce et des mines semblent inexistants. « Commerce yarapfuye. Mines yarapfuye… » (Le commerce est mort. Les mines sont mortes). Il en déduit que si le Burundi est pauvre, c’est que ce ministère n’apporte rien pour le pays.

Il se montre de moins en moins confiant en des domaines qui devraient pourtant être des sources de richesses pour le Burundi. « Il n’y a aucun secteur qui apporte de la richesse au pays. Aucun ».

De hauts cadres de la Regideso dans la ligne de mire

Le président Evariste Ndayishimiye : « Commerce yarapfuye. Mines yarapfuye. »

Que de déceptions qui se succèdent les unes après les autres toujours à travers le discours du président Ndayishimiye ! Il se montre préoccupé par des gestionnaires qui s’activent à se partager les dividendes au terme de l’exercice budgétaire, arguant avoir réalisé des bénéfices. « Quel capital avez-vous apporté dans tout cela ? »

La Regideso est pointée du doigt dans ce mode de gouvernance. La corruption y est palpable d’après toujours le président Ndayishimiye. « Même un client qui s’emmène doit verser un pot-de-vin alors qu’il vient vers vous à la recherche de l’électricité ou d’un compteur. Vous commencez à exiger la corruption ».

Il précise que l’argent du contribuable pour l’électricité est destiné à la construction d’autres barrages, à de nouveaux raccordements et extensions, etc. Il en est de même pour l’eau. « Mais, vous vous précipitez à déclarer avoir eu des gains pour partager les dividendes. Je viens de jeter un œil sur vos comptes. Attendez-vous à une visite de l’Inspection générale !».

Sous un autre angle, le chef de l’exécutif a déploré que le responsable de la société Sotrevo Mining Limited a échoué à effectuer une commande équivalant à 147 000 dollars alors qu’i y avait des liquidités suffisantes. La Sotrevo, c’est une société qui a obtenu un permis d’exploitation minière industrielle de la Cassitérite, de la Colombo-Tantalite et des minerais associés dans le périmètre de Murehe en commune Busoni de l’actuelle province de Buhumuza. « Il y avait toutes les opportunités que les travaux de cette entreprise soient une source de revenus énormes pour le pays, mais les responsables n’ont pas été à la hauteur de leur mission ».

Le président Ndayishimiye appelle les cadres en particulier ainsi que le ministère en charge du commerce et des mines en général à plutôt se lever pour changer la donne. « Je dois voir au minimum 50% du budget pour l’exercice en cours provenir de ce ministère. L’idéal serait d’atteindre 100% ».

Selon la loi du 30 juin 2026 portant fixation du budget général de l’Etat, les ressources du budget général exercice 2026-2027 s’élèvent à 6 347 217 693 221 BIF. Les recettes minières sont estimées à 4 256 619 353 BIF, soit 0,067%.

Les dépenses prévues au ministère des Ressources minières, énergétiques, de l’Industrie, du Commerce et du Tourisme sont de 188 865 854 181 BIF. La dotation dans le plan global est de 100%.

Le budget général de l’Etat pour le même exercice est d’un peu plus de 7 020,6milliards de francs burundais. Il prévoit une croissance économique de 5,5%. Il est prévu un déficit pouvant aller jusqu’à 572 milliards de BIF.

Analyse

Jean Ndenzako : « L’enjeu est donc d’augmenter simultanément la production, la traçabilité et la conformité »

L’économiste et professeur d’universités Jean Ndenzako estime que l’objectif du président Ndayishimiye est pertinent sur le plan politique, mais difficilement réalisable à court terme. Pour y arriver, des réformes profondes en matière de gouvernance, de transparence et de gestion macroéconomique sont nécessaires.

Le Burundi dispose, selon lui, des ressources minières importantes, d’un potentiel énergétique encore largement inexploité, d’une base commerciale conséquente et d’atouts touristiques. Pourtant, ces secteurs contribuent encore beaucoup moins qu’ils ne le pourraient à la création de richesse, aux exportations et aux recettes publiques.

En qualifiant ce ministère de « poumon de la richesse du pays », le chef de l’Etat lui assigne, selon l’économiste, une fonction qui dépasse largement la simple administration. Il ne devrait plus seulement délivrer des licences, réguler les prix ou superviser des entreprises publiques, mais contribuer à lever les obstacles qui empêchent l’économie de passer d’activités peu productives et largement informelles à des activités industrielles, minières et commerciales génératrices davantage de valeur ajoutée.

Pour M. Ndenzako, l’orientation donnée par le président Ndayishimiye est pertinente. « L’énergie permet de réduire les coûts de production. L’industrie stimule la demande en intrants locaux. Le commerce relie les producteurs aux marchés et le secteur minier peut fournir les devises nécessaires à l’importation des équipements ».

Mais, selon lui encore, une transformation de l’économie ne peut pas résulter d’une simple injonction administrative. Elle suppose de s’attaquer à des contraintes concrètes: insuffisance d’électricité, manque de devises, accès limité aux financements, déficit des infrastructures et faiblesse de la sécurité juridique. Ainsi, prise au sens strictement comptable, cette cible apparaît extrêmement ambitieuse.

Le budget général de l’État pour 2026-2027 est évalué à plus de 7 020,6 milliards de BIF tandis que les recettes totales sont projetées à 6 296 milliards de BIF. Une contribution de 50 % représenterait donc entre 3 148 et 3 510 milliards de BIF.

« Un tel montant ne peut vraisemblablement pas être obtenu à court terme par les seules redevances minières, les dividendes des entreprises publiques, les droits liés à l’énergie ou les recettes touristiques ». Le ministère concerné dispose lui-même d’une dotation d’environ 224,4 milliards de BIF. Ce qui illustre l’écart entre ses moyens actuels et l’objectif assigné.

« Clarifier ce que recouvre cette cible de 50% »

Ndenzako trouve qu’il est donc essentiel de clarifier ce que recouvre cette cible de 50 %. « Si elle concerne uniquement les recettes directement issues des secteurs minier, énergétique, industriel et touristique, elle paraît irréaliste à court terme. En revanche, si elle inclut l’ensemble des recettes fiscales générées indirectement par ces activités, une part importante du budget peut effectivement y être rattachée».

Mais, d’après l’expert, une telle lecture comporte un risque: attribuer à un seul ministère des recettes qui dépendent aussi de l’OBR, du ministère des Finances et de la dynamique globale de l’économie.

Il estime que la question centrale n’est donc pas seulement de savoir si ce ministère peut « produire » la moitié du budget, mais de mesurer la valeur ajoutée réelle qu’il peut générer, la part de cette richesse pouvant être formalisée et la capacité de l’État à la capter sans freiner l’investissement.

Des contraintes structurelles limitent les résultats à court terme

Ndenzako redoute la réalisation de cet objectif à court terme. La première contrainte est celle des devises. Selon lui, une économie qui manque de réserves suffisantes peine à importer carburants, machines et intrants industriels indispensables à la production.

La pénurie des hydrocarbures agit ainsi comme une taxe implicite sur l’ensemble de l’économie: elle augmente les coûts de transport, réduit la production industrielle, perturbe le commerce et freine le tourisme. « Les faibles réserves de change alimentent également les pénuries, les exportations informelles et l’évasion fiscale ».

La contrainte énergétique produit des effets similaires. Une activité minière ou industrielle ne peut pas devenir un contributeur majeur au budget lorsque l’électricité est insuffisante ou instable. Et, d’après l’expert, entre la découverte d’un gisement et les recettes effectives pour l’État, plusieurs années sont nécessaires: exploration, investissements, infrastructures, production, exportation et fiscalisation.

Le secteur de l’or n’est pas aussi épargné par les difficultés. M. Ndenzako rappelle que le rapport du Fonds mondial pour l’investissement évoque une production artisanale estimée entre trois et quatre tonnes, contre environ 1,2 tonnes officiellement exportées en 2025. Par conséquent, cet écart ne permet pas de mesurer précisément la fraude, mais constitue un indicateur de sous-déclaration et de pertes de recettes.

« L’existence de ressources minières importantes ne garantit pas automatiquement la croissance. Tout dépend de la qualité des institutions et de leur capacité à transformer ces ressources en investissements productifs plutôt qu’en rentes. L’opacité des contrats, des volumes produits et des bénéficiaires réels limite ainsi fortement l’impact budgétaire ». D’après l’expert, une fiscalité trop agressive pourrait également décourager les investisseurs sérieux et renforcer l’informalité. L’enjeu est donc d’augmenter simultanément la production, la traçabilité et la conformité, plutôt que de multiplier les prélèvements sur une base encore étroite.

Des réformes sont nécessaires pour rendre l’objectif crédible

À moyen terme, l’économiste estime en outre qu’une contribution plus importante de ces secteurs est possible. La croissance, estimée à 4,2 % en 2025, repose notamment sur le café et l’or, mais dépend surtout de réformes structurelles dans la gouvernance économique.

Il est nécessaire de transformer l’objectif des 50 % en un cadre chiffré, transparent et vérifiable. Chaque secteur devrait disposer d’indicateurs précis portant sur la production, les exportations, les emplois, les devises rapatriées et les recettes fiscales.

Un tableau de bord régulier permettrait de distinguer clairement les différentes sources de recettes et d’éviter les confusions entre chiffre d’affaires, exportations et recettes budgétaires.

Dans le secteur minier, la priorité doit être la transparence. Cela implique la publication des contrats, des permis, des volumes produits et des paiements fiscaux. L’économiste recommande également de rapprocher systématiquement « les données de l’administration minière, de la Banque centrale et de l’OBR ».

La formalisation de l’or artisanal ne peut pas reposer uniquement sur le contrôle. « Tant que le circuit officiel reste moins attractif que le marché informel, la contrebande persistera ». Il faut donc simplifier les procédures, garantir des paiements rapides et améliorer la traçabilité.

Selon lui, les ressources minières ne doivent pas financer uniquement les dépenses courantes, mais aussi les infrastructures et le capital productif afin de transformer la richesse naturelle en développement durable.

Il ajoute que la réforme du marché de change est également essentielle. Un écart durable entre taux officiel et taux parallèle encourage la fraude et réduit les recettes d’exportation. « Une convergence progressive permettrait d’améliorer le rapatriement des devises ».

Sur le plan énergétique, la priorité doit être la fiabilité du service et la réduction des pertes d’après toujours l’économiste. Une meilleure disponibilité de l’électricité aurait un effet direct sur la production et donc sur les recettes fiscales.

Jean Ndenzako recommande de concentrer les efforts industriels sur quelques filières prioritaires comme l’agroalimentaire, les matériaux de construction ou la transformation minière. Les exonérations fiscales doivent rester temporaires et conditionnées à des résultats mesurables.

Forum des lecteurs d'Iwacu

0 commentaires
Aucun commentaire pour le moment.

Charte des utilisateurs des forums d'Iwacu

Merci de prendre connaissance de nos règles d’usage avant de publier un commentaire.

Le contenu des commentaires ne doit pas contrevenir aux lois et réglementations en vigueur. Tout propos incitant à la haine, à la violence ou à la discrimination est strictement interdit.

Iwacu se réserve le droit de supprimer tout commentaire non conforme à la charte.

Ajouter un commentaire

MENU