Samedi 31 juillet 2021

Environnement

Emmanuel Niyoyabikoze, le soldat de l’environnement

22/07/2021 4
Emmanuel Niyoyabikoze, le soldat de l’environnement
Emmanuel Niyoyabikoze en train d’entretenir une de ses pépinières.

Ce jeune de 26 ans est engagé dans la protection de l’environnement. Son but : rendre vert le Burundi. Par ses actions, il a entraîné des milliers de jeunes dans ce combat. Il vient d’être admis à l’Université de Ghent, en Belgique, pour un Master de spécialisation en nématologie agro-environnementale.

La détermination et la persévérance sont les deux qualités qui ont permis à Emmanuel Niyoyabikoze de se démarquer. Aujourd’hui, teint clair, taille moyenne, ce natif de la colline Shari, commune et province Bubanza, compte planter 2,5 millions d’arbres chaque année. Un aboutissement d’un long parcours plein d’embûches.

Après son école primaire, ce 5e enfant d’une fratrie de huit enfants rêve de poursuivre ses études dans une section environnementale. « J’ai choisi la section Eau et forêts. Depuis mon enfance, j’aimais la forêt, la nature. Et mon père avait de grandes plantations d’arbres. Quand on s’y promenait, c’était le paradis sur Terre. De là, je suis devenu très passionné de la forêt. C’est pourquoi je tenais à faire la section environnementale pour savoir plus sur ce domaine », raconte-t-il, souriant.
Le destin en décide autrement. Il débarque à l’Ecole Paramédicale Notre Dame de l’Espérance de Bubanza. Mais sa passion pour la protection des forêts reste intacte. En 2015, il reçoît son diplôme d’infirmiers et il est admis à l’enseignement supérieur.

Cette fois-ci, il est convaincu qu’il va être orienté dans le domaine de prédilection. Il choisit la filière Santé environnementale à l’Institut National de santé publique (INSP). Là aussi, le destin le mène ailleurs. On l’affecte dans la section Sage-femme. « Je me suis senti choqué, touché, parce que je tenais beaucoup à l’environnement. J’ai même effectué un recours, en vain». Mais engagé, déterminé, il lancera son projet ‘’Greening Burundi’’ en 2017.

Des débuts très difficiles

Sans moyens financiers, ce jeune homme s’embarque seul dans cette aventure, avec pour seule motivation sa passion pour les forêts et la protection de l’environnement. Par la lecture, la recherche internet, il trouve une inspiration qui deviendra sa référence : Wangari Muta Maathai (1940-2011), une biologiste kenyane, professeure d’anatomie en médecine vétérinaire et militante politique et écologiste. Emmanuel Niyoyabikoze va entrer en contact avec sa fille qui milite aussi pour la protection des forêts comme sa défunte mère.

Sa première pépinière sera installée difficilement à Bubanza. « Je n’avais pas de moyens financiers. Et le temps me faisait défaut, car je le faisais lorsque j’étais étudiant». Il confie que son grand frère lui venait en aide pour d’autres besoins : logement, alimentation. Et pour avoir un peu de capital, il décide de laisser sur son compte sa petite bourse, les frais de stage et de déplacement. « Après quelques mois, c’est cette somme qui va me permettre d’acheter les sachets ». A cette époque, il est toujours seul dans ce projet utopique pour certains. « Ils se moquaient de moi, d’autres disaient que c’est honteux de voir un étudiant patauger dans les marais, grimper les arbres comme un signe pour chercher des graines des arbres indigènes, remplir manuellement de la terre dans les sachets, etc.»

Et chaque vendredi, Emmanuel quittait Bujumbura pour Bubanza. C’est durant le week-end qu’il se consacrait à son projet, à sa toute première pépinière.
Son but : revoir le Burundi vert. « Jadis, ma province était très productive. Mais suite au déboisement, les terres sont devenues infertiles, exigent du fumier ou des engrais chimiques. Quand les collines sont devenues dénudées, la production a chuté, l’érosion s’est installée», explique-t-il. Ce jeune homme déplore qu’au cours des 25 dernières années, le Burundi ait perdu plus de 50 % de son couvert végétal.

Des soutiens aussi

Emmanuel Niyoyabikoze : « Au cours des 25 précédentes années, le Burundi a perdu plus de 50 % de son couvert végétal.»

La première pépinière a été installée dans la propriété d’un particulier. « C’était un voisin de mes parents. Il avait une parcelle près d’une rivière. Et je lui ai présenté mon idée et il m’a autorisé d’y installer ma pépinière».

Après un week-end chargé, il devait retourner à Bujumbura pour suivre les cours. Persévérant, seul, il s’est débrouillé durant plus de cinq mois. Par la suite, d’autres jeunes le rejoindront dans son aventure. Aujourd’hui, il encadre plus de 100 jeunes dans sa province natale. « Beaucoup de jeunes ont déjà compris que la protection des forêts est une nécessité».

Il souligne que son organisation compte planter au moins 50 millions d’arbres d’ici 2040, soit 2,5 millions d’arbres plantés annuellement. Dans ses pépinières, il y a aujourd’hui 1,5 millions de plants.

Eveiller les jeunes

Pour atteindre son objectif, Emmanuel est convaincu que la jeunesse constitue une force irremplaçable. Il a adopté des stratégies pour les entraîner dans son combat. D’abord, créer des clubs environnementaux dans les écoles. Selon lui, cela permet aux écoliers et aux élèves de s’intéresser à la protection de l’environnement dès leur jeune âge. « La communauté ne doit pas rester en arrière», insiste-t-il. Ainsi, jeudi est dénommé ‘’ jeudi vert’’. Une journée consacrée par son organisation à des séances de sensibilisation, de formation communautaire, au niveau des collines. Les thèmes développés étant liés à la protection de l’environnement, de la ressource eau, des forêts, etc.

Sélectionné entre autres parmi les 30 jeunes appelés ‘’ East Africa for change’’ ou parmi les 5 premiers de la Compétition ‘’Mary Robinson Climate Justice’’, Emmanuel Niyoyabikoze a déjà remporté plusieurs prix internationaux comme Global Peace Excellence Award, en 2019. A partir de septembre 2021, il sera à l’Université de Ghent, en Belgique. Et ce, pour une durée d’une année. Après cette formation, il espère étendre ses activités sur tout le territoire national.

Forum des lecteurs d'Iwacu

4 réactions
  1. Butoyi Firmin

    Bravo Emmanuel.
    Il faut aussi encourager les cultures bio. Au Burundi pas tres ancien, nos terres produisaient assez sans les engrais chimiques qui appauvrissent nos terres et nos paysans.
    Peut on avoir les contacts de ce jeune homme?

  2. Gilbert

    Emmanuel est un exemple qui nous montre que le Burundi a besoin des jeunes pour être un pays que tout le monde souhaite vivre.je demande au gouvernement burundais de soutenir vivement ces jeunes talentuex,quant à moi ils sont le pilier du développement.

  3. Onesphore Bitoki

    Est ce que on peut avoir son numero de contact ou son email.
    Voilà la genre de personne à soutenir.
    An tant que Forestier, je suis fier de Niyoyabikoze Emmanuel. Courage

  4. Ndabaza

    “Pour atteindre son objectif, Emmanuel est convaincu que la jeunesse constitue une force irremplaçable. Il a adopté des stratégies pour les entraîner dans son combat. D’abord, créer des clubs environnementaux dans les écoles. Selon lui, cela permet aux écoliers et aux élèves de s’intéresser à la protection de l’environnement dès leur jeune âge. « La communauté ne doit pas rester en arrière», insiste-t-il. Ainsi, jeudi est dénommé ‘’ jeudi vert’’. Une journée consacrée par son organisation à des séances de sensibilisation, de formation communautaire, au niveau des collines. Les thèmes développés étant liés à la protection de l’environnement, de la ressource eau, des forêts, etc.”
    Bravo !!! Une implication constructive et participative. Exemple à suivre.

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