Alors que la saison culturale B a débuté officiellement le 15 février 2026, de nombreux agriculteurs affirment n’avoir toujours pas reçu les engrais chimiques commandés et payés à l’avance auprès de la Fomi. Entre arriérés, absence de remboursement et soupçons de revente sur le marché parallèle, la colère gronde dans plusieurs localités.
Les agriculteurs se lamentent encore contre des irrégularités observées dans la distribution des engrais chimiques par l’entreprise Fomi. La société accuse des arriérés depuis environ deux ans. Les cultivateurs ignorent le sort de leur argent payé en avance. Ils ne reçoivent ni les produits commandés ni un quelconque remboursement.
Dans la commune Cibitoke, la frustration est palpable. « J’ai passé ma commande de 1 000 sacs en 2024. C’est lors de l’actuelle distribution qu’on m’a donné seulement 840 kg sur les 50 000 kg qu’ils me doivent, car chaque sac contient 50 kg d’engrais chimique », se lamente avec un ton furieux un agriculteur de ladite localité. Il précise que les clients doivent verser la moitié du montant lors de la commande. Selon lui, un sac de 50 kg coûte 60 000 FBu. La moitié de sa commande lui a ainsi coûté 30 000 000 FBu.
« Imaginez un tel investissement et qu’on vous déçoit de cette manière. Cette situation a paralysé toutes mes activités économiques. Je suis désespéré ». D’après ce père de famille, l’engrais destiné aux agriculteurs serait revendu à des commerçants ne figurant pas sur la liste officielle des bénéficiaires. Il déplore que ces fertilisants se retrouvent sur le marché parallèle à des prix exorbitants. « Un sac se vend à 250 000 FBu chez ces particuliers. Qui peut se le permettre ? C’est très injuste. Nous n’en pouvons plus. »
D’autres bénéficiaires disent subir le même sort. Ils expliquent qu’il devient difficile de couvrir les besoins de leurs champs. « Nous nous résolvons à acheter une petite quantité de ces fertilisants si chers. C’est insuffisant bien évidemment. Mais, que faire ? », s’interrogent-ils, soulignant que cette situation affecte la productivité, le sol devenant de plus en plus aride.
« Le problème des fertilisants Fomi est complexe. Je suis dépassée. Depuis cette distribution, je n’ai pas encore reçu un seul kilo alors que j’ai passé ma commande depuis juin 2025 », s’indigne une dame. Elle réclame également le retour des anciennes formules chimiques qui, selon elle, donnaient de meilleurs résultats. « Lorsqu’elles étaient mélangées à l’urée, notre production agricole augmentait. » Elle regrette d’avoir investi son argent qu’elle n’espère plus recouvrer. Elle affirme que si elle avait une alternative fiable, elle se tournerait vers un autre fournisseur, mais elle n’en connaît aucun.
Libéraliser le marché
Patrice Ndimanya, économiste, estime que la libéralisation du marché des engrais chimiques pourrait atténuer ces dysfonctionnements. « Nous l’avons observé avec le sucre. Lorsque l’importation a été autorisée aux particuliers, la pénurie s’est estompée. Pour corriger ces irrégularités, il faut ouvrir le marché », conseille-t-il.
Ce professeur d’université s’interroge également sur l’affectation des engrais. Selon lui, s’ils ne sont pas prioritairement destinés aux cultures pérennes (le bananier, l’avocatier, le manguier) ainsi qu’aux cultures industrielles telles que le thé et le café qui contribuent largement au PIB agricole, alors, le budget consacré aux engrais apparaît disproportionné. « La part du budget destinée aux engrais dépasse aujourd’hui 60 % de celle du ministère en charge de l’agriculture. Or, l’élevage représente à lui seul 24 % du PIB agricole. L’État devrait diversifier ses priorités au lieu de concentrer l’essentiel des efforts uniquement sur le maïs promu par la politique agricole agricole », analyse-t-il.
Il met également en garde contre les risques liés à un investissement public massif. « Quand l’État injecte une somme aussi importante de 300 milliards dans un seul produit, cela crée des tentations. Des groupes peuvent se former pour capter ces fonds. Ce qui favorise la corruption et les logiques de monopole. »
Face aux difficultés économiques des cultivateurs, il recommande de développer des alternatives comme le bio compost. « Fomi constitue déjà une base intéressante car, une grande partie de la matière première est locale. Mais, il faut compléter par des solutions artisanales afin que l’agriculteur gagne en autonomie. »
A propos de la nouvelle mesure imposant désormais le paiement intégral des commandes, la Fomi n’a pas réagi.








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