Tout part des révélations faites par Alain Ndikumana, ministre en charge les finances, dénonçant les irrégularités qui ont émaillé la construction des bureaux des zones. Devant le Parlement, le 27 décembre 2025, il a déclaré que le gouvernement burundais a décaissé 79 milliards de BIF pour construire 360 bureaux zonaux.
Avec l’exercice budgétaire 2024-2025, il avait été prévu 220 millions de BIF pour chaque zone via le financement du Fonds national d’Investissement communal (Fonic). « L’année dernière, nous avions prévu 79 milliards de BIF pour 360 bureaux zonaux. Chaque zone devait bénéficier de 220 millions de BIF pour la construction du bâtiment et son équipement. Un peu plus de 220 bureaux sont déjà achevés alors que les fonds nécessaires ont été entièrement débloqués par le ministère. »
Alain Ndikumana a dénoncé certaines irrégularités observées avant même la réception de ces bâtiments.
Sur le terrain, des citoyens tout comme les chefs de zone estiment que ces constructions méritent d’être bien achevées et améliorées. Sous un soleil de plomb, nous sommes tout près du bureau de la zone Maramvya de la commune et province de Gitega.
D’un côté, des citoyens sont satisfaits par le nouveau bâtiment de la zone. De l’autre, ils regrettent que presque une année après, cet immeuble présente des imperfections.
« Quand il pleut, l’eau pénètre jusque dans les murs. Nous avons également des soucis quant aux caniveaux d’évacuation des eaux venant des toitures », se lamentent les habitants rencontrés au bureau de la zone.
De surcroît, pas de lieux d’aisance pour des citoyens qui s’y rendent quotidiennement. « Vous voyez qu’il n’y a pas de lieux d’aisance pour les visiteurs. Il n’y a pas non plus de raccordement à l’eau potable », déplorent ces habitants.
Des irrégularités confirmées par le chef de la zone Maramvya, Oscar Ndayiragije. « Le mastique ne colle pas bien sur les vitres. Vous voyez que certaines sont par terre. L’eau de pluie pénètre jusqu’à l’intérieur de l’immeuble. On n’a pas encore terminé aussi ce qui concerne l’évacuation des eaux de pluie. Nous attendons que cela soit corrigé »
Il précise que tout ce qui concerne la procédure qu’a suivie l’attribution du marché de construction est à demander à l’administration communale.
Dans la zone Rutegama de la même commune, le bâtiment est bien construit. Ce qui satisfait la population environnante. Le chef de zone indique tout de même que des imperfections avaient été constatées mais qu’elles ont été corrigées.
« Auparavant, l’immeuble était inondé par les eaux de pluie et les canalisations n’avaient pas été bien aménagées. Certes, l’emplacement de l’immeuble ne le protège pas effectivement contre les pluies diluviennes. Nous l’avons déjà signalé à l’autorité compétente ».
Cap sur la province de Butananyerera

Soleil levant, les habitants de la zone Gatsinda en commune Ngozi sont en train d’effectuer les travaux de propreté devant le nouveau bureau de la zone qui n’est pas encore fonctionnel.
« Nous sommes en train d’enlever les ordures pour assainir les alentours de ce nouveau bâtiment », raconte Languide Girukwisha, une habitante.
Maurice Irankunda, le chef de zone explique pourquoi la construction du bureau zonal a piétiné. Il précise que celui qui avait gagné le marché a échoué et s’est volatilisé dans la nature.
Dieudonné Kwizerimana, chef de département de l’Aménagement du territoire, de l’Urbanisme et de l’Habitat en commune Ngozi, affirme que celui à qui on avait attribué le marché de construction de la zone n’a pas respecté son engagement et le contrat a été résilié. « Celui qui avait gagné le marché est venu construire mais après la première facture, il n’est pas revenu. De commun accord avec le Fonic, nous avons résilié son contrat parce qu’il est resté injoignable. Il avait déjà pris une somme qui avoisine 90 millions BIF. Nous avons inventorié les travaux déjà effectués et nous l’avons payé pour les travaux déjà effectués et pour ceux inachevés nous avons demandé des fonds au Fonic ».
Quant à la cheffe de zone Buhiga en commune Ngozi, Daphrose Ndacayisaba, elle se dit satisfaite de l’état d’avancement de la construction de sa zone même si les défis ne manquent pas. « Nous l’avons réceptionnée à l’état neuf. Nous ne pouvons pas dire qu’il n’y a pas de défis parce que nous l’avons réceptionnée tardivement. La peinture commence à perdre sa qualité. A l’intérieur et dans le corridor, quand les gens passent, il y a des traces qui restent là où on a mis du ciment ».
Précisons que la commune Ngozi compte douze zones dont trois n’ont pas encore ouvert les portes.
Une situation similaire dans la province de Burunga
Dans la zone Kizuka, commune Rumonge, les habitants se réjouissent du bâtiment qui a été bien construit. « Nous sommes très satisfaits. Notre zone est en bon état sur tous les plans ». Il en est de même chez Faustin Tuyishemeze, chef de la zone Kizuka.
« Jusqu’à présent, il n’y a aucune fissure. J’ai particulièrement bien suivi les travaux d’autant plus que l’ingénieur que j’ai rencontré est originaire de cette zone. Il était donc facile pour nous d’être proches et de travailler en étroite collaboration ».
La situation est par contre préoccupante dans la zone Gatete. Le bâtiment présente déjà de nombreuses fissures notamment au niveau du pavement. « Ce qui laisse penser qu’il y aurait eu un vol de ciment. Dans quel état sera le bâtiment dans deux ou trois ans ? » s’interrogent les habitants.
Il s’agit de la même désolation du côté d’Yvette Nimpojeje, cheffe de la zone Gatete. Elle demande à ceux qui ont construit le bâtiment de le réhabiliter. « Il n’y a aucun endroit solide dans ce bureau. C’est vraiment regrettable. Je demande aux personnes qui ont gagné le marché de venir vérifier ce que leurs ingénieurs ont réalisé et de corriger ce qui doit l’être ».
Du côté de la commune Nyanza, les habitants dénoncent le manque de transparence dans l’attribution des marchés pour la construction des bureaux des zones Kayogoro et Gitara. La construction de la zone Kayogoro est aux arrêts. La zone est entourée d’herbes et d’arbustes.
Selon Jérôme Nikundana, conseiller socio-économique et développement dans cette zone a indiqué que les travaux de construction sont aux arrêts depuis mai 2025. Il a précisé que celui qui a gagné le marché serait à l’étranger. Les citoyens se disent déçus par cette situation.
Quid des principes dans la passation des marchés publics ?
Aimé Ndayizamba, expert en matière de passation des marchés publics, cite le principe de la transparence et la liberté d’accès.
« Il faut que ça soit fait avec toute la transparence exigée. Il y a aussi la liberté d’accès. C’est-à-dire que tout le monde qui a la capacité, qui a toutes les prérogatives, puisse participer en tant que citoyen dans ce genre de contrat ».
Il trouve qu’ il faut prendre les gens au même pied d’égalité parce que c’est l’argent du contribuable.
Pour cet expert, il y a eu un processus dans la construction des bureaux zonaux. Car le besoin se faisait sentir et la planification était là. Il fait savoir qu’il doit y avoir un appel d’offres dans le respect de la loi.
« Pour le cas d’espèce, il serait mieux qu’une structure comme Fonic qui a reçu l’argent du gouvernement puisse faire l’appel d’offres. Il y a les partenaires. Il doit y avoir les communes, l’agence de régulation des marchés publics, la Direction nationale de contrôle des marchés publics ainsi que d’autres structures qui ont le rôle de contrôle ».
En cas d’imperfections dans l’attribution des marchés publics, ce chercheur fait savoir que les sanctions peuvent être pénales ou administratives. Quant à l’établissement des responsabilités, il explique que l’on se base sur les spécifications fournies dans le dossier d’appel d’offres et le PV de réception.
« Lorsque ce genre de situation apparaît, il doit y avoir un PV de réception du travail déjà fait. A ce niveau, il s’agit d’établir les responsabilités. Cela n’exclut pas les responsabilités pénales et administratives. On se base aussi sur le cahier des charges spécifié dans l’ouvrage dont on a besoin ».
Selon lui, on doit tenir compte des caractéristiques, des normes, des mesures, tout en confrontant le résultat à ce qu’on devrait avoir. Par après, on établit les responsabilités. « Il ne faut pas se hasarder ».
Il précise que les marchés publics sont régis par le code des marchés et les ordonnances d’application. « C’est l’audit qui devrait montrer là où il y a eu des failles, là où ça n’a pas été bien fait. On se base sur les spécifications dans l’appel d’offres ».
De l’opacité
Diomède Ninteretse, expert en leadership, dénonce le manque de transparence dans l’attribution des marchés publics. « Il faut voir la qualité des infrastructures. Est-ce que les normes ont été respectées telles que définies lors de l’attribution des marchés ? »

Il s’interroge sur le montant dépensé par l’Etat, sur les délais, sur les résultats. Pour lui, cela permet de passer d’une logique de consommation du budget à une logique de performance de la dépense publique. « Une commune est une entité décentralisée mise à la disposition des citoyens ».
Il dénonce la manière dont on a attribué les marchés. Pour lui, il est question de la transparence et de la redevabilité. « Est-ce que le budget était suffisamment pensé ? Quid du cahier des charges et de la concurrence entre les soumissionnaires ? Quid de la capacité technique et financière de l’entreprise qui a gagné le marché » ?
Pour cet expert, il faut interroger le Fonic qui avait la charge de faire le suivi et établir les responsabilités des uns et des autres.
De sa part, Gervais Ngirirwa, président de l’Association des communes du Burundi (Acobu), il se dit satisfait de la construction des bureaux zonaux « Avec le nouveau découpage administratif, la valeur ajoutée est qu’il y a eu la décentralisation des services ».
Toutefois, il reconnaît que cette construction a connu des problèmes techniques mais qui pourront être réglés dans l’avenir.
Contactée par la synergie des médias, la Direction du Fonic a indiqué que dans certains endroits, les travaux de construction des bureaux zonaux se sont bien déroulés comme prévu. Elle rassure en outre que toutes les dispositions nécessaires sont prises pour achever les travaux là où ils ne sont pas encore terminés.
La même direction précise que l’objectif est de faciliter l’accès des citoyens au service dont ils ont besoin sans devoir parcourir de longues distances.
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